Eric libaud, « la carrière de vision d’etat est inspirée par alain de royer dupre »

Autres informations / 01.10.2008

Eric libaud, « la carrière de vision d’etat est inspirée par alain de royer dupre »

Etonnamment serein.

Eric Libaud ne montre aucun stress avant le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Il

aura pourtant un concurrent au départ et non des moindres. Vision d’Etat

(Chichicastenango) est le chef de file des 3ans français sur la distance

classique. Il est aussi invaincu et présente en la matière un troublant

parallèle avec Zarkava. Mais le poulain a néanmoins été moins spectaculaire que

sa contemporaine et abordera donc l’épreuve avec un statut de favori de

deuxième rang. Dimanche, la belle histoire d’Eric Libaud et de Vision d’Etat

donnera lieu à un nouveau chapitre. Mais de quelle nature sera-t-il ?

Glorieux, simple transition vers le commun (en cas de défaite) ou dépressif (en

cas de défaillance) ? Son aventure actuelle, c’est aussi à Alain de Royer

Dupré, son maître, qu’il la dédie.

 

« Si Vision d’Etat devenait brillant, ce serait

inquiétant »

Au jeu des portraits, il est facile d’affubler un cheval d’un

qualificatif. Mais pour Vision d’Etat, il en faudrait d’emblée deux pour parler

de ses deux facettes : surdoué et discret. Surdoué en compétition car

aucun cheval n’enchaîne six victoires, dont le Prix du Jockey-Club (Gr1) et le

Prix Niel (Gr2), en restant invaincu sans posséder ce talent spécial qui

n’appartient qu’aux surdoués. Discret car Vision d’Etat est un cheval peu

démonstratif dont les travaux ne sont jamais impressionnants. Mais Eric Libaud

a ses repères avec son champion et le principal est bien de les maîtriser.

« Comme avant le Prix du Jockey-Club (le 1er juin, ndlr),

Vision d’Etat est resté peu démonstratif le matin. D’ailleurs nous avons nos

repères avec lui et s’il était venu à changer, cela aurait pu devenir

inquiétant. Après le Jockey, le cheval a demeuré à l’écurie mais au régime

« Club Med ». Il est resté un mois et demi tranquille avec uniquement

des balades et des séances de galop de chasse à son programme. Il a repris le

travail le lendemain du Grand Prix de Paris. » Eric Libaud avait annoncé

très rapidement, après le succès de son protégé dans le Jockey-Club, que le

Grand Prix de Paris n’était pas à son programme. Trop de risque de s’exprimer

sur une piste légère et fatiguée. L’entorse du boulet contracté par Montmartre

dans l’épreuve ont donné rétrospectivement à ses propos une portée anticipative

et visionnaire. « La piste de Longchamp s’affermit très vite comme elle

peut aussi s’assouplir rapidement. En juillet, il y a donc toutes les chances

d’avoir une piste très légère sachant qu’un indice de 3,2 à Longchamp équivaut

plutôt à un 3,0 ailleurs. »

 

« Vision d’Etat était anxieux »

Il y a un point sur lequel Vision d’Etat a changé, dans le

bon sens : son mental. « C’était un cheval très anxieux en début

d’année. Je dirais même bileux. Il se relevait très rapidement au travail, ce

qui n’est maintenant plus le cas. Tout le travail a consisté à le préserver et

à forger son mental. Aujourd’hui, c’est beaucoup mieux, il est moins fébrile.

Il avait bien réagi le jour du Jockey-Club et il était encore plus relax lors

de sa rentrée (dans le Prix Niel, ndlr). Il ne faut pas oublier que ce sont des

êtres vivants. »

 

Adepte des parcours personnalisés

Vision d’Etat a débuté aux Sables d’Olonne. Comme d’ailleurs

son trois-quarts frère de 2ans, Chichi Royale (Chichicastenango) qui vient d’y

prendre une 3e place le 25 septembre pour ses premiers pas. Ces lancements

de carrière hors de tout cercle d’influence parisien correspondent bien à une

démarche personnelle, une exigence d’« être à l’écoute » de chacun de

ses pensionnaires. Il s’agit pour l’entraîneur de chercher (et trouver) le meilleur

cursus pour chacun. On est proche ici des concepts d’enseignement de type

« parcours personnalisé ». « Le rythme est différent entre les

pistes de province et Paris. Je peux débuter à Paris mais si je ne sens pas mes

chevaux suffisamment matures, je préfère leur faire découvrir la compétition en

province. »

 

« Ne pas entamer le potentiel »

Eric Libaud livre toujours avec précision ses analyses,

comme à l’arrivée de la course d’un de ses pensionnaires. Avec le même souci du

mot choisi, il nous livre les vertus cardinales de son métier. « Nous

sommes des observateurs avant tout. Comme des enquêteurs. Il s’agit de

connaître le potentiel de chaque cheval et de le faire évoluer à son maximum. Il

faut que chaque cheval ait la capacité requise pour le travail qu’on lui

demande et qu’il ait le métabolisme adapté. Le travail de l’entraîneur est de

ne pas entamer le potentiel plus tôt que nécessaire. Si on travaille trop tôt

et trop vite, on obtient un résultat éphémère. C’est là l’usure de la vie.

C’est comme un rouleau de scotch qu’on aurait tirer trop vite : l’adhésif

risque de casser. Le bon entraîneur doit réussir à tout faire : faire des

2ans pour les chevaux qui ont de telles qualités ou être plus patient avec les

autres. Cette synthèse est difficile à réaliser et on compte les très bons

entraîneurs sur quelques doigts. »

 

« Si vous chantez faux, faites des vocalise »

Quelle chance l’entraîneur sarthois s’accorde-t-il dans

l’Arc ? Vision d’Etat peut-il jouer un premier rôle ? « C’est

une course dans laquelle il y a toujours du rythme et cela est plutôt une bonne

chose pour Vision d’Etat. Je me vois en position d’outsider. Zarkava est

vraiment une pouliche d’exception, elle est hors norme. J’en ai très peu vu à

ce niveau d’excellence depuis 20 ou 30ans. Le maintien de Duke Of Marmalade est

aussi un os supplémentaire (entretien réalisé avant les déclarations de

partants définitifs, ndlr) sauf si le cheval est fatigué mais je pense pas qu’il

le soit. De toute manière, il n’y a pas trois kilos entre des chevaux comme

Duke, Soldier of Fortune et Youmzain chez les aînés et Vision d’Etat. Le

résultat sera aussi une histoire de forme, de rythme de course et de chance. En

revanche, Vision a des aptitudes pour le terrain souple. Si vous chantez faux,

n’hésitez pas à faire des vocalises près de Longchamp les jours précédents la

course… (rire) »

 

 

« J’ai la sensation du travail bien fait »

Quand on interroge Eric Libaud sur la pression supposée à

l’approche d’une échéance aussi importante, il affiche une belle maîtrise des

facteurs extérieurs à forte valeur anxiogène. « Je n’ai pas de pression

particulière. Je me renferme aux contraintes extérieures. Ce serait stupide

d’ajouter une pression inutile. Je n’en suis pas à mon premier Gr1 et je me

mets en dehors des obligations. Je suis serein comme avant le Jockey-Club car

j’ai la sensation du travail bien fait. Vision d’Etat a parfaitement récupéré

de sa course de rentrée dans le Prix Niel. J’ai vraiment l’impression qu’il a

monté sur cette course. Son dernier travail de lundi n’a été qu’un exercice

d’entretien. On peut dire que toute la préparation s’est parfaitement bien

réalisée. Il n’y a pas un maillon qui a sauté. » Le rouleau de scotch

« Vision d’Etat » s’est donc déroulé sans anicroche et régulièrement.

 

 

« La carrière de Vision d’Etat est inspirée par

Alain de Royer Dupré »

Ils présentent les deux 3ans invaincus de l’épreuve et ont

bien des points communs. Eric Libaud et Alain de Royer Dupré (lire son interview) sont tous les deux passés par

la voie du concours. « J’ai été professionnel dans le concours complet de

haut niveau. Il y a d’ailleurs des similitudes entre un cavalier de haut niveau

et le métier d’entraîneur dans l’approche du cheval. Mais il faut bien vivre et

j’ai donc rejoint les courses. » Le principal bagage d’Eric Libaud – né en

1961 – a été acquis chez… Alain de Royer Dupré. « J’ai véritablement été

l’élève d’Alain de Royer Dupré. J’y ai fait toutes mes gammes : de

stagiaire à assistant, de salarié de son écurie à celle du Prince Aga Khan.

J’ai beaucoup appris au contact de chevaux d’Arc et c’est important quand on a

trois vitesses de moins que les autres… J’ai aujourd’hui la même approche que

lui des courses : dans la mise en route d’un cheval, dans la recherche de

progression. Alain de Royer Dupré fait un travail d’artisan, dans le noble sens

du terme. Ca m’a beaucoup servi et je l’en remercie. On peut dire que la

carrière de Vision d’Etat est inspirée par Alain de Royer Dupré.  »

 

 

 

Son palmarès

Installé entraîneur public en 1992 au Haras des Sablonnets,

propriété de la famille Talhouët-Roy dans la Sarthe, Eric Libaud compte à ce jour plus de 420

victoires. Ses grands succès sont au crédit de Terre à Terre (Kaldounévées)

dans le Prix de l’Opéra (Gr1) 2001 et le Dubaï Duty Free (Gr1) 2002 et d’Ange

Gabriel (Kaldounévées), lauréat du Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1) 2002 et 2003

et du Hong Kong Vase (Gr1) 2002.

A leurs sujet, Eric Libaud nous a précisé : « Ange

Gabriel et Terre à Terre avaient des physiques et des métabolismes qui

demandaient plus de temps que Vison d’Etat. Leur niveau de Gr1 est venu au

printemps de leurs 4ans. »

En France, avant l’avènement de Vision d’Etat, c’est Miss

Mambo (Kingmambo) qui lui a offert une première citation dans un classique avec

sa troisième de la Poule

d’Essai des Pouliches 2004.

 

6 Groupes 1

§  1

Prix Jockey-Club : Vision d’Etat (2008)

§  1

Prix de l’Opéra : Terre à Terre (2001)

§  2

Grand Prix de Saint-Cloud : Ange Gabriel (2002 et 2003)

§  1

Hong Kong Vase (Hongkong) : Ange Gabriel (2002)

§  1

Dubaï Duty Free(Dubaï) : Terre à Terre (2002)