Le grand portrait : marc-antoine berghgracht

Autres informations / 28.09.2007

Le grand portrait : marc-antoine berghgracht

 

 

HUMBLE ET SUCCESSFUL

Vu de loin, le héros français

de Keeneland est un mystère. Il est vrai que Marc-Antoine Berghracht se tient à

distance du monde : « C’est lié à mon éducation, j’ai du mal à serrer les mains

des gens que je connais peu, comme je mets du temps à tutoyer. » Ce fils de

famille, son père était propriétaire de la toute bonne Lagunette (Irish Oaks et

Vermeille) chez François Boutin,

avoue cette timidité très

culturelle qui veut qu’on ne se mélange pas naturellement, élitisme paradoxal

pour un courtier dont le métier veut qu’on se lie facilement. De sorte que dans

le petit monde des courses françaises, rares sont ceux qui connaissent vraiment

ce personnage aux allures distinguées et ralenties.

La mort prématurée de son

père le projette à 18 ans dans les professions du cheval, et il va tout faire

et tout connaître dans ses jeunes années : Goffs et le National Stud en

Irlande, Bedford Farm et Taylor Made au Kentucky, l’Australie et bien sûr la

France, au Haras du Quesnay et à l’Agence Française pendant trois ans où il devient

le

« protégé » de Philippe

Augier. Et, au début des années 90, il se lance dans le courtage aux côtés

d’Emmanuel de Seroux aux belles heures de Narvick, puis vogue de ses propres

ailes avec un premier propriétaire, à qui il reste encore fidèle, qui lui

payait ses commissions en foie gras ! MAB, qui est né sous le signe du taureau,

était ainsi

parti, à son rythme serein,

sur les entiers du courtage.

« C’est une activité complexe

et difficile qui réclame selon moi l’expérience et le coup d’œil, précise-t-il,

et j’ai tout de suite compris qu’il fallait toujours être humble, et surtout se

sentir soi-même humble ». C’est pourquoi, suite à son triomphe de Keeneland, il

ne comprendrait pas que l’on parle de lui et pas des autres acheteurs

hexagonaux qui ont contribué à la déferlante française que nous détaillons dans

cette édition. Cette réserve va de pair avec le parcours tranquille de

Marc-Antoine qui se retrouve premier de la classe sans donner l’impression d’y

concourir. Car il est incontestable qu’avec 14 yearlings achetés pour un total

de 3.141.000$, et ceci pour plusieurs clients différents, MAB est en tête des

intervenants français, évidence qui est renforcée par le fait qu’il a acheté «

la » pouliche la plus chère de ventes, la Storm Cat et Welcome Surprise, pour

1,6 Million de dollars.

Palmarès impressionnant

auquel a contribué son client espagnol, Alberto Abajo, qui lui fait confiance

pour construire un grand élevage : « Je cherchais pour ce client quelques

pouliches bien nées, issues d’un étalon de tête, et dans cette entreprise que

je n’étais pas certain de mener à bien, la force de l’euro et la faiblesse

initiale des 2 premiers jours de vente m’ont servi. Car je pensais que le

marché serait plus soutenu. » Il est vrai que les propres frères de notre

pouliche record avaient fait 6 Millions et 3 Millions des dollars les années

précédentes. Et quand on demande à notre courtier leader : pourquoi Keenland ?

Il répond sans hésiter : « Pour chercher du sang neuf. Nos courses en ont

besoin. De plus, les courants de sang américains réussissent en Europe, et on

les revend facilement quand ils se distinguent un peu. » Certains se sont

étonnés de le voir acheter 3 poulains par Johannesburg : « C’est pour Eduard

Mordukovitch qui, l’année dernière, a gagné la President Cup à Moscou avec un

Johannesburg, et c’est ainsi que nous avons quasiment fait une OPA sur ses fils

cette année ! »

Pour lui, « Keeneland c’est

la Mecque du cheval, et c’est l’Amérique en même temps, le business. Tout le

monde y a le droit de rêver. J’ai cherché quelques pouliches pas trop chères

avec des souches, et je n’ai pas toujours réussi, car la bataille était rude

sur les prix intermédiaires. » Et les Français dans leur ensemble ? « Ce qui

s’est passé est fabuleux : nous avons vraiment « existé », avec une volonté

forte d’acheter, et il faut citer tout le monde. Il faut aussi espérer que

cette vague continuera en Irlande et en

Angleterre, ainsi qu’à

Deauville Octobre qui s’annonce très intéressant. » Marc-Antoine, si souvent

pondéré, s’anime et devient presque porte-parole : « Il faut défendre nos

courses qui sont les plus belles au monde, nous avons des hippodromes

magnifiques, et un système de jeu qu’il faut sauvegarder à tout prix. Retrouver

de bons étalons aussi ! »

On voudrait connaître la clef

de sa réussite : « Un bon courtier, c’est celui qui, entrant sur un marché, est

capable de dire à son client : ce poulain vaut tel prix. Car, connaître le «

juste prix » est le cœur de notre métier, et croyez-moi, ce n’est pas facile.

». Marc-Antoine, une fois de plus, reste humble face au succès. Une preuve ?

Alors que tout le contingent français était rentré à la maison, celui qui avait

déjà acheté beaucoup de yearlings, qui s’était épuisé à aller dans tous les

barns si lointains à Keeneland, était encore au travail le mercredi 19

septembre, 9e jour de Keeneland, pour « récupérer » le #2919 à 60.000$ et le

#3009, une pouliche de Yes It’s True, à seulement 22.000$. Tout seul. Pas

fatigué. Pas blasé. Inépuisable.

 

Avec 14 yearlings achetés

pour un total de 3.141.000$, et ceci pour plusieurs clients différents, MAB est

en tête des intervenants français à Keeneland.