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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Dans les coulisses de ben hur

Autres informations / 06.11.2007

Dans les coulisses de ben hur

Jean-Louis Gouraud a plus d’un tour dans son

sac. Amoureux fou du cheval (ou plutôt : un fou doublé d’un amoureux du

cheval), il vient de lancer une revue consacré à la plus noble conquête de

l’homme sous le nom qui est aussi celui de la collection qu’il dirige aux éditions

du Rocher : Cheval, chevaux*. Attention, nous avons bien dit « revue », pas

magazine. Revue à l’ancienne serait-on tenté de dire comme Arts, ou La

Parisienne, chères à Roger Nimier et à Jacques Laurent. Du texte, des textes.

Dans cette acception du terme, la revue est un livre qui paraîtrait

régulièrement.

Comme le veut ce genre éditorial, et sans vexer

aucun des contributeurs, Cheval chevaux alterne le meilleur et le plus

accessoire. Au chapitre des meilleurs textes les plus courts, conseillons celui

de Marion Scali (qui démolit un « Cheval pour les nuls », dernier né de la

célèbre collection « Pour les nuls », qui aurait mieux fait de se cantonner à

son domaine initial : l’informatique) et celui de Jan Krauze (quand Sarkozy, en

selle sur un Camarguais, se prend pour Bonaparte sur le pont d’Arcole). Et

parmi les plus longs, un extrait des mémoires de Philippe Noiret et un autre de

celles de François Nadal, « l’ancêtre » de Mario Luraschi. Voici un extrait de

l’article signé Nadal, qui n’est pas sans rappeler la brève aventure des

courses au Stade de France :

[Nadal est alors chef du département animaux

sur le tournage de Ben Hur] « Début mai 1958, le décor du cirque était terminé

et pendant les deux dernières semaines, les chevaux et les hommes se sont

habitués à travailler dans les conditions exactes du tournage.

Un énorme problème de prise de vue s’est posé à

ce moment-là : aucune voiture porte-caméra ne pouvait accompagner les chevaux

dans les virages qui étaient pris à pleine vitesse. Toutes les voitures

partaient en dérapage ou ne prenaient le virage que beaucoup trop lentement.

William Wyler [le réalisateur] ne voulait pas de caméras au sol. Cela aurait

pourtant été une solution simple et sage mais c’était également casser le

rythme de la séquence.

Alors Henry Henixon a pris la grande décision :

faire venir de Hollywood la chapman boom et son personnel. Chapman est le nom

de celui qui l’a inventée, et boom signifie grue en américain. Elle était

construite sur un Dodge six six très transformé puisque ses six roues pouvaient

être directrices et qu’il pouvait se déplacer soit avec un moteur à essence

soit, si l’on avait besoin d’un silence total, avec un moteur électrique. Il y

avait deux postes de pilotage se tournant le dos, ce qui permettait à l’un des

pilotes de se concentrer sur la distance à conserver entre la grue et les

chars, tandis que l’autre s’occupait de la direction du véhicule proprement

dit. C’est cette chapman boom qui a permis, en compensant le ralentissement de

la voiture par l’accélération du bras de la grue, de tourner les travellings

durant les virages de la course. Le tournage allait durer quatorze semaines...

Pour neuf minutes de film, cela paraît fou, mais la production et William Wyler

voulaient un produit parfait ; le plus grand spectacle équestre jamais réalisé

(et qui d’ailleurs ne sera jamais égalé). »

* 240 pages, 18 euros.