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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Ils n’ont pas progresse, ils ont compris

Autres informations / 28.05.2009

Ils n’ont pas progresse, ils ont compris

par Pierre Laperdrix

« Savez-vous pourquoi Chinco

ne saute pas le rail-ditch ? » « Non Monsieur, je ne sais pas. » « C’est parce

qu’il n’a pas compris. » Audelà de faire sourire, cet échange entre André Adèle

et Jean-Paul Gallorini (raconté par le second au cours du reportage qui lui est

consacré sur Equidia) donne à réfléchir. Pour donner leur pleine mesure, pour

passer la surmultipliée dans la ligne droite ou sauter le rail-ditch, les

chevaux ont avant tout besoin de comprendre ce que l’on attend d’eux. Des

exemples, il en existe tous les jours, le plus difficile étant de les identifier.

C’est difficile car souvent, quand un cheval signe une performance en

amélioration, on pense qu’il a progressé, qu’il s’est amélioré. Or ce n’est pas

toujours le cas : parfois, le cheval était déjà bon ; s’il a mieux couru, ce

n’est pas qu’il a progressé, c’est simplement qu’il avait besoin de comprendre…

Quels sont les points communs

entre Montmartre (Montjeu) et Magadan (High Chaparral) ? Ce sont deux des

meilleurs 3ans de la saison 2008, le premier ayant remporté le Grand Prix de

Paris (Gr1), où le second s’est classé troisième. Oui, mais encore ? Ils

avaient tous deux mal couru avant cela dans le Jockey Club (Gr1), terminant non

placés. Pourquoi ? Pas parce qu’ils étaient limités, sans quoi ils n’auraient

pas brillé à Longchamp ensuite. Pas non plus par la faute de la distance, car

leur contre-performance du Jockey Club était trop importante pour être juste

une question d’hectomètres. Non, la vraie raison, c’est qu’ils n’avaient pas

“compris”. Ils n’avaient couru que deux fois, Montmartre remportant de bout en

bout une “D”, ce qui est une leçon peu instructive, et Magadan gagnant pour ses

débuts le Prix Juigné (F) avant d’être disqualifié dans le Prix de Suresnes (L).

Face à des concurrents endurcis comme Vision d’Etat (Chichicastenango), leur

maigre expérience ne pesait pas bien lourd et ils ont été inexistants à

Chantilly.

Le lauréat du Prix d’Ispahan

(Gr1), Never on Sunday (Sunday Break) est un autre exemple. En début d’année de

3ans, ses premiers pas parisiens ont été relativement moyens : quatrième puis

deuxième. Et au final, il vient de gagner un Gr1. Pour beaucoup d’observateurs,

le cheval a simplement progressé entre 3 et 4ans. Ce n’est pas mon avis. La

classe, il l’avait déjà à 3ans. Mais ce qui a changé, c’est qu’il n’avait pas

compris qu’il était bon. Pour l’aider, son entraîneur lui a mis des œillères

(victoire par 5 longueurs à Chantilly, devant Russian Cross).

Ce jour-là, Never on Sunday a

pris conscience de ses capacités. Et une fois sa leçon bien apprise, il “a dit”

à son entourage qu’il n’avait plus besoin d’œillères, refusant obstinément

d’endosser cet accessoire le jour du Prince d’Orange… ce qui ne l’a pas

empêché, sans artifices, de battre une nouvelle fois Russian Cross.

Récemment, on a vu de jeunes

chevaux qui ont encore à apprendre, mais qui sont déjà bons. Anco Marzio

(American Post) en est un. Ses débuts, bien que victorieux, ont été assez

difficiles, puisqu’il a été gêné et a failli tomber. Cette leçon – exécrable –

l’a pénalisé dans le Prix du Pont-Neuf (L), où il s’est mis à tirer double dès

qu’il a été un peu contrarié. Lui aussi, quand il aura compris, donnera sa

pleine mesure et remportera des Groupes.

Les exceptions à cette

théorie sont les cracks. Zarkava (Zamindar) en était une. Dès ses débuts dans

le Prix de la Cascade (F), elle avait non seulement compris ce que l’on

attendait d’elle, mais aussi qu’elle était nettement meilleure que les autres.