Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Bon anniversaire, freddy !

Autres informations / 14.12.2008

Bon anniversaire, freddy !

par Guy THIBAULT, historien des courses

Non, ce souhait ne s’adresse pas à l’homme de l’année 2008,

Freddy Head, mais à celui de l’année 1955, Freddy Palmer qui fêtera ses

quatre-vingt-sept ans le 15 décembre 2008.

En 1955, en l’espace d’un mois, Freddy Palmer n’a-t-il pas

remporté le Derby à Epsom avec Phil Drake, le Jockey Club à Chantilly avec

Rapace et le Grand Prix de Paris à Longchamp toujours en selle sur Phil Drake ?

Exploit qui n’avait été réalisé qu’une seule fois, en 1948 par William

Johnstone (avec My Love, Derby-Grand Prix et Bey, Jockey Club) et qui ne sera

plus jamais renouvelé. En effet n’ont pu gagner aussi le Grand Prix de Paris la

même année les huit jockeys qui avaient réalisé le doublé Derby-Jockey Club :

en 1880 Fred Archer (Bend Or-Beauminet), en 1938 Charles Elliott (Bois

Roussel-Cillas), en 1950 William Johnstone (encore lui, Galcador-Scratch), en

1961 Roger Poincelet (Psidium-Right Royal), en 1972 Lester Piggott (RobertoHard

to Beat), en 1980 Willie Carson (Henbit-Policeman), en 1990 Pat Eddery (Quest

for Fame-Sanglamore) et en 2007 Frankie Dettori (Authorized-Lawman).

Comment Freddy Palmer est-il parvenu à se hisser au rang des

très grands jockeys de l’histoire des courses ? On peut dire que son destin

commence en 1896 quand son père Frederick Palmer pénètre dans l’écurie du baron

de Schickler, avenue de la Gare à Chantilly. L’entraîneur William Webb

réceptionne ce garçon de douze ans qui vient de débarquer sur le quai de la

gare du Nord à Paris. Il fait partie d’un groupe d’une douzaine d’enfants

venus, par bateau et train, avec sur la poitrine un écriteau, attaché à leur

cou, portant en grosses lettres le nom de l’entraîneur de Chantilly

destinataire de ces produits « made in England », futurs lads qu’un

entremetteur britannique s’est chargé de fournir à ses compatriotes. Avec le

développement du Pari Mutuel (loi du 2 juin 1891), les courses connaissent

alors une forte croissance en France qui est avide de main d’œuvre facile à

trouver outreManche où les courses, alors à la fois « le sport des rois et le

roi des sports », exercent un vif attrait pour des parents pauvres souvent

embarrassés par des enfants malingres difficiles à placer dans les usines.

C’est ainsi que vont devenir lad à l’orée du XXe siècle, des garçons comme

Steve Donoghue et Gordon Richards, héros du turf britannique quelques décennies

plus tard.                    

Quant à Frederick Palmer, il est né à Canterbury où son père

était tailleur de pierres. Il passera de l’écurie Webb à celle du baron Foy (à

Compiègne) pour qui il sera pendant quelques années à la fois lad et jockey

(gagnant notamment à Craon et à Saint-Malo), avant d’entreprendre une longue

carrière de garçon de voyage pour Frank Carter puis pour son cousin Percy

Carter. Entre temps il est devenu le père de deux garçons, André, né en 1910,

et Freddy né onze plus tard. D’abord jockey dans les deux spécialités, André

s’installe entraîneur à Lyon en 1937 et prend sous sa coupe son jeune frère qui

avait commencé son apprentissage l’année précédente à Chantilly chez Claude

Halsey. L’apprenti est doué ; cinq victoires (dont la première à Lyon-Grand

Camp) en 1937 à quinze ans, dix en 1938, dix-sept fin août 1939 quand survient

la guerre qui stoppe une carrière prometteuse. Mais déjà un souvenir toujours

vivace : le 8 avril, il s’est rendu à Marseille-Vivaux à la demande de

l’entraîneur Charles Forest pour monter une certaine Palace Girl avec laquelle

il gagne. Pour fêter l’évènement, le propriétaire tient à inviter le très jeune

pilote à dîner avec des amis ; il le fait ensuite reconduire à la gare dans une

luxueuse voiture dont le chauffeur lui révèle que les couleurs jaune et rouge

qu’il a portées victorieusement sont celles de l’ex-roi Alphonse XIII à la

table duquel il était assis. En exil depuis 1931, Alphonse XIII avait continué

à manifester son vif intérêt pour les courses, utilisant comme prête-nom

Charles Forest dont les couleurs évoquaient l’Espagne.

 Durant la guerre

Freddy poursuit sa carrière cahin-caha, se partageant entre le plat (un peu) et

l’obstacle (beaucoup). À Auteuil et Enghien, il connaît de beaux succès,

finissant l’année 1947 avec 31 victoires et la deuxième place du classement des

jockeys derrière le champion Fernand Thirion. Encore cinquième en 1948, il

abandonne l’obstacle l’année suivante pour remporter ses deux premières grandes

victoires en plat, le Grand Critérium en selle sur Tantième et le Prix Royal

Oak avec Ciel Étoilé. C’est aussi un premier succès pour le propriétaire de

celui-ci, le baron Guy de Rothschild qui, après le décès de son père, vient de

reprendre les couleurs familiales (casaque bleue, toque jaune) que Freddy fait

triompher dès l’année suivante avec Vieux Manoir dans le Grand Prix de Paris.

Cette victoire dans la course alors la plus populaire de France, permet à

Freddy d’entrer dans le cercle restreint des jockeys les plus demandés. Tout en

privilégiant le service de Percy Carter, il va endosser pendant une dizaine

d’années certaines des casaques les plus prestigieuses (Dupré, Martinez de Hoz,

Strassburger, Volterra, Waldner).

 

Au Grand Prix de Paris de Vieux Manoir s’ajoutent bientôt

trois autres, ceux d’Orféo (1952), de Popof (1954) et de Phil Drake (1955). Au

Jockey Club de Rapace, succède celui de Val de Loir (1962). Le Royal Oak de

Ciel Étoilé est suivi de ceux de Buisson d’Or (1953), de Wallaby (1958) et de

Match (1961). En 1960, Freddy pilote victorieusement Mincio dans la Poule

d’Essai et les Prix du Moulin et de la Forêt. Et la moisson est aussi glorieuse

outre-Manche, le Derby de Phil Drake (1955) étant suivi des Oaks de Sicarelle

(1956), du St Leger de Cambremer (1956), des King George de Montaval (1957) et

du Gold Cup à Ascot de Wallaby (1959) et de Balto (1962). Ce palmarès est signe

de haute qualité que Freddy a toujours privilégie, sans doute au détriment de

la quantité puisque son meilleur classement au palmarès annuel des jockeys est

une place de cinquième obtenue en 1954 avec 66 victoires.

 

Freddy Palmer, homme de l’année 1955, fête lundi 15 décembre

ses quatre-vingt-sept ans.

 

 Fin 1964, Freddy

Palmer raccroche selle et bottes pour devenir entraîneur, profession qu’il

exercera jusqu’en 1990. Avec un effectif réduit, encore deux courses de groupe

1 au palmarès de ses pensionnaires : le Prix de Diane de Fine Pearl (1966) et

le Prix Royal Oak de Le Chouan (1969). Jockey puis entraîneur, ce n’est pas

suffisant. Freddy endosse un troisième rôle, celui de professeur. Ses

principaux élèves : Jean-Claude Rouget, Patrick Monfort et Christian Scandella.

Encore un quatrième rôle, celui de commissaire qu’il exerce sur les hippodromes

parisiens jusqu’à la date couperet de soixante-quinze ans. Alors retraite

forcée pour Freddy qui quitte Gouvieux pour Nice où il a plaisir à évoquer ses

souvenirs avec ses amis survivants. Pour le monde des courses, la carrière de

Freddy Palmer constitue « un exemple ».