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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Aux origines de kauto star

Autres informations / 16.03.2009

Aux origines de kauto star

par Guy THIBAULT, historien

des courses

Au soir du 13 mars, je suis à

la fois admiratif et perplexe. Admiratif devant le total de onze courses de

Groupe1 conquises sur les fences britanniques par Kauto Star. Perplexe devant

son pedigree pour expliquer un tel exploit.

 

Pas d’interrogation pour

expliquer l’aptitude sauteuse de deux chevaux français s’étant illustrés à

Cheltenham il y a un demi-siècle. Sir Ken, triple lauréat du Triumph Hurdle

(1952, 53, 54) avait pour père Laeken (fils de Massine, champion des pères de

sauteurs en 1935). Mandarin, héros en 1962 du doublé Gold Cup-Grand

Steeple-Chase de Paris, avait son pedigree truffé de références sauteuses. Et

Kauto Star n’est pas fils de Cadoudal ni de Nikos, deux étalons réputés pour

transmettre leurs gènes sauteurs, pères respectifs de Bigs Buck’s et de Master

Minded, deux des trois autres « bred in France » lauréats de courses de Groupe1

de ce même meeting de Cheltenham.

 

Galanterie oblige, voyons la

famille maternelle de Kauto Star. Il a pour dixième mère La Grêlée (1918), bien

connue pour avoir donné naissance à Rialto (deuxième de l’Arc de Triomphe, père

de Wild Risk, Grande Course de Haies d’Auteuil, 1944, 1945) et à Phébé (1930,

Pharos). Celle-ci, une élève du haras du Mesnil qui s’est illustrée au niveau

classique comme grand-mère de Tahiti (Prix de Diane 1954), s’était aussi

signalée en produisant un très bon sauteur, Bois Rouaud, lauréat de la Grande

Course de Haies d’Enghien en 1944. C’est cette Phébé qui nous conduit à Kauto

Star par l’intermédiaire de Phinoola (1937, Rodosto), de Catalina (1944,

Victrix, très bonne à

2 ans, Prix de la

Salamandre), de Catalpa (1949, Galène), de Catalica (1957, Relic), de Tyrolina

(1964, Tyrone), de Verdurette (1971, Lionel), de Kautorette (1981, Kautokeino)

et de Kauto Relka (1993, Port Étienne).

 

Si Verdurette n’a gagné que

deux très petites courses (Le Lion d’Angers, Morlaix) à 4 et 5ans, sa fille

Kautorette, élevée par Mme Henri Aubert (à ne pas confondre avec Henry Aubert,

l’éleveur de Puissant Chef) a fait beaucoup mieux, se distinguant par la

longévité de sa carrière. Pas moins de 62 courses de 2 à 7 ans, avec pour

résultats 13 victoires (dont deux en obstacle) et 25 places. Bien sûr les

succès n’ont été acquis que sur des scènes mineures, telles Challans,

Château-du-Loir, Mauron, Pontivy, Redon, Savenay, Vitré, mais ce faisant, elle

a fait preuve d’une santé à toute épreuve sur des terrains éprouvants pour les

faibles. À l’opposé de Kautorette, son père Kautokeino avait eu sur le turf une

carrière réduite à… deux sorties. Ce fils de Relko, avait gagné en 1970 le Prix

Juigné puis s’était placé troisième du Prix La Force gagné par Sassafras, futur

lauréat du Jockey-Club et de l’Arc de Triomphe. Accidenté peu après, une telle

performance, doublée d’un pedigree impeccable, avait ouvert les portes du haras

à Kautokeino. Réduit à ne saillir que des poulinières modestes, Kautokeino a

néanmoins réussi à transmettre son nom à quatre chevaux de qualité dont l’un

est presque parvenu au sommet. C’est Argument, second à une demi-longueur de

Detroit dans l’Arc de Triomphe en 1980, puis lauréat du Washington D.C.

International et du Prix Ganay. Les trois autres se sont aussi illustrés au

bois de Boulogne, mais sur l’hippodrome d’Auteuil, tous trois portant la casaque

du comte Pierre de Montesson, leur éleveur : Al Arof et Klain, vainqueurs du

Prix Georges de Talhouët-Roy respectivement en 1980 et 1985, et Cokeland, héros

du Prix Cambacérès en 1984.

 

 

Au haras, Kautorette eut onze

produits dont quatre vainqueurs : trois demeurés modestes (totalisant 5 succès

en plat et 12 en obstacle acquis en province ou en Suisse), et l’autre d’un

niveau supérieur, Kauto Ray, entraîné par Guillaume Macaire, quatre fois

victorieux en steeple dont deux fois à Auteuil où il se plaça cinquième des

quatorze partants du Prix Ferdinand Dufaure gagné en 2005 par Bonbon Rose. Mais

c’est l’une des filles de Kautorette n’ayant pas couru, Kauto Relka, qui est

devenue la mère du champion du monde des sauteurs. À ce jour, elle a donné

naissance à onze produits, dont quatre n’ont pas encore couru, et seulement un

autre ayant gagné, Kauto Lumen Dei (1998, Useful) qui a trouvé la mort à Pau le

11 décembre 2002 après avoir glané trois victoires sur les obstacles de

Fougères, Nort-sur-Erdre et Pontchâteau.

 

Si l’on regarde du côté

paternel de Kauto Star, on constate que son papa Village Star a été un très bon

cheval en plat (huit victoires de 3 à 5 ans, dont le Grand Prix de Saint-Cloud

et cinquième de l’Arc), mais qu’il est demeuré anonyme au haras, ses 156 autres

produits enregistrés au stud-book ne signalant que le très modeste Le Tastevin

(1998) lauréat de quatre courses en obstacle mais aucune à Auteuil. Certes,

dans le pedigree de Kauto Star figurent un inbreeding rapproché (3 x 3) sur le

crack Mill Reef et d’autres plus éloignés sur Relance (4 x 5), sur Aureole (4 x

5), sur Tantième (4 x 6) et sur Relic (5 x 6 x 6). Mais cela n’a rien à voir

avec l’immense talent de sauteur de l’élève de Mme Henri Aubert dont la source

serait plutôt due à la présence de Kautokeino et à celle de juments ayant

combattu courageusement et incessamment sur des hippodromes de l’Ouest de la

France. C’est ainsi que Kauto Star, à la suite d’innombrables chevaux issus de

petits élevages fixés sur l’obstacle, a quitté la France après la victoire

remportée le 30 mai 2004 à Auteuil dans le Prix de Longchamp. Il n’y a que des

propriétaires britanniques pour offrir 400 000 euros* pour un sauteur de 4 ans,

certes fort prometteur, mais hongre !

 

La prouesse de Kauto Star à

Cheltenham n’aurait-elle pas mérité d’être mentionnée au journal de 20 heures

des télévisions nationales, à côté d’autres résultats sportifs, plus ou moins

heureux ? Assurément, Kauto Star est un sportif équin de niveau mondial. Ainsi

donc, immense est la tâche de Julien Pescatore, nouvellement chargé par France

Galop des relations avec la presse.

 

Chiffre publié par le Racing

Post le 22 décembre 2008.