Equidia écartée de la télévision mobile : le mauvais choix du csa

Autres informations / 29.05.2008

Equidia écartée de la télévision mobile : le mauvais choix du csa

Mardi

27 mai, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a annoncé la liste des 13

chaînes* – sur 36 candidates – retenues pour la Télévision mobile personnelle

(TMP). L’alliance Equidia-Les Echos-L’EquipeTV, sous le label E3, n’en fait pas

partie.

 

Le CSA a donné la priorité aux gros

acteurs du système, déjà bien implantés dans l’hertzien, le satellite-câble et

la Télévision Numérique Terrestre (TNT). Ceux-ci ont trusté onze des treize canaux

disponibles ! Il en restait donc plus que deux places pour les autres. La

première a été raflée par le géant Orange, qui veut devenir un leader en

télévision, et est numéro 1 dans les services mobiles, ce qui en faisait un

favori logique. L’autre canal, que « visait » Equidia, a été remporté

par le producteur-réalisateur Luc Besson (Le Grand Bleu, Léon, Le Cinquième

Elément, etc.) avec un projet 100% cinéma : EuropaCorpTV. C’est lui qui a

créé la surprise, mais est-ce vraiment une surprise ? Le hasard a fait que

l’attribution des canaux s’est faite pendant ou juste après le Festival de

Cannes, qui met le cinéma en pleine lumière.

Autant l’écrire avec franchise, nous

sommes attristés et interloqués par le choix du CSA. Et ce pour plusieurs

raisons. Laissons de côté le cas des géants de la télé classique (TF1, Canal et

M6), dont la légitimité est naturelle, et tournons-nous vers les chaînes

thématiques.

1/ Si le but du CSA est d’offrir un

large panel des différents thèmes possibles (sport, info, cinéma, etc),

pourquoi donner deux canaux aux chaînes d’information en continu, dont le

contenu est redondant (i>télé et BFM TV) ? Et pourquoi en donner deux à

des chaînes musicales (NRJ 12 et Virgin 17) ?

2/ Si le but du CSA est de faire en

sorte que la télévision reste intéressante à regarder, pourquoi avoir accordé

des canaux aux deux chaînes musicales dont nous venons de parler, qui se

contentent de diffuser des clips en boucle ? Qui plus est, le plus souvent

en langue anglaise… Même remarque pour Direct 8 ou NT1, deux chaînes au contenu

assez pauvre ? Evidemment, Direct 8 appartient à Vincent Bolloré, grand

lobbyiste devant l’éternel.

3/ Si le but du CSA est de veiller aux

respects des règles déontologiques et des quotas de production française,

pourquoi avoir attribué des canaux à des chaînes qu’il a récemment sanctionnées

pour non-respect de leurs obligations ? Est-ce à dire que le CSA méprise

les sanctions qu’il a lui-même prononcées ? Le CSA n’est-il plus qu’un

organisme croupion, comme la Société Des Nations entre les deux guerres ?

En tout cas, cela ne va pas encourager les chaînes à respecter leurs

obligations…

 

*

TF1 gagne deux canaux (TF1, Eurosport), tout comme Canal+ (Canal+, i>télé)

et M6 (M6, W9). Les indépendants de la TNT en remportent chacun un : BFM

TV (Groupe Nextradio), Direct 8 Mobile (Bolloré), NRJ 12, NT1 (AB), Virgin 17

(Lagardère). Les deux seuls nouveaux acteurs sont Orange (avec Orange Sport TV)

et Luc Besson (avec EuropaCorp TV).

 

Tétière : Analyse

 

Attention

danger !

L’heure est grave pour les courses.

Après avoir été laissée à la porte de la TNT, Equidia est pour l’instant

interdite de TMP. Deux fois, elle a été privée d’une évolution technologique et

commerciale capitale. Eric Brion, le patron d’Equidia, s’est férocement battu

pour défendre le projet. D’après nos sources, son travail a d’ailleurs failli

payer, car Equidia a été battue d’un cheveu par Luc Besson.

Mais l’échec est là, qui appelle un

sursaut de la part du monde des courses.

Nous ne pourrons pas éternellement nous

permettre de rester sur le bord du chemin. Tout le monde sait que la télévision

est un enjeu essentiel, notamment dans ses applications mobiles. C’est l’outil

de recrutement numéro 1 de nos deux acteurs-clés, qui financent notre

système : les parieurs et les propriétaires. C’est aussi un outil

indispensable à la diffusion et à la sauvegarde d’une culture hippique dans

notre pays.

Sérieusement, cet échec doit conduire

tous ceux qui aiment les courses à redoubler d’efforts pour que, courant 2009,

lorsque le CSA ouvrira un second appel à candidatures, Equidia sorte

victorieuse de ce nouveau combat.

Cela va exiger un vaste programme de

communication, qui engage en premier lieu les dirigeants des courses et dépasse

largement le cadre d’Equidia. Car ce n’est pas Equidia qui a perdu ; ce

sont les courses qui ont perdu cette bataille. Il faut montrer les courses aux

élites, les expliquer, leur faire aimer. Car nos élites ne connaissent pas les

courses et ne les aiment pas. On peut railler les énarques, les polytechniciens

et les normaliens ; tant que ce sont eux qui dirigeront la France, il

faudra prendre quotidiennement son bâton de pèlerin pour aller les convaincre

des qualités du sport hippique.

Pour les toucher, il faut ou les voir

directement, ou choyer les relais d’opinion efficaces auprès d’eux. Ce qui veut

dire, en caricaturant à peine : accepter pendant un temps de privilégier

les « intellectuels » aux « gagnants de la Star’Ac ».

Certes, faire venir des people sur les champs de courses permet d’obtenir trois

lignes dans Gala ou Voici. Mais les énarques ne lisent ni Gala ni Voici. Il

faut donc reprendre le problème par le haut, en faisant connaître les courses

aux intellectuels, professeurs, écrivains, journalistes de grands médias

d’information générale, etc. Des gens hors des « paillettes », mais

sauront porter le message auprès des élites.

Auprès de ces élites, qui n’aiment pas

vraiment l’économie, il faut dédramatiser le côté jeu d’argent. Après tout, le

poker a réussi à changer (en partie) son image…

Ceux que l’on appelle, à tort ou à

raison, les « sages » (membres du CSA) étaient au Festival de Cannes.

Pourquoi ne les verrait-on pas prochainement à Longchamp le jour de l’Arc ou à

Vincennes le jour du Prix d’Amérique ?

Lors du prochain appel à candidatures,

Michel Boyon, qui préside le CSA, a promis de « privilégier des projets

innovants ». Est-ce déjà une excuse pour écarter une nouvelle fois

Equidia, coupable de diffuser un sport trop souvent jugé ringard par les

(pseudo) élites de la nation ? Nous espérons que ce n’est pas le cas.

Un dernier mot pour finir. Pas de

complexes ! Le chantier que je viens de décrire est largement à la portée

du monde des courses. C’est, ni plus ni moins, ce que les courses françaises

sont en passe de réussir dans l’affaire bruxelloise, où la pédagogie auprès

d’un public élitiste va sans doute payer. Il n’y a plus qu’à s’en inspirer,

pour dupliquer l’action de communication auprès de nos élites.

Mayeul Caire