La mémorable course du 13 novembre 1776

Autres informations / 18.12.2007

La mémorable course du 13 novembre 1776

UN EXTRAIT DU DERNIER « GUY THIBAULT »

Il y a un an, il y a en dix, cent, deux

cents... Les saisons se succèdent mais les courses ressemblent. Dans cet

extrait issu du dernier livre de l’historien Guy Thibault, Un autre regard sur

les courses, Louis XVI assiste un peu consterné à la lutte entre deux

propriétaires prestigieux…

« À Fontainebleau le 13 novembre 1776, se

déroule une course, objet d’un pari de 3.000 louis d’or, entre deux chevaux de

leur choix, l’un appartenant au comte d’Artois, l’autre au duc de Chartres.

Pour ce pari décidé par

eux dès février, ils avaient chacun fait

emplette secrètement de trois chevaux en Angleterre. Sur les conseils du

marquis de Rockingham, Artois acquiert Barbary, Comus et King Pepin. Chartres

prend possession de Cadee, Glow Worm et Teucer, après avis du marquis de

Conflans. Dans des épreuves préparatoires, Teucer défait Comus le 6 novembre,

puis Barbary devance d’une courte tête Cadee le 10 novembre. Match nul entre

les deux cousins, devenus adversaires acharnés. Mais Artois a en réserve son

atout majeur le mystérieux King Pepin, demeuré caché, vu seulement par quelques

favoris, mais connu de tous pour son prix d’achat fabuleux, 1.700 guinées, soit

40.800 livres. D’où l’attrait de l’épreuve qui oppose King Pepin à Glow Worm,

pour laquelle ont été souscrits des paris considérables (consignés entre les

mains du notaire Clos-Dufresnoy). La rencontre a provoqué la venue de «

beaucoup d’Anglais » et a déterminé le Roi [Louis XVI] « à se trouver à la

course. Ce sera la première fois que ce Monarque assistera à ce jeu futile. »

Déjà, sous Louis XVI, on retrouve tous les

ingrédients des courses modernes : le rôle des courtiers, les jockeys pris à

partie en cas de défaite, les excuses aux mauvais résultats…

Le Roi, invité par le comte d’Artois de parier

pour lui « y a consenti et, pressé de s’expliquer sur la somme, a répondu qu’il

irait jusqu’à un écu de trois livres ; persiflage qui n’a point amusé S.A.

Royale. Mais la Reine [Marie-Antoinette] l’en a dédommagé par l’intérêt vif

qu’elle a paru prendre au maître et au coursier qu’elle a daigné caresser de

ses augustes mains. L’animal, fier d’un tel encouragement, est

parti, il a déployé la plus héroïque ardeur ;

mais ce qu’on avait annoncé est arrivé : il n’a pu soutenir son début brillant et

a perdu.

Malheur sans doute, au jockey chargé de cette

expédition ! Le Prince a été furieux et il a fallu soustraire le héros vaincu

aux premiers mouvements de sa colère. »

Furieux Artois ! car vexé. C’est la face qu’il

a perdue devant son frère, plus que les 3.000 louis d’or qu’il doit verser à

son cousin Chartres. Les raisons de la défaite de King Pepin par Glow Worm

(fils d’Eclipse, acquis 1.600 guinées, soit

38.400 livres) ? La plus souvent invoquée, son

incapacité à négocier les tournants, alors que sur les longues lignes droites

il déployait d’amples foulées. Autres raisons avancées : « Quelques gens

prétendent qu’il est usé, et que l’ancien propriétaire qui l’a vendu est un des

parieurs contre, sous un autre nom. […] Il n’a point de pareil pour les deux

premiers tours, mais il faiblit au troisième considérablement ; d’ailleurs il

n’est excellent que sur la pelouse et ne vaut rien sur la terre. »

Ces explications ? En somme, un échantillon de

l’éventail d’excuses appelées à devenir usuelles : « tourne mal… cuit… manque

de fond… inaptitude au terrain ». Autre événement : le Roi a perdu un écu. On

ne signalera plus sa présence à une réunion de courses. »

Prix : 60 euros.

En vente aux Éditions du CASTELET 780, avenue

Saint-Roman Z.I. du Haut Careï 06500 MENTON

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