Le haras de blingel et la famille wattinne

Autres informations / 17.02.2009

Le haras de blingel et la famille wattinne

par Guy THIBAULT

 

Casaque cerise, toque bleu

clair, telles furent les couleurs choisies en 1893 pour son écurie naissante

par un grand industriel du Nord, Gustave Wattinne. Des couleurs encore à

l’honneur un siècle plus tard, portées par Forestier (Nikos), lauréat en 2004

de deux Groupes 2, les Prix Vicomtesse Vigier et Maurice de Nieuil. Mais deux

deuils intervenus récemment au sein de la famille Wattinne provoquent

aujourd’hui la cessation d’activité de l’écurie et de l’élevage du haras de Blingel.

D’où la dispersion d’un effectif de quarante-six sujets au cours des ventes

programmées aujourd’hui à Deauville.

Après avoir connu quelques

succès comme propriétaire, Gustave Wattinne désira élever. C’est ainsi qu’il

créa, en 1913, dans le Pas-de-Calais, terre d’élevage du cheval boulonnais, le

haras de Blingel où il réunit six poulinières acquises aussi tôt en décembre à

Newmarket. En dépit de la guerre, les suc cès furent immédiats, comme en

témoignèrent Marmouset (1914, Prix Jouvence, Grand Prix d’Ostende) et Embry

(1917, Prix Greffulhe et Royal Oak, 2e

Grand Prix de Paris), suivis

peu après par Séclin (1921, Grand Prix de Vichy, Queen Alexandra Stakes) et Le

Touquet (1922), lauréat du Grand Steeple à Auteuil en 1929. Le Touquet, c’est

aussi le nom de cette station balnéaire du Nord que Gustave Wattinne avait

voulu doter d’un hippodrome, inauguré en 1925. Mais en décembre 1929, disparaît

le patriarche, dont l’œuvre sera poursuivie par son fils René (en association

avec son frère Roger), exposé alors à une situation difficile. Il décide de

vendre la production du haras de Blingel sur le marché de Deauville, malgré la

situation cauchemardesque consécutive au krach boursier de Wall Street (24

octobre 1929) accompagné d’une surproduction. En 1937, le chiffre d’affaires

affiché à Deauville pour les yearlings ne représente plus que 10

% de celui réalisé dix ans

plus tôt, et ce avec un franc dévalué de plus de 15 % !

Durant cette période, se

distingue une élève de Blingel, Royalebuchy (1933, Prix Pénélope, 3e Prix de

Diane) bien tôt mère de Royalhunter (1940, 10 victoires, Prix du Conseil

Municipal). L’après-guerre enregistre les succès remarqués de six élèves de

Blingel : Cobios (1944, 14 victoires dont 11 en obstacle), Cernobbio (1953,

Prix Thomas Bryon), Juraboy (1958, Premio Emanuele Filiberto), Azincourt (1960,

Prix du Cadran), Crylor (1961, en Italie Grand Critérium et Premio Emanuele

Filiberto) et Carvin (1962, Critérium de Saint Cloud, Grand Prix de Vichy, 2e

du Washington D.C. International, 3e du Jockey-Club), qui eut la malchance

d’être le contemporain de Sea Bird, Reliance et Diatome.

 

C’est à cette époque que René

Wattinne introduit une jeune poulinière appelée à dynamiser Blingel. Acquise à

3 ans en 1949 à Newmarket, Dulcimer (Donatello II) est à la fois petite-fille de

la championne Dorina (Grand Critérium,

Diane, Vermeille, 2e de l’Arc

de Triomphe) et demi-sœur de deux étalons dont la production est cette année-là

au zénith en France : Astrophel, le père de Bagheera (Diane, Grand Prix de

Paris et Vermeille), et, en Argentine, Fox Cub, cham pion des pères de vainqueurs.

À Blingel, Dulcimer devient la mère de Dulciani (1955, 3e de la Poule d’Essai

des Pouliches), la grand-mère de Doronic (1960, Prix Cléopâtre), de Dannes

(1965, 2e Prix de Malleret), de D’Arras (1971, Prix Noailles), et

l’arrière-grand-mère de Darly (1979, Prix Exbury et d’Hédouville) et de Dictus

(1967). Celui-ci, acheté yearling pour 64.000 F, se révélera à 4 ans un miler

de grande qualité en gagnant le Prix Jacques Le Marois à Deauville, en se

plaçant deuxième des Queen Elizabeth II Stakes à Newmarket, avant de terminer

deuxième des pères de vainqueurs en 1981 et troisième en 1982 et 1983.

Peu avant son décès en 1970,

René Wattinne confie la destinée de Blingel à ses fils, René-Jean et Michel,

qui désirent y introduire un sang nouveau. Ainsi, à l’automne 1970, ils char gent

de cette mission Guy Thibault (acheteur de Dictus) qui leur acquiert pour 3.000

guinées en Irlande une très jeune poulinière, Top Twig (High Perch) âgée de

3ans et pleine de Hul a Hul (Native Dancer). Si elle a couru deux fois sans

succès à 2 ans, Top Twig provient d’un des plus grands élevages irlandais,

celui de la famille McGrath, et elle a pour atout principal d’être fille de

Kimpton Wood, une demi sœur de Feevagh dont la renommée vient d’atteindre les

sommets avec son petit-fils Levmoss (Arc de Triomphe, Ascot Gold Cup 1969) et

sa petite-fille Sweet Mimosa (Diane 1970). À Blingel, Top

Twig donne naissance coup sur

coup à trois chevaux de classe, Twig (1971, Prix de la Côte Normande), Tip Moss

(1972, Grand Prix d’Évry) et Twig Moss (1973, Prix Noailles, 2e du

Jockey-Club), vendus yearlings à Deauville respective ment pour 56.000, 45.000

et 100.000 F.

Plus récemment, le haras de

Blingel a été le berceau de trois bons performers, Coral Dance (1978, Green

Dancer, 2e du Prix Marcel Boussac), Abbatiale (1995, Kaldoun, Prix Pénélope,

battue d’une courte tête par Zainta dans le Prix de Diane), Forestier (2000,

Nikos, « tombeur » de Westerner dans le Prix Vicomtesse Vigier et aujourd’hui

étalon), ainsi que d’un champion, Don Lino (2004, Trempolino, Prix Cambacérès)

dont les gains en haies atteignent actuellement

326.325 euros.

Telles sont les sérieuses

références d’un élevage centenaire dont on regrettera la disparition. À

signaler que parmi les quarante-six sujets appelés à être dispersés

(vingt-trois pou linières, quatorze yearlings, huit chevaux à l’entraînement,

une part d’étalon), on relève pas moins de treize descendants de Dulcimer, la

matrone à qui Blingel est redevable de ses glorieux enfants, Dictus et Don

Lino.