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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Bruxelles : les sociopros ont fait entendre leur voix

Autres informations / 05.10.2007

Bruxelles : les sociopros ont fait entendre leur voix

Bien décidés à défendre la filière face à la

menace bruxelloise, les sociopros du trot et du galop ont pris le taureau par

les cornes depuis quelques semaines. Pas facile de parler d’une seule voix.

D’abord parce que la famille du trot et celle du galop n’ont pas toujours été

amies ; ensuite et surtout, parce qu’en cette année d’élection, les rivalités

qui existent au sein de ces deux familles entre les différents responsables

d’associations/syndicats sont exacerbées.

Jeudi matin, lors de leur conférence de presse

au Pavillon Gabriel (juste derrière l’Elysée, à Paris), les principaux dirigeants

des groupements professionnels se sont pourtant présentés unis, et ont montré

qu’ils savaient s’organiser. Ils étaient douze, assis derrière une longue table

nappée de blanc. Paul Essartial, en sa qualité de président des Conseils du

Cheval, a animé la réunion, relayé par – côté galop – Corine Barbe, Christiane

Head-Maarek, Bernard Ferrand, Hubert Tassin (…) ou encore Jean-Claude Seroul.

Dans la salle, des représentants des principaux médias français, du Figaro à

Libération, en passant La Tribune et Le Parisien.

Nous avons entendu des choses que nous savions

déjà, mais qu’il n’est jamais mauvais de rappeler : « Nous ne défendons pas un

vieux monopole d’après-guerre [allusion à toutes les régimes spéciaux et autres

catégories protégées nés après 1945, notamment sous la pression du Parti

communiste]. Notre monopole relève de l’utilité sociale » (Hubert Tassin) ; «

Nous sommes aujourd’hui en état de légitime défense, car ce qui est jeu, c’est

notre droit à vivre, à exister. Et nous n’oublions pas les parieurs, qu’il faut

défendre, en leur offrant des courses sures et saines. Ambition, unité, volonté

: nous sommes sur le front ! » (Bernard Ferrand) ; « Bruxelles nous reproche de

ne pas lutter contre l’addiction, et veut faire entrer les bookmakers sur notre

sol ! » (Corine Barande-Barbe)…

Mais l’originalité de cette réunion était

d’avoir invité plusieurs responsables venus d’autres pays d’Europe : Suède,

Norvège, Espagne, Italie, Belgique, Allemagne, Suisse. Les témoignages de ces

dirigeants ou élus mériteraient tous d’être cités, tant ils éclairent

parfaitement le gouffre au bord duquel Bruxelles pousse aujourd’hui la France.

Ce sont d’abord les récits de pays ravagés par

la cote fixe. L’Allemagne ? Tuée par les books, qui ont réussi à devenir agents

du pari mutuel local en 1990 pour mieux le tuer de l’intérieur. 141 millions

d’euros étaient reversés en 1994 ; il n’en restait plus que 51 en 2006… La

Belgique, sans doute LE pays martyr : un gouvernement laxiste et l’on passe de

3000 chevaux à l’entraînement en 2005 à 500 aujourd’hui et de 300 poulinières à

40…

Plus réjouissant, ce sont ces Européens qui

regardent la France avec les yeux plein d’admiration et d’envie. D’Espagne où,

quand les courses se sont quasiment trouvées en état de mort, les

professionnels locaux se sont tournés vers la France et ont découvert le «

miroir » (dixit Fernando Melchior, président des éleveurs espagnols) dans

lequel ils aiment se regarder. De Suisse : « Je suis président de la Fédération

suisse depuis 19 ans, a témoigné Jean-Pierre Kratzer. La meilleure décision que

j’ai prise, ça a été de me rapprocher du PMU français pour faire masse commune

! Parce que le mutuel est le seul système où l’opérateur est opérateur et le

parieur. Alors que chez les books, l’opérateur devient parieur… » Franco

Castelfranchi (Italie) : « Il faut que nous allions dire à tout le monde que

nous, les courses, nous veillons sur 200.000 hectares en Europe, qu’à travers

nous, l’Europe entretient les plus beaux des jardins. Et que nous n’avons donc

rien à voir avec les quelques mètres carrés des salles de casino. »

La salle, journalistes compris, applaudit aussi

beaucoup l’émouvante déclaration de Rupert Pritchard-Gordon, jeune entraîneur

anglais installé à Chantilly et donc parfaitement placé pour juger les systèmes

respectifs : « On dit que l’Angleterre est la Home of racing [la mère patrie

des courses]. Mais aujourd’hui, c’est John Gosden lui-même qui conseille aux

jeunes entraîneurs de s’installer ailleurs qu’en Angleterre ! (…) Il y a tant

d’avantages en France, aussi bien sur le plan financier que structurel. Mais si

les books s’installent, cette situation ne durera pas longtemps. »Les

organisateurs de la manifestation avaient par ailleurs distribué aux personnes

présentes une magnifique lettre de Giles Pritchard-Gordon, oncle de Rupert.

Chaque professionnel ou amateur de courses en France doit l’avoir lue – c’est

le « J’accuse » de notre filière. Nous la reproduirons dans notre édition de

demain.

Après cette matinée à refuser le « bonheur

obligatoire » imposé par Bruxelles (Paul Essartial), l’heure est désormais à

l’action. Il va peut-être falloir, après avoir rencontré Eric Woerth et Michel

Barnier, aller soi-même plaider sa cause à Bruxelles. En petit comité, ou en

manifestant. Rien n’est encore décidé.