focus : les chevaux fr en grande-bretagne

Autres informations / 13.03.2008

focus : les chevaux fr en grande-bretagne

 

Anthony Bromley, 39 ans, est le courtier qui a acheté

Kauto Star (Village Star). Avec David Minton, il est co-directeur de Highflyer

Bloodstock, une agence que le duo a créée en 2001 après avoir travaillé

ensemble au BBA. Juste avant la semaine la plus importante de l’année en

obstacle, il nous parle de Kauto Star et du marché des « FR ».

 

JDG – Pourquoi

avez-vous acheté Kauto Star ?

Anthony Bromley – Clive

Smith, le propriétaire de Kauto Star, avait essayé d’acheter Garde Champêtre

aux ventes de Doncaster en mai mais il n’a pas réussi (Garde Champêtre a été

vendu 530.000 Guinées à JP McManus, ndlr). Quelques jours plus tard, j’étais à

Auteuil pour assister au Grand Steeple-Chase de Paris et j’ai vu Kauto Star

gagner son groupe 3 dans un canter. Kauto Star a alors montré qu’il était le

meilleur 4ans en France... même s’il avait été battu auparavant. David Powell,

qui est nos yeux et nos oreilles en France, m’a appelé le lendemain. Il en

avait parlé avec Claude Cohen et m’a dit que le cheval pouvait être à vendre.

Et là, il fallait agir vite ! J’ai envoyé un DVD de la course par courrier

express à Clive Smith. Il l’a regardé le mardi matin et est tombé sous le

charme. Restait à négocier. Je me suis rendu à Senonnes-Pouancé chez Serge

Foucher, accompagné du vétérinaire Buffy Shirley-Bevan et de David Powell. Serge

Foucher était copropriétaire et lui-même n’était pas forcément vendeur ; il

avait toujours dit que Kauto Star était un champion en devenir et il a eu

raison. A l’époque Kauto Star a constitué mon plus gros achat mais il a quand

même couté moins cher que Garde Champêtre !

JdG – Quand

avez-vous commencé à vous intéresser au marché français ?

AB – Au

milieu des années 90. J’ai mis six mois avant de faire mon premier achat avec

David Powell en 1997. J’avais alors du mal à convaincre les propriétaires à

investir. Je suis sûr que les professionnels français pensaient que je leur

faisais perdre du temps. Le déclic est venu quand j’ai réussi à faire venir l’entraîneur

Captain Tim Forster. Il était malade mais il a pris l’avion quand même et a

acheté un cheval chez Alain de Royer Dupré. A partir de ce moment-là, je disais

aux autres clients que si le déplacement était possible pour Captain Forster,

eux aussi pouvaient le faire !

Mais le véritable encouragement est venu de la réussite de

Martin Pipe avec ses « FR » à la même période. Des chevaux comme Eudipe,

Challenger du Luc ou Or Royal ont fait la publicité pour la France et ont permis aux Anglais

de mieux comprendre la valeur de leurs performances. Après ces premiers six

mois difficiles, le marché s’est envolé pour nous avec l’achat de bons chevaux

comme Katarino (lauréat du Triumph Hurdle 1999). Ont suivi des cracks comme

Cenkos et Geos et maintenant nous avons régulièrement des gagnants de groupes.

Lors des cinq derniers Festivals de Cheltenham, Highflyer

Bloodstock a revendiqué 22 gagnants dont 19 provenaient de France. Cette

semaine environ 60 de nos achats participeront au Festival dont 45 sont

originaires de France.

JdG – Comment

expliquez-vous la réussite des FR en Angleterre ?

AB – Je

dois dire que les chevaux français ne sont pas meilleurs que les autres. Très

peu de chevaux anglais sont à vendre et de moins en moins en Irlande, surtout

parmi ceux qui ont montré des capacités en obstacle. En France, environ 50% des

chevaux est sur le marché, ce qui permet aux acheteurs de bien faire leur

choix. Si le pourcentage de réussite des FR en Angleterre est élevé, c’est

parce que la sélection a déjà été faite avant qu’ils arrivent ici.

Evidemment la façon d’entraîner en France est un

avantage, surtout pour un client qui cherche un cheval prêt à courir. En

France, le calendrier de courses et les allocations distribuées aux jeunes

chevaux font des chevaux plus expérimentés que les Anglais et Irlandais au même

âge. Dans le passé, on a aussi pu profiter des conditions de courses anglaises

qui donnaient une décharge de poids aux 5ans face à leurs aînés. Ce dont a profité

My Way de Solzen, par exemple, lors de sa facile victoire dans le Royal and

SunAlliance Chase (Gr1) en 2006 : il recevait 5kg de ses aînés. Et Voy Por

Ustedes a gagné l’Arkle Chase (Gr1) avec un avantage de 2,5kg. Cette année, une

réforme a fait quasiment disparaître les décharges pour les 5ans, sauf lors des

épreuves de steeple sur 4800m où ils recevront 1kg. Ce sera intéressant de voir

si cela fait une différence.

JdG – Quels

sont vos rapports avec les professionnels français ?

AB – J’aime

bien retourner chez les entraîneurs avec qui j’ai connu de la réussite. Il

faut, en effet, de la confiance. Je travaille régulièrement avec Guillaume

Macaire, avec qui j’ai de très bonnes relations. Il m’a vendu les trois actuels

favoris du Queen Mother Champion Chase (Master Minded, Twist Magic et Voy Por

Ustedes), ainsi qu’Azertyuiop, lauréat du Champion Chase en 2003 et 2004. Il

adore quand un de ses anciens pensionnaires gagne Outre Manche et est toujours

le premier à m’envoyer un message pour dire Bravo ! J’ai également eu du

succès auprès de Jehan Bertran de Balanda (Fondmort et La Landière) et François

Cottin (Star de Mohaison).

Je suis constamment en train de promouvoir les courses

françaises et j’encourage quelques-uns de mes clients à avoir des chevaux à

l’entraînement en France. C’est notamment le cas de Robert Waley-Cohen et John

Cotton. Le principe est intéressant surtout pour un jeune cheval qui peut faire

carrière dans les courses bien dotées en France à 3 et 4ans avant d’être

exporté en Angleterre où il y a plus d’opportunités pour les chevaux d’âge. J’ai

moi-même des parts des chevaux chez Guillaume Macaire et Jacques Ortet.

Ma clientèle recherche des chevaux prêts à courir et j’ai

donc peu d’occasion d’acheter des yearlings ou des 2ans chez leurs éleveurs.

Mon partenaire David Minton collabore avec David Powell sur ce marché en France

pour des clients pinhookers.

JdG – Est-ce

que vous suivez assidûment les courses françaises

AB – Oui.

J’ai une vidéothèque de toutes les réunions PMU des huit dernières années.

Maintenant, le site de France Galop me facilite la vie car je ne suis plus obligé

d’attendre 24h pour qu’un client reçoive un Dvd. On peut regarder une course au

même temps sur internet et en parler ensemble.