Le football nous a déclaré la guerre

Autres informations / 08.04.2009

Le football nous a déclaré la guerre

Par Mayeul CAIRE, Directeur

de JDG

Depuis plusieurs mois, on

sentait que l’ouverture du marché des paris allait se jouer autour de deux

grands axes :

La concurrence entre les

courses et les autres sports ;

Et, conséquemment, la

capacité de ces concurrents à exister sur la scène médiatique.

 

Mercredi, les patrons de la

Française des Jeux (FDJ.) et de RTL ont annoncé avoir conclu un partenariat de

grande envergure. Ensemble, ils vont lancer le vendredi 17 avril, de 17h à 23h,

une nouvelle émission hebdomadaire consacrée aux paris sur le sport. J’écris

"le sport", car c’est ainsi que cela a été annoncé, mais ne soyons

pas naïfs : en fait, il s’agira à 80% (voire plus…) de football.

 

Cette émission sera animée

par Christophe Pacaud, en collaboration avec Lionel Rosso, ancien journaliste

d’Europe 1 qui conseille désormais la FDJ. Les auditeurs-joueurs seront

informés, dans un but délibéré de pari, sur l'état des pelouses, la forme des

joueurs, la partialité de l'arbitre, etc. Relais de l’émission, un microsite

Internet sera dédié aux pronostics sportifs sur le portail www.rtl.fr.

« Il s'agit d'un partenariat

industriel stratégique jusqu'à la Coupe du monde de football en juillet 2010 »,

a dit le patron de RTL, Axel Duroux, tout en ne précisant pas les revenus

attendus de cet accord qui comporte « un volet publicitaire important » (ce qui

veut dire que la FDJ passera à la caisse). Dès le 1er janvier 2010, des développements

générant des revenus sont prévus sur Internet.

Les paris sportifs

représentent actuellement 7% du chiffre d'affaires de la FDJ, soit 630M€. Le

marché français des paris sportifs est en plein développement et le PDG de la

FDJ l'estime à 2 milliards d'euros « dans quelques années ».

D’après nos informations, RTL

a soufflé au dernier moment ce partenariat à RMC, qui tenait la corde jusque-là

 

Cette annonce résume donc à

elle seule notre propos liminaire. Cette fois, la guerre est déclarée : l’histoire

retiendra que la concurrence entre les courses et le football aura

véritablement commencé le vendredi 17 avril 2009, et que la première page de

cette histoire aura été l’alliance entre un opérateur et un grand média

généraliste.

 

Cela dit, la FDJ n’en est pas

à son coup d’essai en la matière : elle finance déjà la diffusion des tirages

du Loto et du Kéno sur France2, et parraine une émission consacrée à Cote &

Match sur la même chaîne. Mais ce qui est nouveau, c’est le fait d’inscrire

clairement la nouvelle émission dans la perspective de l’ouverture du marché

des paris – et de la Coupe du monde de football, qui en sera le premier grand

moment.

 

A l’heure où l’Institution

des courses est en négociation avec des chaînes de télévision, l’accord FDJ-RTL

est à prendre en considération. Car exister dans les grands médias généralistes

va devenir vital. Que dire, pour rester au cœur de notre sujet du jour, du

traitement respectif des paris hippiques et sportifs sur RTL ? À ma gauche,

l’émission "On refait les courses" animée par Bernard Glass :

15 minutes en fin

d’après-midi, le samedi. À ma droite, la nouvelle émission de paris sur le foot

animée par Christophe Pacaud : 6 heures d’antenne de la fin d’après-midi à la

fin de soirée, le vendredi. Vingt-quatre fois plus d’antenne pour le football !

Que ce combat semble inégal… D’autant que, chaque soir, RTL consacre plusieurs

heures au sport-roi ; alors que les courses sur RTL ont juste droit à un

pronostic matinal et à quelques brefs "flashes résultats" saupoudrés

au cours de l’après-midi.

 

De son côté, le PMU, qui n’a

pas choisi la voie du sponsoring, a un partenariat avec TF1 qui permet de

diffuser l’arrivée et les rapports du Quinté+ à 20h40. C’est mieux que rien,

mais cela ne remplace pas une émission de pronostics sur TF1 ou sur un autre

grand média. Pour avoir rencontré plusieurs directeurs de grands médias, je

peux confirmer ce qui n’est un secret pour personne : au sens propre comme au

sens figuré, les pronostics hippiques n’ont pas "bonne presse". Et mis

à part le cas très particulier du Parisien, aucun média généraliste ne veut de

pronostics dans ses colonnes, sur ses ondes ou à l’écran.

 

A qui la faute ?

Généralement, on considère qu’elle est imputable à la notion de "jeu

d’argent" – peu appréciée dans notre bonne vieille société

judéo-chrétienne. Les patrons de grandes rédactions jugeraient les paris

hippiques "sales" – ce qui ne les empêche pas de faire régulièrement

dans le "porno chic". Et même ceux qui acceptent l’idée que les

courses représentent une audience ou un lectorat importants rechignent : le

lectorat turfiste ne plaît pas aux annonceurs publicitaires. Les acheteurs

d’espaces publicitaires en tout genre méprisent ceux qu'ils voient comme des

"prolétaires qui gaspillent 100% de leur budget au PMU".

 

Pas facile. Mais pas

forcément perdu d’avance. Car la mauvaise réputation des jeux d’argent va

forcément s’estomper s’il est possible de jouer sur le football ou au poker,

deux "sports" moins "suspects" que les courses. Et puis

viendra bien ce jour où les gens qui font la pluie et le beau temps dans les

rédactions – les annonceurs publicitaires – s’intéresseront aussi aux

turfistes. Ceux-ci n’ont-ils pas besoin ne serait-ce que d’une voiture pour

aller aux courses, d’aliments pour ne pas mourir de faim, d’habits pour ne pas

mourir de froid… et d’un bijou pour se faire pardonner auprès de Madame les

longs dimanches sacrifiés au financement de l’amélioration de la race chevaline

?