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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Bruxelles : le débat continue

Autres informations / 08.03.2008

Bruxelles : le débat continue

Courrier.

Patrick Fellous, élu parmi les représentants des éleveurs au Comité de France

Galop, nous a communiqué le fruit d'une étude effectuée avec des consultants en

vue de la réunion du 6 mars à Bruxelles et intitulée « Le pari hippique n'est

pas une marchandise ».

 

LE

PARI HIPPIQUE N'EST PAS UN MARCHÉ

Patrick

Fellous, élu du Comité de France Galop depuis décembre 2007, nous a envoyé ce

texte, qui synthétise un travail qu’il a effectué avec des consultants en vue

de la réunion bruxelloise du 6 mars. Il nous a paru intéressant de le publier.

 

LE

CONTEXTE

Les

professionnels français des courses et de l'élevage, Galop et Trot réunis, ont

jugé nécessaire de faire entendre leur voix unitaire auprès des Autorités

Européennes dans le contexte du processus engagé par la Commission sur les paris

sportifs au sein de l'Europe.

Cette

démarche conduit aujourd'hui ces professionnels français à organiser une

rencontre des professionnels européens des courses et de l'élevage afin de

dégager les lignes directrices de cette activité à l'échelle européenne, en

regard de la restructuration éventuelle des paris sportifs dans l'espace

européen.

Cette

réunion est importante car elle doit être le signe fort d'une volonté des

professionnels français et européens d'intervenir dans le débat de la

réorganisation des paris sportifs     et

hippiques dans l'espace européen. Contrairement à l'impression de surface, il

faut convaincre l'opinion et les autorités européennes qu'il ne s'agit pas d'un

problème technique, qu'il ne s'agit absolument pas d'ouvrir à la concurrence un

secteur qui le refuserait. Le pari hippique n'est pas une marchandise

économique isolable du contexte qui le crée, à l'inverse des autres paris

sportifs. C'est en ce sens que le pari hippique n'est pas un "marché"

au sens traditionnel et économique du terme. Cette contribution a pour but

d'expliquer ce denier aspect, de clarifier le débat, de rétablir une histoire,

et de donner une assise forte au modèle français du mutuel qui est en

adéquation avec les exigences contemporaines d'égalité, de transparence, de

morale, de contrôle, d'écologie et de démocratie que l'Europe exprime et

répand.

 

SYSTÈME

DE PARI ET FINANCEMENT DE LA FILIÈRE FORMENT UN COUPLE INDISSOCIABLE.

Il

nous apparaît que toute la démarche politique française repose sur un constat

incontournable : l'interpénétration structurelle et philosophique entre le pari

mutuel et le financement de toute la filière hippique

Une

analyse attentive montre qu'il existe 2 cas de figure qui sont sans rapport

l'un avec l'autre :

-           Dans le cadre du pari mutuel, ultra

majoritaire (90%) dans le monde, on observe un lien consubstantiel entre la

forme du pari et le financement de la filière hippique.

-           Dans le cas où les Bookmakers

organisent la prise de pari, le problème du financement de l'activité hippique

est traité extérieurement au pari, et il n'est jamais posé politiquement et

économiquement en tant que tel, ne serait-ce que par la diversité des

intervenants et de leurs intérêts propres.

La

configuration est simple : seuls les pays qui mettent en avant le souci initial

de financement de la filière ont adopté le pari mutuel. Les deux vont ensemble,

ils constituent un couple logique et opérationnel.

 

En

effet, le Pari Mutuel stipule dans son "retour" une répartition des

enjeux en 3 masses redistribuées:

→Une

part très majoritaire revient aux parieurs

→Une

part prélevée par l'État

→Une

part pour le financement de la filière (frais d'organisation du mutuel, frais

d'organisation de la compétition, allocations aux propriétaires et

encouragements à l'élevage)

Dans

le cadre du Bookmaking anglais, il n'y a rien de tel, et ce sont des pratiques

contractuelles et fluctuantes qui déterminent les ressources de la filière

professionnelle, la contribution des Bookmakers (un montant absolu ne

représentant jamais un pourcentage des enjeux) ne constituant qu'un élément du

financement. Il ne faut pas oublier le poids spécifique en Grande Bretagne de

l'autofinancement de la filière par le biais des "entrées" en tout

genre, par le biais des "poules" et par... le pari à terme (le pari à

cote fixe) des propriétaires qui grossit le montant des allocations aux

vainqueurs.

En

un mot, la notion même de "financement de la filière" est absente

dans les pays de bookmaking , car cette idée est extérieure au modèle du

bookmaking qui obéit à des principes et intérêts incompatibles avec la notion

de financement des courses et de ceux qui y concourent : on constate dans ces

pays que des rapports de forces et arrangements contractuels à durée déterminée

entre l'Etat, les Bookmakers, les hippodromes, les professionnels sur des bases

indépendantes des montants des enjeux globaux. Bref, les enjeux ne participent

qu'indirectement au financement, suivant des accords contractuels, obtenus sous

la pression du politique.

Cette

réalité structurelle aux conséquences négatives, explique en grande partie les

difficultés économiques récurrentes que rencontrent les courses depuis 50 ans

dans ces pays où le bookmaking est une sorte de donnée culturelle et historique

incontournable.

 

PARI

MUTUEL ET BOOKMAKING

En

Grande Bretagne ou en Irlande, le questionnement des ressources ne se pose

jamais en terme de financement d'une filière professionnelle. Les courses sont

perçues comme un sport qui d'une certaine manière s'est le plus souvent

autofinancé par contribution directe des participants (poule des propriétaires,

entrées sur les hippodromes). L'âpreté de la négociation de ces dernières

semaines en Grande Bretagne le démontre : les Bookmakers voulaient verser 40

Millions de £ Sterlings au Levy Board en tant que contribution au financement

des allocations. Mais l'Etat a fini par intervenir pour tenter d'imposer un

concours de 120 Millions de £, soit 3 fois ce que proposaient les Bookmakers.

Que se passerait-il en Angleterre sans la médiation fréquente des autorités politiques,

alors que le Levy Board se voit dans l'obligation de baisser de 5% son apport,

les vaches grasses de la prospérité économique étant terminée ?

Ces

faits restituent la vraie différence entre le Bookmaking et le pari mutuel qui

ne réside nullement en une différence technique entre cote fixe a priori et

rapport mutualisé a posteriori : la différence se loge dans la finalité du pari

pour ses promoteurs. Pour les Bookmakers, il s'agit uniquement des faire des

profits, "contre" ceux qui engagent des paris. Pour le mutuel, il

s'agit de restituer les sommes engagées aux paris gagnants, amputés du

financement de la filière et de la compétition

Dans le contexte du Bookmaking,

le

jeu (le pari) est extrinsèque aux courses, il vient s'y superposer en profitant

de l'intérêt sportif. C'est pour cela que les Bookmakers prennent des paris sur

n'importe quel sport : ils arrivent "après" que celui-ci se soit

développé. Après avoir bâti un attrait, un sport ou une activité compétitive,

devient une "proie" pour le Bookmaking qui opère tel un prédateur, en

en menaçant le fonctionnement propre du fait de l'existence des paris. Le

Bookmaking est extérieur et indépendant au support du pari, il ne fait que

tirer profit de existence du support sportif et de sa popularité déjà acquise,

il ne le "finance" pas.

Dans le cadre du Mutuel, le jeu ( la pari ) est intrinsèque aux courses, il est

voulu et organisé par les autorités hippiques, permettant au système des

courses de développer une filière économique et sociale. Le jeu existe par et

pour les courses, imbrication dynamique de l'un par rapport à l'autre, dans

l'intérêt lié des parieurs et des professionnel. Le mutuel est la seule forme

de pari qui responsabilise et autonomise les courses, qui leur rappelle

qu'elles doivent compter sur leurs ressources propres, et non sur des aides

providentielles de l'État, de mécènes ou autres sponsors.

On

comprend ainsi mieux que le choix d'un système de pari n'est pas technique, il

est politique, il est philosophique, il est économique, il est moral.

le choix est philosophique car le mutuel propose un jeu entre parieurs, où

l'organisateur ne fait pas de "profit". Le Bookmaker, comme le

Casino, joue "contre" son client en dégageant un profit.

le choix est politique car le mutuel met tous les joueurs à égalité, le

totalisateur et ses cotes relatives renseignant très exactement le parieur : le

mutuel est populaire, il est démocratique, il engendre l'égalité devant le

pari. En revanche, le bookmaking favorise l'initié. Celui qui "sait"

se précipite, avant la rumeur, pour placer son pari chez le bookmaker. Le

bookmaking accepte et favorise le délit d'initié.

le choix est économique car le mutuel n'existe que pour financer une activité

économique qui concourt à la richesse nationale. Le mutuel autorise le

développement durable d'un secteur agricole qui totalise environ 100.000

emplois directs et indirects. Le bookmaker n'est qu'un prestataire de services

qui vend ses services et des clients : il ne crée aucune richesse.

le choix est moral car le mutuel réduit la possibilité de la triche en

organisant, en toute transparence, des paris entre joueurs. L'organisateur est

"neutre" et il contrôle le déroulement du pari, y détectant les

masses anormales. Le mutuel concourt à la régularité des courses. Le bookmaker,

recevant des paris d'initiés, peut être tenté de modifier une arrivée en

"achetant" des acteurs.

 En un mot, contrairement au mutuel, le

bookmaker est "intéressé" par le résultat, il peut vouloir le

modifier. La dernière affaire du jockey Fallon, et son désastreux procès

tronqué en Grande Bretagne en 2007, illustre cet aspect incompatible avec notre

société moderne.

Le

bookmaking est un système de pari archaïque, expérimenté et pratiqué en ses

débuts par la noblesse anglaise, qui tend à conférer un avantage indéniable à

celui qui détient des informations privilégiées. Ce système est précisément à

l'opposé de la transparence et de l'équivalence des acteurs que requièrent les

vues contemporaines qui bannissent l'inégalité face à l'information, ainsi que

le manque de sécurité et d'équité.

 

LE

PARI HIPPIQUE NE PEUT CONSTITUER UN MARCHÉ

Ces

derniers développements tendent à faire croire que le pari hippique est un pari

parmi d'autres, peu distinct d'une loterie ou d'un tirage, peu distinct d'un loto

sportif sur les résultats hebdomadaires du football.

Or

nous avons précisé que le pari hippique mutualisé était intrinsèque à

l'activité courses, qu'il était généré par l'activité elle-même dès que

celle-ci a pensé son propre développement dans une société économique

égalitaire, c'est à-dire non déterminée par des privilèges. Cela signifie que

le pari mutuel est conçu en même temps que la compétition, selon une symbiose

organique. C'est pour cela que dans les pays d'Europe continentale, aux

Etats-Unis, au Canada, en Amérique latine, en Asie (Japon, Hong-Kong,

Singapour), en Australie, ce sont les organisateurs de la compétition qui sont

en même temps les organisateurs du pari, mutualisé.

Isoler

un produit "pari hippique" de la compétition hippique revient à

couper les membres d'un corps, séparer les jambes et bras d'un tronc central.

Les courses sont un tout organique et le système de pari pratiqué doit refléter

cette unité organique, sous peine de mutiler et désorganiser l'ensemble. Or, il

est clair que le pari en ligne, ou le pari bookmaking, "utilisent" le

pari hippique, ou sportif, comme une opportunité isolée des conditions de

production de la compétition-support du pari. Les opérateurs de pari en ligne

ou les bookmakers créent un produit, ils désignent une marchandise-pari. Ce

faisant, ils créent un marché virtuel.

Le

pari hippique n'est pas une marchandise car il est le prolongement nourricier

d'un système plus global qui est celui des courses et de l'élevage. On ne peut

logiquement et économiquement isoler le système de son appendice intégré. En

coupant l'appendice, pour le rentabiliser en tant que tel, vous tuez le corps,

l'appendice ayant été conçu pour la vie du corps.

La

Commission Européenne doit réaliser l'existence de cette totalité organique des

courses, de cet écosystème. C'est à partir de cette réalité systémique que l'on

peut analyser et promouvoir des politiques harmonieuses de pari, en rapport

avec les exigences économiques et éthiques de l'ensemble de référence.

LE

PARI HIPPIQUE N'EST PAS UNE MARCHANDISE !