Emotion et tournant aux usa

Autres informations / 08.05.2008

Emotion et tournant aux usa

 

Chacun

le dit : le monde change. Et les courses mondiales ne doivent pas l'oublier.

Samedi dernier, le formidable Big Brown

(Boundary) a surclassé le Kentucky Derby mais toute l'Amérique qui regardait

l'événement a été interpellée par une image inoubliable : pas celle de

l'impérial gagnant mais celle de la tragédie qu'a connue Eight Belles (Unbridled's Song), arrivée deuxième de la grande

course, qui hélas a « cassé » net après avoir passé le poteau. Elle a

dû être abattue sur le champ.

Comme

le rapporte le TDN et toute la presse américaine dont des titres comme le New

York Times et le Washington Post, une véritable émotion s'est emparée de

l'Amérique, et tous les médias généralistes ne cessent de relayer un flot sans

précédent de réactions et commentaires suite au malheureux accident. Le cheval

est un animal mythique qui renvoie à des rapports passionnés, dans tous les

sens du terme, et l'opinion mondiale supporte de plus en plus mal que l'on

puisse attenter à l'intégrité physique et psychique de tout équidé.

Cette

sensibilité, largement partagée aux quatre coins du globe, porte un regard de

plus en plus critique sur le déroulement des courses, surtout quand celles-ci

mettent en danger, ou meurtrissent, l'animal cheval. Qui supporte la vision de

la jambe cassée d'un cheval titubant ? Qui admet que l'on tape un pur sang pour

qu'il aille plus vite ? Pas l'opinion mondiale qui est révoltée par ces images

qui désormais rentrent dans tous les foyers.

Comme

l'évoque le TDN dans son éditorial exceptionnel, le monde des courses ne doit

pas ignorer cette vague que provoque l'opinion publique. L'Amérique pleure la

valeureuse pouliche qui a affronté les mâles dans ce Derby prestigieux et

médiatisé, et qui allant au bout d'elle-même a vu ses membres brisés par

l'effort excessif qui lui a été demandé. Nous ne pouvons plus invoquer la

fatalité quand la compétition organisée et médicalisée par les hommes provoque

un surpassement perpétuel des organismes et des squelettes des chevaux. Comme

nous pouvons difficilement légitimer l'usage « abusif » de la

cravache dans certaines circonstances comme celles rencontrées cette année à

Cheltenham, et aux vues  desquelles les

Commissaires ont sanctionné.

Plus

que jamais, les courses souhaitent attirer le grand public qui les finance.

Autant dire que cette mission est aujourd'hui très contrariée par les trop

nombreux accidents ou incidents qui émeuvent les sensibilités mondiales à

l'heure de la circulation planétaire et instantanée des images de la

compétition hippique. Il est donc primordial que les dirigeants et

professionnels des courses affrontent courageusement les questionnements qui se

multiplient sur les traitements subis par les compétiteurs.

Les

courses doivent être irréprochables sur le plan du respect de l'animal cheval,

et c'est ce que commence à comprendre la société américaine ainsi que les

médias anglo-saxons. C'est pourquoi nous publions les premières réactions

américaines qui proposent, avec une vigueur et une radicalité propres au pays,

des réformes essentielles qui affectent en profondeur les courses américaines,

sérieusement handicapées par les ravages des médications qui génèrent des

accidents réguliers, et qui hypothèquent le principe même d'une saine sélection,

devenue aujourd'hui le privilège d'une Europe leader en la matière.

Comme

nous y invite Arthur Hancock dans la lettre que nous reproduisons, les courses,

américaines et européennes, ont besoin de dirigeants responsables qui dessinent

un avenir compatible avec les nouveaux soucis écologiques, un avenir qui

séduise une opinion publique très différente et surtout soucieuse de protéger

ce qui est « naturel » des artifices que l'homme ne cesse d'inventer

pour maîtriser le destin. La richesse et l'attrait des courses se concentrent

en l'animal cheval : sachons le sauver et le magnifier.