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Jour de Galop

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Alfred de dreux, le livre, à deauville

Autres informations / 17.02.2009

Alfred de dreux, le livre, à deauville

Marie-Christine Renaud sera

présente aux Ventes de Deauville aujourd’hui pour dédicacer son livre sur

Alfred de Dreux, de 9h à 18h.

Il en va des peintres

équestres comme des pur-sang : ils sont issus de croisements, produisent plus

ou moins bien, leur lignée peut ressurgir après des années d’indifférence, de

purgatoire comme on dit en art. Alfred De Dreux (1810 1860) est issu de

Théodore Géricault (par Carle Vernet) et de George Stubbs (par John Wootton).

Géricault sème la graine

Villa Médicis alors que le petit Alfred a six ans. Son père, Pierre-Anne De

Dreux, a obtenu le Prix d’architecture l’année d’avant. Le lauréat accueille à

Rome son ami Théodore Géricault qui vient de rater ce même Prix, en peinture.

Géricault peint et le petit Alfred écarquille les yeux, tremble, s’émeut, c’est

l’extase. Il a choisi son maître, et ce n’est pas son papa. L’attirance est

réciproque. Il suffit de voir les portraits que Géricault a peint du petit

Alfred. L’intensité du regard vaut promesse : on va se revoir.

De retour à Paris, le petit

Alfred n’a de cesse de retrouver le peintre de la Méduse, rester dans son

atelier, voir et apprendre. Des chevaux ! Des chevaux ! Faites-moi pein dre des

chevaux ! demande le jeune Alfred.

La première grande toile

d’Alfred de Dreux est une copie du Mazeppa de Géricault, il le gardera jusqu’à

sa mort. Pour ceux qui n’ont pas vu le film de Bartabas, Mazeppa fut l’amant de

la femme d’un seigneur polonais qui, pour le punir, le fit attacher nu sur un

cheval dans l’idée de le faire crever dans les pires souffrances, sauf que le

cheval ramène Mazeppa jusqu’en Ukraine où il est secouru par des paysans, avant

de devenir chef des cosaques, etc. Le tableau de Géricault représente le

supplicié à la renverse, encordé sur son cheval qui s’extirpe d’un fossé

boueux, de telle sorte que le martyre nous est présenté debout, prométhéen.

On ne s’étonne plus qu’Alfred

De Dreux n’ait pas eu d’enfant, pas de femme, il a vécu toute sa vie en

compagnie de ce tableau et du souvenir de celui qui l’inspirait. Alfred de

Dreux avait autre chose à faire que de nourrir une famille et des maîtresses :

un maître à honorer et des chevaux à peindre.

On prend un peu de temps à

comprendre comment Marie Christine Renaud a organisé les 500 pages de l’Univers

d’Alfred De Dreux. Son érudition et sa sensibilité finissent par avoir raison

de notre égarement. L’ouvrage est somptueux, il remet le peintre à sa place :

au carrefour de tous les styles anciens et à venir.

Alfred de Dreux, par

Marie-Christine Renaud (Editions Actes Sud, 79 €)

Critique parue dans Le Monde

2, avec l’aimable autorisation de l’auteur.