Disparition

Autres informations / 27.05.2008

Disparition

 

Jean

Laborde, une figure du Sud-Ouest et de l’élevage national

Jean Laborde nous a quittés mardi

dernier à l’âge de 79 ans des suites d’une très longue maladie. Eleveur,

propriétaire et membre influent du Syndicat des Eleveurs (dont il fut le

vice-président dans les années 80), c’était un homme très populaire dans le

Sud-Ouest et dans toute la famille de l’élevage français.

Jean Laborde était né à Lème, près de

Pau. Son père y était instituteur et y exploitait une petite ferme. Il élevait

quelques arabes… C’est ce petit élevage que Jean passa une vie à développer

avec succès, faisant aussi bien dans l’arabe que dans le pur sang, investissant

à la fois dans les poulinières et dans les étalons, allant jusqu’à s’étendre en

Normandie en achetant le Haras de Sai, pour y stationner ses yearlings afin de

les avancer dans leur préparation physique.

Jean Biraben, qui lui doit sa passion

des courses (« Si je ne l’avais pas rencontré sur l’hippodrome de

Mont-de-Marsan, un beau jour de 1978, je n’aurais jamais eu cette seconde

vocation », nous a-t-il confié très ému), a été un peu comme son fils

spirituel. Jamais il n’oubliera cet homme charmeur, aux yeux malicieux et au

visage de baroudeur, qui savait emporter l’adhésion. « Je ne sais pas

pourquoi, dès qu’on le voyait, on avait envie de lier conversation avec lui. Il

était à l’aise dans tous les milieux et s’investissait dans tout ce qui lui

tenait à cœur. Son business, bien sûr, mais aussi l’élevage local, la défense

des petits éleveurs… C’était un vrai homme de syndicat, au bon sens du terme.

Chez lui, rien n’était à sens unique. Il savait faire manger tout le monde

autour de lui ! »

Jean Laborde aimait aller au bout de

ses convictions, et il fut l'éleveur qui a su donner une véritable âme à l'élevage

du Sud-Ouest, de « son Sud-Ouest » qu'il aimait tant et dont il

incarnait les valeurs. Sa chaleur humaine, matinée d'un radical-socialisme qui

fait partie du terroir local, lui a assuré un tissu de relations qui lui sont

restées fidèles toute sa vie. La simplicité et l'authenticité de l'homme ont

fait de lui une vraie figure de l'élevage français, bien que sa popularité

évidente ne l'a jamais incité à occuper le devant de la scène. Cet homme avait

la stature intérieure pour jouer le rôle d'un résistant dans un film de Jean

Renoir, il se contenta d'être l'ami sincère de ses proches.  Et c'est ce culte des copains à la Georges

Brassens qui faisait qu'il fumait tout le temps, et que cette maudite cigarette

l'a empêché trop tôt de respirer librement, pour finir par l'emmener au grand

dam de ses potes et sa famille.

Jean Laborde savait se montrer

précurseur, comme en offrant ses meilleurs juments à ses étalons de vitesse

tels Prompt ou Blinis avant de les revendre au Japon, ou en dénichant la mère

de Miss Satamixa avant le Le Marois de la formidable pouliche de Lagardère.

Comme en allant à la saillie de tel ou tel bon étalon en Normandie, et en

incitant les éleveurs du Sud-Ouest à le suivre. Comme en créant de toutes

pièces des ventes de yearlings à Biarritz et à La Teste pour tenter

d’encourager les échanges dans le grand Sud-Ouest. Tout en oeuvrant avec

acharnement au sein d'un Syndicat des Eleveurs dominant à l'époque, avec Pierre

Valentin et Michel Henochsberg, ses amis politiques qui savaient ce qu'ils devaient

à Jean, le fidèle parmi les fidèles.

Le haras de Sai a été vendu il y a

quinze ans à Thierry Ardisson. Mais Véronique, la fille de Jean, continue

d’exploiter l’antenne de Lème avec réussite, grâce à une douzaine de

poulinières arabes et pur sang. Elle perpétue ainsi un lieu simple et

chaleureux, et ainsi cette silhouette ridée demeure parmi nous.

A son épouse Christine, qui l’a tant

secondé, et à toute sa famille, JDG présente ses plus sincères condoléances. Et

au nom de tous ses amis, du Sud Ouest et d'ailleurs, un seul mot : Salut Jean,

nous te t'oublierons jamais.