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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Lettre de giles pritchard-gordon aux acteurs de la filiere hippique en france

Autres informations / 06.10.2007

Lettre de giles pritchard-gordon aux acteurs de la filiere hippique en france

DEFENSE DE LA FILIERE

Je vous écris pour vous assurer que je soutiens

avec la plus grande fermeté vos efforts pour sauver les courses françaises du

désastre que serait l’arrivée des bookmakers.

Les bookmakers ont systématiquement détruit le

plaisir d’exercer leur métier des propriétaires de chevaux de courses en

Angleterre. Les courses anglaises sont désormais organisées uniquement pour les

paris et les parieurs. Mal renseigné, le gouvernement a laissé faire, pensant

qu’il retirerait un plus grand bénéfice des taxes imposées aux bookmakers.

C’est l’inverse qui s’est produit. Le niveau

des prix de courses chute et les opérateurs, installés dans des paradis

fiscaux, paient moins de taxes. Le marché des paris est énorme, le montant des

sommes augmente, mais sans bénéfice pour les Finances. Les courses pâtissent

également d’une corruption endémique, que le Jockey Club se révèle incapable de

maîtriser.

Au moment où je vous écris, 5 jockeys, y

compris le champion, sont entendus par la Haute cour, accusés de corruption.

Qu’ils soient ou non reconnus coupables, nous savons tous que l’intégrité des

courses anglaises a été perdue à jamais. On m’a également informé que les paris

sont le meilleur moyen de blanchir de l’argent et que le public qui assiste aux

courses est rempli de criminels notoires. La police passe d’ailleurs beaucoup

de temps à assister aux courses incognito pour repérer ces criminels pas

vraiment le meilleur endroit où amener sa femme et ses enfants pour un samedi

après-midi tranquille.

Cela fait 35 ans que je possède et entraîne des

chevaux de courses. Je n’ai pas eu un seul cheval à l’entraînement en

Angleterre depuis trois ans. Actuellement, trois de mes chevaux de galop sont

entraînés à Chantilly par mon neveu, Rupert Pritchard-Gordon. C’est un jeune

homme passionné et travailleur, qui a pris la bonne décision en venant en

France faire sa vie et sa carrière. Je ne peux pas vous dire à quel point le

fait que mes chevaux soient entraînés et courent en France m’a fait retrouver

le goût de mon métier. Je peux simplement vous dire que c’est tout ce qu’un

propriétaire de chevaux recherche. Si je ne m’étais pas installé en France,

j’aurais arrêté les courses et l’entraînement.

Les courses françaises sont propres et non

truquées. Elles sont conduites d’une main ferme par les commissaires de

courses, qui interprètent les règles de façon juste. Elles sont belles, bien

tenues, et toujours proches d’un bon restaurant. Accueillantes pour les

familles et un public qui vient pour se faire plaisir et être au plus près des

chevaux, elles procurent aux femmes et aux enfants un environnement sain. Le

niveau des prix de courses est plus élevé en France qu’en Angleterre, et, par

conséquent, je pense que la qualité des chevaux l’est également. Bien sûr, la

compétition y est rude, mais c’est ce qui fait toute la beauté de la victoire.

Cela fait des années que je fais amener des

juments en France et que je vends des yearlings à Deauville, et maintenant,

j’étudie la possibilité de déménager toute mon activité d’élevage en France,

pour bénéficier des avantages très attractifs qui y sont offerts pour cette

activité.

Les raisons pour lesquelles les courses

françaises sont bien supérieures aux courses anglaises sont pour moi parfaitement

claires: le système français est basé sur le pari mutuel, qui rapporte à l’Etat

français plus d’argent que les bookmakers n’en rapportent à l’Etat anglais.

En France, plus d’argent retourne à la filière

pour les prix de courses, les propriétaires, les éleveurs, etc., qu’en

Angleterre. Au football, il y aurait 2-0 pour la France !

J’espère que vous réussirez à convaincre vos

Ministres qu’il faut résister aux tentatives des bookmakers d’utiliser la législation

européenne pour « entrer par la porte de derrière ». S’ils débarquent en

France, ce sera le début de la fin et je suis bien placé pour savoir qu’en

quelques années, je perdrai le plaisir et la confiance dans ce sport, tout

comme l’enthousiasme, l’ambiance et la quiétude que j’ai trouvé dans les

courses Françaises.

Avec toute ma considération,

Giles Prichard-Gordon

Éleveur et entraineur anglais.