Falco jaillit du peloton

Autres informations / 12.05.2008

Falco jaillit du peloton

 

Dimanche 11, Longchamp. Falco (Pivotal) est passé de l’ombre à la

lumière en quelques foulées, pratiquement dès l’entrée de la ligne droite.

L’élève des Wertheimer, qui ont vécu dimanche une journée inoubliable, a jailli

du peloton confus de la Poule

des Poulains (Gr1) pour laisser les bagarreurs de derrière se démêler à trois

longueurs de lui. Certes, quelques adversaires peuvent nourrir des regrets

après un parcours un peu échevelé, mais le premier gagnant classique de Carlos

Laffon-Parias, dont la maestria méritait une récompense de ce niveau, ne doit

rien à personne dans cette affaire. Le grand balèze piloté par Olivier Peslier

a laissé ses adversaires sur place et gagné par trois longueurs, point final.

Particulièrement malheureux dans la course, l’élégant Paul Cole soulignait

d’ailleurs que le verdict d’une course était toujours sans appel : « C’est comme en obstacle,

expliquait-il en regardant les malheurs de son River Proud. On ne peut pas

blâmer une chute de vous avoir fait perdre une course. Le but, c’est de rester

debout et de gagner. C’est tout ce qui compte. » Avec un engin comme Falco,

cependant, rester debout doit être plus facile qu’avec d’autres. Quand un tel gabarit

cache un vrai moteur, ça déménage !

 

UNE

COURSE SANS CONCESSION

On s’attendait à du sport et nous avons été

servis. La Poule

d’Essai des Poulains, ses 19 partants et son tirage au sort capricieux,

promettaient du spectacle. Pouvait-on s’attendre à ce que le show démarre avant

même que Jean-Louis de Watrigant le baisse son drapeau ? Présenté par Paul

Cole, l’anglais River Proud a fait tant de difficultés pour entrer dans les

boîtes qu’il a été placé tout en dehors, au 20, au lieu du 14 initialement

désigné.

Faute d’un leader assez rapide pour commencer,

on a eu le sentiment pendant les cent premiers mètres de la course que les

jockeys se regardaient pour s’interpeller, comme des enfants se bouchant le nez

au bord du grand bain. Finalement, Thierry Thulliez, recruté par Ballydoyle

pour grimper sur One Great Cat

(Storm Cat) s’est jeté à l’eau – plutôt bruyamment, d’ailleurs ! –,

emmenant dans son sillage son compagnon d’écurie Lucifer Sam (Storm Cat) qui devait lui prendre l’avantage peu après

pour dévaler la descente, avec le Godolphin Il Warrd (Pivotal) en éclaireur du peloton, juste derrière.

On descendait vite, naturellement, mais pas

assez pour exploser le peloton. Dans ces conditions, il était devenu clair que

quelques-uns paieraient l’addition, quelque part. River Proud (Proud Citizen) en premier lieu, puisqu’il était

impossible de se retrouver plus mal placé. Tamayuz

(Nayef) n’était pas vraiment mieux loti, ni Thewayyouare (Kingmambo). Ils étaient partis respectivement des

stalles 17 et 15… Falco, lui, avait hérité du 9 et Peslier l’avait vite placé

dans le dos des ouvreurs, avec Hello

Morning (Poliglote), loin devant le favori Rio de la Plata

(Rahy) – cette position de cheval le plus joué de la course était du reste

assez étonnante, dans la mesure où le pensionnaire de l’écurie Godolphin

restait sur une défaite outre-Manche, qu’il rentrait et que les résultats de

son team depuis le début de la saison sont médiocres. Sans parler de son

exécrable tirage à la corde, avec le 16. On aurait davantage vu un Thewayyouare

ou un Georgebernardshaw en tête de liste. Il faut reconnaître qu’avant le coup,

le problème était tellement ardu que tout était devenu possible. Quiconque

aurait affirmé que Falco, qui venait seulement de remporter sa première course

dans une D, s’imposerait par trois longueurs, aurait sans doute provoqué

d’indulgents sourires.

Toujours est-il qu’avec un Olivier Peslier

toujours aussi détendu, l’animal a bondi le premier dans la ligne droite et que

plus personne ne l’a revu. À trois longueurs, Rio de la Plata a enlevé la deuxième

place malgré l’incroyable retour de River Proud le long du rail. Yorktown (Red Ransom) avait brièvement

fait illusion avant de plafonner dans les cent derniers mètres, tandis que

Thewayyouare finissait honorablement en dehors, comme un poulain pris de

vitesse qui profiterait beaucoup de cette première sortie de l’année.

 

LE

PREMIER CLASSIQUE DE CARLOS LAFFON-PARIAS

C’est un Gérard Wertheimer aux anges qui

précédait au rond de présentation l’entraîneur de Falco, Carlos Laffon Parias,

visiblement très ému par ce premier succès classique, quatre ans après la

deuxième place de Prospect Park (Sadler’s

Wells) dans le Jockey Club 2004… à

l’époque, l’entraîneur espagnol avait pu râler de tomber sur Blue Canari (). Prospect Park n’était

d’ailleurs pas un cadeau à entraîner, et ce Falco a aussi posé quelques

problèmes à l’entraîneur, qui l’a reçu des États-Unis après sa sœur Ironlips (Iron Mask), âgée de 4 ans et

gagnante du Prix Eclipse (Gr3) à 2ans. « Je

n’aime pas tellement travailler dur mes chevaux mais celui-là doit vraiment

être endurci au travail, a expliqué l’entraîneur. On a toujours l’impression

qu’il va manquer d’exercice ! J’ai d’ailleurs demandé à Olivier Peslier de

le monter lundi matin, ce que je fais rarement. Et il était très content de ce

galop. Mais j’ai toujours cru dans ce cheval et nous visions cette Poule depuis

le début de l’année. Je n’ai pas hésité à aller d’une D à ce Groupe 1. Je

savais qu’il avait progressé en courant. Je crois aussi qu’il tiendra la

distance et il récupère très bien de ses courses, en général. »

Son pedigree permet de le penser, même si

Pivotal donne plutôt des chevaux de 1.600 mètres au plus.

Après tout, quelques-unes de ses meilleures productions tiennent sans problème 2.000 mètres. Les 2.100 mètres de

Chantilly, c’est une autre histoire, même si les Condés favorisent la vitesse.

Deuxième, Rio de la Plata est engagé dans « toutes les grandes courses de 1.600 à

2.400 mètres,

a souligné Simon Crisford, manager des Godolphin, y compris le Derby d’Epsom.

Il avait un numéro à la corde impossible et nous sommes donc très contents de

lui. »

Paul Cole, évidemment, ne savait pas sur quel

pied danser : fallait-il se réjouir de la révélation d’un River Proud

sortant nettement de l’ordinaire, ou des turpitudes qui le privèrent d’un

meilleur classement ? Ce fils d’une sœur du miler américain Da Hoss a

refait le champ de course dans un peloton pourtant difficile à transpercer. « Si vous regardez ce qu’il a rattrapé

dans la ligne droite, vous ne pouvez vous empêcher d’imaginer ce qui aurait pu

se passer avec une meilleure position dans le parcours, a noté l’entraîneur. Il

ne nous avait jamais montré autant et c’est à l’évidence un poulain bourré de

talent, mais il faut pianoter au travail. Il pourrait facilement passer du

mauvais côté. »

Il faut dire que la descente dévalée à tombeau

ouvert avait laissé quelques traces chez les moins au point dans la course.

Quelques mouvements avaient aussi mis des espoirs au rebus, à commencer par

ceux de Tamayuz, qui n’a jamais fait vraiment illusion en retrait : « Nous avons pris des coups, puis

sommes tombés sur un cheval qui reculait dans la descente, a expliqué son

jockey Davy Bonilla. Le cheval est resté en-dedans de son action ensuite. À

revoir ». De son côté, Aidan O’Brien regrettait une « course brutale » pour Georgebernardshaw,

qui a manqué d’expérience et n’a peut-être pas aimé le terrain très rapide de

Longchamp.

Quatrième, Yorktown a privé Hello Morning d’une

complète réhabilitation. « Le cheval

a demandé à souffler après avoir fait son effort, a expliqué le jockey de

Yorktown, Christophe Lemaire. Il lui a sans doute manqué la course qu’il n’a

pas courue à cause des terrains souples. Ça va aller. » Criquette

Head-Maarek, elle, peut sans doute envisager plus long pour Hello Morning, qui

confirme ici qu’il revient bien.

On a vu Thewayyouare tracer une belle ligne

droite, en pleine piste, pour terminer sixième. Hervé barjot, manager des

Mulryan, s’est dit très content de ce résultat, qui pourrait faire une

préparation idéale pour le Jockey Club : « Le cheval avait sans doute besoin de cette course et il s’est

comporté exactement comme nous l’espérions. Il devrait mieux faire la prochaine

fois, sur 2.100 mètres

qui plus est. Nous ne devrions pas être loin de la vérité dans le Prix du

Jockey Club. »

Cette montée sur 2.100 mètres après les

1.600 mètres

de Longchamp devient de plus en plus évidente. L’athlétique, sinon rond,

Thewayyouare ne sera d’ailleurs sans doute pas tout seul, parmi les

« anciens » de cette poule, à se retrouver le 1er juin à

Chantilly.

 

 

 

Encadré

DE

ROTHSCHILD, VIA LES USA

Falco descend de la Rothschild Featherhill

(Lyphard), achetée par les Wertheimer aux ventes de Keeneland 88 après avoir

donné le bon Tagel (Cox’s Ridge),

chez François Boutin, et surtout Groom

Dancer (Blushing Groom), gagnant du Prix Lupin (Gr1) 1987. Cette jument

donna ensuite notamment Sea Hill

(Seattle Slew), la mère de Légèreté, mais aussi d’Icelips (Unbridled), qui a donné Falco. Icelips doit revenir en

Europe prochainement, selon Pierre-Yves Bureau, aux côtés de Gérard

Wertheimer : « C’est le type de

journée pour lesquelles nous courons, a-t-il confirmé. C’est pour ça que nous

élevons depuis 1911. »

Falco n’est pas encore Épinard – plus personne

ne peut prétendre au palmarès du prodigieux sprinter/miler de Pierre

Wertheimer, car des entourages aussi culottés n’existent plus. Toutefois, ses

trois longueurs de dimanche sont très prometteuses.