: chronique

Autres informations / 13.05.2008

: chronique

 

par

Guy Thibault, historien des courses.

 

Vous avez dit

classique ?

 

J’ai

frémi, dimanche dernier à Longchamp, en entendant au micro Laurent Broomhead

réduire à quatre le nombre de courses « classiques ». Certes il avait

raison de pourfendre l’abus du qualificatif « classique » employé par

des journalistes en mal de superlatifs très en vogue aujourd’hui, tels les

« très très » et « grand favori ». Mais vouloir réduire les

courses classiques françaises à quatre courses réservées aux 3 ans (les deux

Poules d’Essai, le Prix du Jockey Club et le Prix de Diane) c’est un peu fort

de café.

 

Les

courses françaises ont été copiées sur le programme anglais soucieux, à

l’origine, de sélectionner les meilleurs 3ans en créant successivement le St Leger

(1776, 2.900m), les Oaks (1779, 2.400m), le Derby (1780, 2.400m), les Deux

Mille Guinées (1809, 1.600m) et les Mille Guinées (1814, 1.600 m). Ces cinq courses

constituèrent les « classics » ; et fut qualifié de

« Triple Crown winner », le poulain ou la pouliche, capable de gagner

trois de ces courses, tour à tour sur 1.600, 2.400 et 2.900 mètres.

« Triple Couronne » fort difficile à conquérir, dont peut se

glorifier le français Gladiateur (1865) et dont les deux derniers titulaires

furent le poulain Nijinsky (1970) et la pouliche Oh So Sharp (1985).

 

En

France, la Société

d’Encouragement créa successivement le Prix du Jockey-Club (1836, 2 500 m. puis 2 400 m. en 1842), la Poule d’Essai (1840, 1.600m,

mixte à l’origine, divisée en 1883), le Prix de Diane (1843, 2.100m), le Prix

Royal Oak (1861, 3.200m puis 3.000m en 1869). Grosso modo c’était la copie

conforme du programme anglais… jusqu’en 1863 seulement, quand fut fondé le

Grand Prix de Paris destiné à réunir les gagnants des deux Derbys, l’anglais et

le français. Doté de 100

000 F, alors que le Prix Royal Oak n’offrait que 10.000F à son lauréat, le

Grand Prix de Paris bouscula l’ordre établi… deux ans plus tôt. Certes, le

Royal Oak programmé en septembre fut alors considéré comme le pendant français

du St Leger (disputé lui aussi à la même époque) mais sans en avoir

l’éclat ; la gloire et la richesse étant destinées au vainqueur du Grand

Prix.

 

Les

courses se développant des deux côtés de la Manche, on commença à ne plus considérer la

carrière de 3ans comme exclusive pour juger et sélectionner les reproducteurs.

Cantonnés jusqu’alors aux 4.000

mètres de l’Ascot Gold Cup (créé en 1807) en Angleterre

et du Prix du Cadran (1843) en France, les chevaux de 4ans et au-dessus

disposèrent, à la fin du 20e siècle, de riches épreuves

significatives sur des distances intermédiaires : en Angleterre, les

Champion Stakes (1877, 2.000m) et les Eclipse Stakes (1886, 2.000m), en France,

le Prix des Sablons (1889, 2.000m, devenu Prix Ganay), le Prix Boïard (1891, 2.000m)

et le Prix du Conseil Municipal (1893, 2.400m mais avec surcharges et

décharges).

 

Ainsi

fut progressivement concurrencé le programme classique destiné aux 3ans, les

résultats enregistrés à cet âge étant souvent remis en question l’année

suivante. Puis, en 1920, naquit le Prix de l’Arc de Triomphe, destiné à

confronter les meilleurs sujets de générations différentes. Progressivement,

l’Arc devint une épreuve de sélection de premier plan, reconnue à partir de

1949 comme la course européenne intergénérations n° 1. À tel point que, quelque

peu jaloux, les Anglais, dès 1951, en créèrent une à l’image de l’Arc, les King

George VI and Queen Elizabeth Stakes. Mais la date disponible sur le calendrier

international, fin juillet, écarte beaucoup de 3ans préférant les vacances

après un printemps laborieux.

 

Vingt

ans après, en 1971, les autorités hippiques européennes décidèrent d’établir un

classement des épreuves les plus significatives. Elles dressèrent un catalogue

des « pattern races », courses principales réparties en groupe 1, 2

et 3. Bien sûr les cinq « classics » anglais figurent dans les Groupes

1, ainsi que leurs équivalents français et irlandais. Mais à toutes ces courses

de Groupe 1 (115 en Europe en 2008), il n’est pas exagéré aujourd’hui

d’accorder le qualificatif de « classique », n’en déplaise à Laurent

Broomhead, quitte à préciser pour les plus anciennes, « vieux

classiques ».

 

Aux

auteurs réputés classiques, tels Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, n’a-t-il pas

été judicieux d’ajouter les noms de Rousseau et de Voltaire, puis ceux de

Balzac, Chateaubriand, Hugo, et plus récemment ceux de Camus, Claudel, Colette,

Gide, Mauriac et Montherlant ? Pourquoi le domaine hippique échapperait-il

à l’indispensable évolution ?