Etude jdg : y a-t-il surproduction ?

Autres informations / 19.02.2008

Etude jdg : y a-t-il surproduction ?

Depuis quelques

semaines, un nouveau sondage était à disposition sur le site du JDG sur le

thème de la production française et particulièrement sous l’angle d’une

éventuelle surproduction. La question, à double approche, était ainsi

formulée : « L’élevage français est en croissance. Pensez-vous que,

s’il y a surproduction, celle-ci doive être officiellement combattue, comme

c’est le cas au trot ? ».

Nous remercions

tous les abonnés ou simples visiteurs qui ont planché sur ce thème.

 

Les Chiffres

Le panel est

constitué de 172 réponses qui se décomposent comme telles : 61% de oui,

34% de non et 5% de sans opinion. En préliminaire, il faut souligner que ce

sondage, à dimension technique, a suscité moins d’engouement que les précédents.

Pour étayer ces

chiffres, nous avons organisé un questionnement qualitatif auprès de

professionnels ou de personnes impliquées dans le processus de l’élevage

français. Différentes familles ont, bien sûr, été constituées :

§  les éleveurs qui exploitent leurs

produits,

§  les éleveurs vendeurs,

§  Les étalonniers,

§  un vétérinaire équin officiant dans une

région d’élevage,

§  le syndicat des éleveurs.

 

 

L’analyse

En fonction de

la position de chacun, l’analyse et l’avis divergent. Les clivages apparaissent

de manière très nette en ceux qui accèdent et utilisent le canal des ventes

publiques. Dans ce cas, la notion de surproduction se fait évidente, et se

mesure par les baisses d’activité et de niveau du marché. Pour les autres, la

variable d’entrée est directement liée aux courses et aux exigences de

partants. L’accroissement u nombre d’épreuves exige une production en

adéquation. Et leur assure les débouchés à leur activité d’éleveur.

En revanche, et

de manière partagée, toutes les personnes consultées s’opposent, avec quelques

nuances pour certaines, à toute mise en place d’un système de régulation.

Toutes jugent un tel scénario antiproductif et inopérant. Les références à

l’expérience du trot, connue mais dont les résultats n’ont pas apporté de

réponse à la problématique, revient dans toutes les analyses.

 

 

Les déclarations

 

Bernard Ferrand

Eleveur et président du Syndicat des

Eleveurs

« La

question des mesures coercitives est compliquée. Globalement, tout le monde y

est plus ou moins favorable. Mais quel éleveur voudrait que sa jument soit

concerné par une interdiction d’être saillie ?

Au trot, de

nombreuses tentatives de lutte contre la surproduction ont été essayées et,

comme nous l’a expliqué Pierre Julienne lors de notre dernière assemblée,

aucune n’a donné de résultats satisfaisants. Les éleveurs qui ne possèdent

qu’une jument pourraient être les premiers touchés par une mesure de réduction

du cheptel, mais comment leur faire décemment accepter de renoncer à ce qui est

leur passion ?

Personnellement,

je crois beaucoup plus à la conviction, au travail pédagogique fait auprès de

chacun, pour que nous comprenions tous les enjeux de la surproduction. C’est, à

mon sens, beaucoup plus efficace et respectueux que d’imposer brutalement une

mesure. »

 

Roger-Yves Simon

Etalonnier, éleveur, et vice-président

du Syndicat des Eleveurs

« Le

problème de la surproduction, c’est aussi celui de la surenchère faite par les

étalonniers. J’en parle d’autant plus librement que je suis moi-même

étalonnier. Je pense qu’il faut que nous soyons tous un peu plus responsables.

Quand un étalonnier affiche une saillie à 3.000 euros, avant d’accepter de la

vendre 2.000 euros à un éleveur dont la jument n’a pas beaucoup de références,

il encourage la surproduction. Car il donne l’impression à l’éleveur qu’il a

fait une bonne affaire, et donc qu’il a raison de continuer, puisqu’il fait de

bonnes affaires ! Cette guerre des prix fait naître des espoirs

supplémentaires qui ne font qu’aggraver la surproduction actuelle. » 

 

Franck champion

Responsable Commercial Haras d’Etreham

S’il faut

combattre, c’est en limitant le nombre de saillies par étalon. Mais

attention : au niveau européen ! Je crains que nous n’en soyons loin…

Tout le problème vient de là. De ces étalons tête de liste qui font entre 200

et 300 juments. Ils banalisent tout. Et tout le monde y perd.

 

Mathieu Daguzan-Garros

Haras des Granges

« Chaque

éleveur doit se prendre en charge. Je ne pense pas qu’il serait efficace de

mettre en place des méthodes générales. Chaque éleveur, à son niveau, doit

effectuer une sélection et faire des sacrifices. Les mesures draconiennes

prises au trot n’ont rien donné. Je pense qu’il existe une surproduction au

niveau des ventes publiques, mais pas au niveau des courses. Il n’y a pas de

surproduction de « poulains nés ». »

 

Pierre Julienne

Eleveur et propriétaire des Haras de la Monnerie (Galop)/Haras

des Cruchettes (Trot) dans l’Orne

« Avant

tout, mes sentiments et convictions sont qu’il n’existe pas de système qui

résiste, parfaitement et en permanence, à la règle « adéquation de l’offre

et de la demande. »

Le fait qu’on

puisse parler aujourd’hui de surproduction aujourd’hui au galop est, en quelque

sorte, normal. On a toujours connu, au galop, différentes vagues de

surproduction/sousproduction. Aujourd’hui, on est dans une phase de marasme.

S’il y a

effectivement surproduction, la régulation va s’effectuer d’elle-même au

travers les trois leviers :

  • la vente : c’est le marché

    direct qui régule

  • l’exploitation marchande :

    c’est la compétition qui régule

  • l’exploitation locative : ce

    sont les conditions de locations qui se modifient ; on voit

    aujourd’hui des locations à taux 0%.

Mais, si on

revient strictement sur les chiffres, je ne sais pas s’il faut parler de

surproduction. Au galop, comme au trot, on a un besoin de 3500/3600 chevaux par

an pour assurer les programmes. Avec une production annuelle de l’ordre de 4000

produits, on arrive à un taux marginal de dépassement de 10%/15%. Il s’agit

plus là d’une variable d’ajustement que d’un indice de surproduction. Et le

marché sait réagir très vite.

Par

comparaison, au trot, il y a environ 16000 poulinières pour un peu plus de

10000 naissances annuelles. Soit une production de 250% par rapport aux besoins

(les 3500 évoqués juste avant) ! Pourtant, au trot, le chiffre des 10000

poulains trouve une explication dans une « équation ». Il y a 2000

entraîneurs et sur la base de 5 poulains par entraîneur et par an, on arrive

aux 10000 naissances. [Par comparaison, au galop, on recense 400 entraîneurs

publics professionnels, 27 entraîneurs privés professionnels et 654

« amateurs » : 597 titulaires d’un permis d’entraîner et 57

d’une autorisation d’entraîner – chiffres 2007, source France Galop, ndlr]

En conclusion,

il n’y a pas, pour moi, de surproduction avérée au galop. Quant à vouloir

développer des règles de contrôle ou de régulation, cela me paraît irréalisable

dans le cadre d’un marché international. Il faut savoir qu’au trot, dans un

contexte franco-français, les règles n’ont pas été réellement efficaces. »

 

Aliette Forien

Haras de la Reboursière et de

Montaigu dans l’Orne

« Il y

certainement une surproduction actuelle qui fait que c’est difficile,

aujourd’hui, d’écouler en vente des chevaux d’origine modeste. Mais il ne faut

pas de régulation. La surproduction va se réguler d’elle-même car certaines

personnes vont se décourager et quitter le marché. Pour assurer le programme

des courses, je constate que les chevaux courent plus qu’avant et plus

longtemps. En meeting, on voit maintenant des chevaux courir de manière très

répétée et rapprochée. Cela se voyait moins avant. »

 

Jean Biraben

Eleveur dans le Béarn

« Il

existe une surproduction et une diminution des investisseurs français.

Dans

un premier temps, je pense que le drame vient surtout du marché, que je dirais

médian, d’octobre. Il y a quatre ou cinq ans, le marché était essentiellement

destiné aux propriétaires de Province. Ces propriétaires sont toujours présents

aujourd’hui, mais ils sont beaucoup moins nombreux.

Dans

un deuxième temps, je pense que les étalons français ne sont pas mauvais, mais

nos bonnes juments partent à l’étranger.

Dans

un troisième temps, les acheteurs ne savent pas toujours d’où viennent certains

yearlings sur les catalogues. La traçabilité ne se fait pas, et si j’étais

investisseur je voudrais savoir d’où vient le cheval.

Enfin,

je pense qu’Arqana devrait d’avantage s’intéresser au modèle des chevaux

présentés. Les origines sont essentielles, mais si le cheval est

« tordu » il ne verra pas un champ de courses. Je n’ai pas

présenté Charming Anna (Le Triton) et 

Fleurina (Le Triton) aux ventes car on ne me les aurait pas achetées.

Pourtant, la première est lauréate de course « D » et la seconde est

placée de Listed !

Si

je n’ai pas de solution miracle, je pense qu’il faut que l’on retrouve des

investisseurs qui achètent entre 15.000€ et 40.000€ au niveau des écuries de

groupe et surtout que tout le monde se rassemble autour d’une table et joue

vraiment le jeu. »

 

Patrice Vagne

Eleveur d’AQPS dans la Nièvre – 12 poulinières

dont 10 en nom propre

« Dans

notre région, il y a plus de chevaux qu’avant car certains éleveurs ont

maintenant des parcs de 20 ou 30 poulinières alors que l’habitude, dans la

région, était de 5 ou 6 poulinières par famille. Mais je pense qu’il y a

autorégulation du marché. C’est vrai que les gens « peinent » plus

aujourd’hui à vendre leurs produits qu’avant, alors que les coûts et charges

augmentent. Il faut aussi savoir s’adapter : notre marché vers

l’Angleterre et l’Irlande évolue aujourd’hui. Auparavant, les acheteurs voulaient

des jeunes chevaux (achat de foals, ndlr). Maintenant, ils cherchent plutôt des

chevaux plus âgés ou prêts à courir. Pour ma part, je vais faire deux choses.

D’abord, je vais réduire mon nombre de poulinières en étant plus sélectif. Le

bon équilibre serait huit. Ensuite, je me suis préparé à conserver plus

longtemps mes poulains avant de les vendre.

Parallèlement,

ce qui m’inquiète c’est le vieillissement des propriétaires. Et il faut dire

que c’est difficile d’amener de nouveaux propriétaires dans le monde des

courses. J’ai plusieurs fois essayé et pour que ça fonctionne, il faut que

celui qui débute connaisse la réussite d’entrée... »

 

André-Noël Dutertre

Eleveur chevaux d’obstacle en Mayenne –

2 poulinières

Secrétaire général de la Société des courses de

Craon (Mayenne)

« Je ne

perçois pas de signes de risque de surproduction dans mon créneau. J’élève des

chevaux pour les faire courir et il y a besoin de chevaux sur les hippodromes.

Quand on voit qu’il n’y a que 7 ou 8 partants en moyenne à Pau dimanche (17

février, ndlr), cela tend à prouver que le circuit n’est pas saturé. Dans le

créneau spécifique de l’obstacle, il y aussi toujours le marché anglais qui est

porteur. La demande en chevaux de courses va aller croissante. Jeudi 14

février, le PMU a fait +20% avec 3 réunions de courses. Si on veut répondre au

besoin en chevaux, on ne peut pas parler de surproduction. Raisonner sur une

surproduction, c’est dire, à terme, moins de chevaux sur les hippodromes et

moins de recette pour les courses.

Pour le marché

du plat, il y a peut-être un problème d’insuffisance de sélection de certains

papiers de vente. Par ailleurs, toutes les mesures de protectionnisme ou de

conservatisme me paraissent dangereuses. Il avait ainsi été évoqué à une époque

des courses protégées, réservées uniquement à des poulains de ventes. Ce n’est,

en aucun cas, une solution. »

 

Gilles Baratoux, vétérinaire en clinique

spécialisée équine à Meslay-du-Maine (Mayenne)

« Il n’y a

pas, à mon sens, de surproduction. Dans ma région, je constate plutôt une

stabilisation ou stagnation des effectifs à la reproduction. Les problèmes,

auxquelles sont confrontés aujourd’hui les éleveurs, sont plutôt liés au coût

croissant de leur activité. C’est de plus en plus cher à cause d’une

augmentation des contraintes sanitaires (tests, vaccinations, etc.). Et force

est de constater que le système n’est pas rentable quand certains vendent leurs

chevaux à un prix quelquefois inférieur au prix de saillie ! Mais

l’augmentation des coûts entraîne aussi une augmentation de la qualité du parc

de poulinières. Le travail est mieux fait et la sélection des reproductrices

est à la hausse. Aujourd’hui beaucoup d’éleveurs n’hésitent pas à faire de

« gros » soins onéreux, ce qui n’aurait sans doute pas été le cas

avant. Dans notre clientèle, il faut toutefois faire un distingo entre

l’obstacle et le plat, souvent synonyme de haut de gamme. Les éleveurs en plat

qui cherchent à vendre vont souvent à l’étranger pour les saillies (Angleterre,

Irlande, Allemagne de plus en plus) et ils tirent plutôt bien leur épingle du

jeu.