Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Amiens oui, mais pas en nocturne en novembre !

Autres informations / 08.11.2008

Amiens oui, mais pas en nocturne en novembre !

Jeudi, à Amiens, deux chevaux sont tombés lors de la réunion

prétendument « semi-nocturne ». Projetés au sol, Aurélien Lemaître et

Stéphane Pasquier auraient pu se tuer. Qu’on ne nous accuse pas de forcer le trait :

combien de millimètres, combien de millisecondes, combien de millidegrés de

différence y a-t-il entre une chute qui provoque une « entorse du

cou » (Pasquier) et une chute qui brise mortellement une nuque ?

Les courses veulent rester, être ou (re)devenir un grand

sport : un grand sport protège ses sportifs. Pour utiliser une

comparaison, on n’aurait pas envoyé Zidane jouer un match amateur dans un bled,

où les tacles par derrière ou au niveau du genou sont plus fréquents que dans

l’univers professionnel.

Bien sûr, notre sport est différent. Et dangereux, comme

l’est la corrida, qui s’en rapproche par bien des aspects. Mais cela ne doit

pas empêcher de circonscrire le danger.

Bien sûr aussi, la France est loin d’être le seul pays qui

organise des courses dangereuses (on trouve toujours pire). Et les courses

françaises sont même plus sures que dans d’autres pays, parfois même majeurs

(cf. le Breeders’Cup 2007 sur le « lac » de Monmouth Park, où George Washington a laissé la vie…).

Mais cela ne doit pas empêcher de reconnaître quelques évidences.

La première évidence, c’est que certains hippodromes

conviennent à certains types de réunions, et pas à d’autres. Pour reprendre le

cas d’Amiens, il est clair que sa piste supporte mal de courir à la mauvaise saison.

La raison en est imparable, puisqu’elle tient dans la pluviométrie très forte

constatée dans la Somme. Jeudi, la piste était logiquement abominable en fin de

réunion. Question : pourquoi s’acharner à programmer des courses en

novembre, ou même en octobre, à Amiens ?

La seconde évidence, c’est que l’éclairage artificiel réduit

la qualité de la vision des chevaux. C’est pourquoi les réunions nocturnes

exigent une piste impeccable. Car si la piste est en mauvais état, le fait de

courir en nocturne multiplie les risques pour un cheval de mettre le pied dans

un trou. A ce sujet, ce n’est pas un hasard s’il y a tant de nocturnes au trot,

où la piste lisse convient parfaitement à l’exercice.

La solution nous paraît simple : courir à Amiens, oui,

mais pas au mois de novembre en nocturne.

Enfin, même si ce n’est qu’un détail, cessons de nous cacher

derrière des mots détournés de leur sens : officiellement, la réunion de

jeudi était baptisée « semi-nocturne » sous prétexte qu’elle

commençait en fin d’après-midi. Mais en fin d’après-midi, au mois de novembre,

chacun sait qu’il fait nuit. Aussi minimes puissent-ils paraître, c’est dans ce

genre de petits arrangements avec la réalité que le diable se terre…