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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Chapeau

Autres informations / 24.12.2007

Chapeau

Avons-nous vraiment idée, plus

de 140 ans après ses exploits, du retentissement, chez nous, des victoires de

Gladiateur, dans les grandes épreuves britanniques ? Sans doute incomplètement.

Nous continuons aujourd’hui le

voyage (débuté hier) que nous propose d'accomplir Guy Thibault, sur les pas de

ce premier champion français et de ses exploits internationaux.

 

Phrase

en exergue, en rouge :

« (…) le sang de Gladiateur coule dans les veines de quelques

champions contemporains. (…) Par exemple, véhiculé par son fils Lord Gough et

par sa fille Keepsake (trisaïeule de Ksar), n’est-il pas présent quatorze fois

dans le pedigree de Dalakhani ! »

 

 

Dès

lors la présence de Gladiateur à une course est synonyme de victoire. Il vole

de succès en succès, à une exception près. Comment ce boiteux intermittent

peut-il surmonter l’éventuelle douleur ressentie au niveau de ses

membres ? Par une pugnacité incomparable, suggèrent deux historiens

anglais : « Dès que le van vert utilisé pour le transporter aux

courses était amené dans la cour de l’écurie, il pointait les oreilles et était

impatient d’y pénétrer et à partir de cet instant jusqu’après les courses, il

semblait oublier son infirmité. » Six autres victoires dans l’année. Un

seul échec lors de sa dernière tentative, dans le Cambridgeshire Handicap, sous

le poids écrasant de 62,5 kilos (jamais porté victorieusement par un 3 ans),

sur une distance (1 800 mètres) un peu courte pour un cheval assez lent à se

mettre en action, le tout couronné par une méprise de son jockey.

À

4 ans, Gladiateur maintient sa suprématie. Encore six victoires (moitié

anglaises, moitié parisiennes) pour autant de sorties. La plus éclatante, au

Royal Ascot dans le Gold Cup. Pointé à 300 mètres du leader à 1 600 mètres de

l’arrivée, le juge affiche quarante longueurs en sa faveur au passage de la

ligne d’arrivée. Bilan de carrière : seize victoires et une fois troisième

pour dix-neuf courses. Gains des deux côtés de la Manche : 30 476 livres,

soit 761 900 F, un record qui durera près de trente ans, effacé en 1894 par

Isinglass (£ 57 455). Des quinze lauréats de la rarissime Triple Couronne

anglaise (Two Thousand Guineas, Derby, St Leger), il est le seul ayant aussi

gagné le Grand Prix de Paris.

Pour

la carrière d’étalon de son champion, le comte de Lagrange reçoit des offres

d’achat d’éleveurs américains et anglais. Il les refuse mais consent à louer

Gladiateur pour deux ans à William Blenkiron au prix de 75 000 F par an. Il

effectue en 1867 et 1868 ses deux premières saisons de monte à Middle Park Stud

dans le Kent, puis revient à Dangu pour y fonctionner en 1869 et 1870. La

guerre franco-prussienne déclarée, Gladiateur regagne Middle Park Stud étant

adjugé le 5 septembre 1870 à Londres à William Blenkiron pour 5 800 guinées

(152 250 F) qui l’installe de nouveau à Middle Park où le champion effectue la

monte en 1871 et 1872. Middle Park Stud étant liquidé à la mort de Blenkiron,

Gladiateur repasse en vente fin 1872. Pour 7 000 guinées (183 750 F) le

capitaine Ray l’achète et le stationne à Dunmow Stud Farm dans l’Essex. C’est

là que meurt en janvier 1876, le héros français. À quatorze ans, jeune, déjà

dans l’oubli.

Gladiateur

étalon, c’est une déception, pour ne pas dire un échec. Des trois produits

qu’il eut avec son illustre compagne Fille de l’Air, un seul fut capable de

courir. Appelé Éole, mais dépourvu de souffle, il dut se résigner à gagner à

Saint-Brieuc. Intervention de la malchance quand Tom Jennings est contraint de

sacrifier en 1874 un 2 ans, Hero, accidenté dans un galop, qui avait suscité de

grands espoirs après des débuts victorieux. À peine connu, le succès acquis

comme étalon aux antipodes par son fils Grandmaster (1868) vendu yearling en

Australie. Malgré tout, le sang de Gladiateur coule dans les veines de quelques

champions contemporains. Extrêmement dilué, certes. Par exemple, véhiculé par

son fils Lord Gough et par sa fille Keepsake (trisaïeule de Ksar), n’est-il pas

présent quatorze fois dans le pedigree de Dalakhani !

Quels

souvenirs nous restent-ils du premier héros sportif national ? En

permanence, sa statue à l’entrée de Longchamp. Sur ce même hippodrome, portant

son nom un bar, et surtout le prix disputé à l’automne dédié à sa mémoire

depuis 1869, et pendant longtemps (jusqu’en 1954) la course la plus longue de

notre programme (6 200 mètres). À Dangu, une rue et un bar pour rappeler

l’enfant du pays. Ici et là, quelques reliques, os, peau, queue, sabot. Aussi,

parmi des papiers jaunis, des poèmes à sa gloire dont une ode signée Gaston

Pellet : « Tu comblas ton pays de gloire // Aux dépens d’un rival

puissant, // Et ta foudroyante victoire // Ne nous a pas coûté de sang. »

Etc.