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Dubaï : un grand événement singulier

Autres informations / 30.03.2009

Dubaï : un grand événement singulier

Cheikh Mohamed est un

dirigeant politique enclin aux projets grandioses et c'est ainsi que l'idée lui

est venue il y a une vingtaine d'années, de créer un rendez-vous hippique

mondial à Dubaï, chaque année. Nul n'y croyait, à l'époque, excepté le Cheikh

lui-même. Et pourtant, il a parfaitement réussi. Le dernier samedi de mars et

son meeting avec quatre Gr1 et deux Grs2, soit une dotation exceptionnelle de 21

millions de dollars pour six courses est devenu un événement mondial attendu.

 

 

C'était le dernier meeting

couru à Nad Al Sheba, haut lieu qui sera remplacé en 2010 par le fabuleux

complexe hippique de Meydan. Est-ce cette idée d'une période qui s'achève qui a

voulu que l'enthousiasme des observateurs n'a pas été cette année au diapason

des années précédentes ? On a perçu une légère déception, à peine exprimée.

Évidemment, la comparaison était difficile puisque le géant Curlin (Smart

Strike) avait marqué le dernier World Cup de toute sa classe et de sa

suprématie mondiale. En ce sens, le valeureux Well Armed (Tiznow), qui nous a

pourtant gratifié d'un insolent canter, n'est qu'un pâle figurant en

comparaison de l'alezan volant d'Asmussen. Le hongre californien est un bon

serviteur, mais il n'est pas une vedette, et les 3,6 millions de dollars

ressemblent à un bonus exagéré, comme ceux du monde financier.

 

On penchera dans le même sens

pour avouer qu'Eastern Anthem (Singspiel), le vainqueur au finish spectaculaire

du Dubaï Sheema Classic (Gr1), et Gladiatorus (Silic), qui a emporté sûrement

le Dubaï Duty Free (Gr1), ne sont pas les stars escomptées pour justifier les 3

millions de dollars offerts à chacun. En revanche, le sport a repris le dessus

grâce à la féerique aventure d'Ahmad Ajtebi qui montait ces deux vainqueurs,

lui qui, il y a peu, était encore jockey de… chameaux ! La vraie vedette

mondiale de ce meeting, c'est bien l'énergique Ahmad qui a défrayé les

prévisions et la chronique hippique, devenant à lui seul l'événement qui ne

nous pas été offert par les équidés. Nous serions en Angleterre, il serait

devenu ipso facto Lord Ahmad Ajtebi !

 

Et les Français ou assimilés,

ils n'ont pas fait d'étincelles avec leurs stars Marchand d'Or (Marchand de

Sable), qui visiblement ne "fait pas" Dubaï, et Doctor Dino

(Muhtathir), pour une fois fatigué par ses voyages. Heureusement, Pascal Bary a

sauvé la mise avec sa recrue brésilienne, Gloria de Campeao (Impression), qui a

terminé deuxième du Dubaï World Cup à l'image des deuxièmes places des autres

visiteurs anglais, les remarquables Presvis (Sakhee), entraîné par Luca Cumani,

et Spanish Moon (El Prado), qui échoua d'un nez au grand dam de son entraîneur,

Sir Michael Stoute. Bref, ces chevaux de second rang en Europe ont fait mieux

que figurer, ce qui situe le niveau relatif de ces épreuves.

 

En somme, ce meeting a réussi

de grandes choses et a révélé aussi des faiblesses. La réussite incontestable

est d'avoir attiré des compétiteurs de l'hémisphère Sud (Afrique du Sud, Australie,

Brésil et Argentine) qui se confrontent à ceux du Nord dans une rencontre

exceptionnelle. De ce point de vue, Dubaï est un événement mondial ayant séduit

les nouveaux pays du Sud et les Etats-Unis qui jouent à un jeu voisin de leurs

courses sur dirt. En revanche, l'apport européen n'est pas à la hauteur de ce

continent. Mais il ne serait pas crédible de s'en étonner. Nous savons depuis

longtemps que ce meeting est totalement décalé en regard des rendez-vous

traditionnels du programme européen qui démarre en avril et s'achève en

octobre. De plus, le tracé, les surfaces des pistes, le climat ne correspondent

pas aux habitudes et aptitudes des raiders européens. Pour que ceux-ci

réussissent, il faut les préparer spécialement pour cet événement, et c'est

pourquoi les européens ne réussissent à Dubaï qu'avec des seconds couteaux.

Mais il n'est pas impossible que Meydan change la donne, car nous savons que

désormais, grâce au Cheikh Mohamed, les courses se déroulent à l'échelle

mondiale, comme tous les grands sports.

LEOPARDSTOWN (IRLANDE),

Dimanche 29 mars