Le grand pedigree : dylan thomas

Autres informations / 11.10.2007

Le grand pedigree : dylan thomas

LE CHEVAL

Un gagnant d’Arc est forcément un très bon

cheval. Mais certains observateurs internationaux, ainsi que la presse

britannique, demeurent un peu réservés sur la classe de Dylan Thomas. Pour comprendre

cette réserve pas toujours justifiée, il faut brièvement retracer la carrière

du fils de Danehill.

Il gagne son maiden puis une course de série à

2ans, monté par Fallon en Irlande, puis est 2e des Autumn Stakes (Gr3) et nulle

part à Doncaster. Bref, il est un 2ans correct, sans relief. Cela le poursuivra

longtemps, alors que ses performances moyennes d’octobre sont imputables à un

terrain alourdi qu’il déteste comme nous le savons maintenant.

Changement de braquet à 3ans où il gagne pour

sa rentrée le Derby Trial (Gr2) et

finit 3e de Sir Percy à Epsom. Il se rattrape

au Curragh où il remporte facilement l’Irish Derby devant Gentlewave mais,

nouvelle douche froide, il n’est que 4e des Juddmonte à York. Il bat de peu

Ouija Board dans les Irish Champion et gagne son ticket pour la Breeders’Cup où

il échoue. Bref, sa campagne à l’âge classique est indéniablement bonne, mais

pas exceptionnelle, et cette marque lui colle à la peau : un bon cheval, pas un

tout bon, pas un crack.

Et c’est à 4ans qu’il monte un échelon en

alignant Ganay, King George, Irish Champion et Arc, ce qui n’est pas rien mais,

une fois de plus, avec des défaites face aux meilleurs : derrière Manduro à

Ascot, et derrière Authorized à York. Les échellistes lui décernent un petit 127

pour sa victoire dans l’Arc, ce qui semble sévère.

Hormis les King George, peu de performances en

Grande Bretagne ; de plus, peu de performances à 2ans, ces constats pèsent sur

le buzz qui existe autour de Dylan Thomas, lequel finit par passer pour un super

ouvrier et pas pour un artiste. Le fait que Fallon ait hésité entre lui et

Soldier Of Fortune n’a évidemment pas arrangé ses affaires. C’est tout cela qui

semble pousser le team de Coolmore à envisager la Breeders’Cup pour tenter

d’ajouter du brillant à sa sortie vers le haras.

Cette atmosphère positive, mais pas

enthousiaste, autour du lauréat de l’Arc a quand même des aspects étranges car

nous avons devant nous un cheval magnifique : un grand athlète, esthétique et

solidité garanties. Ce ne sont pas de minces arguments pour un futur étalon.

C’est un vrai Danehill, très costaud (Danzig) et très masculin dans son

expression, bien planté, d’une santé à toute épreuve, car il a fallu traverser

toutes ces courses et s’en sortir toujours plus vaillant. N’est-ce pas cette

force mentale et physique que recherchent aujourd’hui les éleveurs ?

 

 

 

LE GRAND PEDIGREE : DYLAN THOMAS

LE PÈRE

Peut-on encore dire des choses intéressantes

sur Danehill ? Ce qu’il faut réaliser aujourd’hui, c’est qu’il est l’étalon le

plus influent en Europe et en Australie en ce début de siècle, qu’il s’impose

comme un grand chef de race et qu’en ce sens, il postule pour le rôle qu’a joué

Northern Dancer aux USA dans les années 70, ou tout du moins le rôle de Danzig,

père de Danehill, dans les années 90. Aujourd’hui Danehill Dancer et Dansili,

ses deux meilleurs fils en tant que reproducteurs, sont parmi les étalons les

plus recherchés en Europe. Cette remarque nous incite d’ailleurs à plaider la

cause de Dylan Thomas car ni Danehill Dancer, ni Dansili, n’avaient la qualité

de course qu’a Dylan Thomas, étant tous deux des chevaux robustes de seconde

zone, un peu matériels (comme le gagnant de l’Arc), tout à fait dans la lignée

Danzig qui était luimême l’inverse d’un cheval distingué ou qualiteux. Il ne

faut pas se tromper de courants de sang : la lignée Danzig, bien que par

Northern Dancer, ne perpétue pas le modèle physique du Chef de Winfields Farm

tout en en conservant les caractéristiques psychiques. Il y a un océan entre

Nureyev et Sadler’s Wells d’une part, et Danzig et Danehill d’autre part. Mais

il est clair que la vitesse et la robustesse des Danehill prend l’ascendant,

sur le marché de l’élevage (qui peut se tromper), sur le brio des Sadler’s

Wells qui, pourtant, remontent la pente ces derniers temps avec les

exceptionnels Montjeu et Galileo. Il est évident que, dans cette lutte

fratricide, Dylan Thomas jouera une partition importante dans les prochaines

années à Coolmore.

 

LA MÈRE

Elle s’appelle Lagrion, elle est née en 1989 et

son père est le bon Diesis, grand 2ans. N’importe quel petit éleveur aurait pu

en être propriétaire : elle n’a pas gagné et ses premiers produits étaient

franchement quelconques. Elle est entrée au haras car elle s’est retrouvée être

la sœur d’un dénommé Pure Genius, qui a pris un jour la 2e place des Middle

Park Stakes (Gr1). Sa 3e mère Doc Nan a produit quelques performers de stakes

intéressants, mais pas renommés. Bref une famille avec laquelle on peut élever

quand on démarre et qu’on tente sa chance, mais rien de plus. D’ailleurs, ses

premiers produits passés aux ventes anglaises ont atteint des sommes

dérisoires.

Quand soudainement, saillie par Grand Lodge,

elle donna Queen’s Logic (achetée yearling à Deauville pour 90.000€ par Charlie

Gordon Watson), la meilleure 2ans britannique en 2000, gagnante entre autres

des Cheveley Park Stakes (Gr1). Ce qui changea la vie de Lagrion qui fut

achetée par Coolmore. Du coup, elle connut immédiatement Danehill et produisit

Dylan Thomas.

C’était une jument obscure ; elle est désormais

une grande poulinière qui a produit deux très bons sujets gagnants de Gr1. Encore

un conte de fées pour éleveurs entreprenants !