Le choc manduro

Autres informations / 18.09.2007

Le choc manduro

Lonchamp, dimanche, a été la

scène d'une tragédie sportive qui s'est propagée comme une traînée de poudre

dans toute l'Europe des courses. De mémoire de turfiste, rares ont été les

moments d'éblouissement qui se transforment, en quelques minutes, en

catastrophe. Nul ne s'en est vraiment remis aujourd'hui, bien qu'il n'y ait pas

eu de mort ou de désastre.

En fait, chacun a été saisi

par le drame car il s'apparente à une main du destin qui vient frapper le héros

au sommet de son accomplissement. Le peuple n'aime pas l'injustice, or

précisément c'est le sentiment qui a surgi : au plus fort de sa domination,

après avoir réglé le ballet comme à Ascot dans les « Prince of Wales », comme à

Deauville dans le Le Marois, le grand Manduro rentrait tranquillement à

l'écurie, auréolé de son statut de super favori de l'Arc de Triomphe, après

avoir dissipé toute inquiétude quant à sa tenue. Le ciel était flamboyant

audessus du paddock de Longchamp, Georg Von Ullmann emporté par sa victoire et

son enthousiasme touchant de sportif comblé, avait été jusqu'à embrasser le

timide André Fabre, peu habitué aux effusions publiques. Georg, comme une star

du foot, signait des autographes pour le fan-club allemand qui s'était déplacé

en masse à Longchamp. Il n'y en avait que pour Manduro, le meilleur cheval

d'Europe… du monde peut-être.

Et, la tête à peine tournée,

on apprenait que le champion semblait atteint d'une légère boiterie qui

empirait avec le refroidissement de l'après-course. Incroyable, il était rentré

rayonnant, et Stéphane n'avait rien signalé d'anormal en revenant dans la

winning enclosure. Ce sont de ces nouvelles qu'on ne peut croire tant elles

contredisent l'ambiance et la réalité vécue, trop contraires, trop injustes,

trop meurtrières.

C'est pourquoi nous ne

donnons pas crédit au flegme officiel affiché par André Fabre qui a déclaré aux

journalistes anglais : « It's racing [Ce sont les courses]. ». Dans le fond,

nous le devinons atteint par cette funeste blessure invisible qui le prive du

couronnement attendu début octobre, couronnement qu'il avait programmé avec sa

science et son talent. C'est pourquoi nous comprenons le désespoir qui a envahi

Georg Von Ullmann qui n'a pu trouver le courage de se rendre à son bureau lundi

matin, d'après les confidences de son manager à At The Races : « Il est

dévasté, et il n'arrive pas à retrouver ses esprits. »

Frappé en pleine gloire,

Manduro rentre à sa façon dans la légende des courses. Son infortune, avant son

dernier exploit programmé, lui vaut peut-être une autre dimension : celle des

héros aux destins heurtés. Manduro, héros soumis à la fatalité romaine (le

fatum) plutôt qu'au destin des Grecs (l'ananké). Si proche des grands mythes…

Il ne sera pas oublié.