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Saison de monte : gros plan sur agnes kamikaze

Autres informations / 13.05.2009

Saison de monte : gros plan sur agnes kamikaze

Aujourd’hui...

AGNES KAMIKAZE

En station au Haras de Lonray

Prix de saillie : 6.000€ HT

au 01/10 Garantie LF

Haras de Lonray – 61250

Colombiers Tél. : 02 33 26 51 12 ou 06 08 64 34 32

Patrick Barbe : 03 44 58 18

55 (bureau) ou 06 07 34 77 32

 

 

Voici déjà quatre ans, une

grande nouveauté était proposée sur le parc étalon français, avec l’arrivée de

sujets issus de l’élevage japonais. Resté longtemps mystérieux, le pays du

soleil levant exportait, enfin, après de longues et denses années d’importation

massive de la meilleure qualité du monde occidental. Voilà donc quatre ans, la

France recevait le sang de Sunday Silence ! Spécialiste français de l’univers

nippon, Patrick Barbe était à la manœuvre et multipliait les chances par trois

avec l’introduction en France de Divine Light, Agnes Kamikaze et Rosen

Kavalier, tous fils du fameux chef de race. L’accueil a été quasiment glacial

de la part des éleveurs français, méfiants à l’encontre de cet exotisme. Le

constat est simple : le cumul des listes a, tout juste, atteint les 60 juments

la première année. Puis l’atmosphère s’est réchauffée peu à peu, comme si les

clients prenaient confiance, simultanément à la multiplication des restaurants japonais

qui ont poussé comme des champignons noirs à chaque coin de rue. Plus

prosaïquement, les pionniers ont été satisfaits de leurs premiers produits et

sont retournés visiter les ambassadeurs du sushi, lesquels ont totalisé 85

juments en 2006. Et le miracle est arrivé. Au printemps dernier, Divine Light a

été porté à la lumière par la réussite immédiate de sa 2ans Natagora, la plus

précoce (Prix du Bois – Gr3 et Robert Papin – Gr2), et la meilleure de France

puisqu’elle a bouclé son automne en gagnant en Angleterre les Cheveley Park

Stakes (Gr1).

Alors qu’il a sailli 66

juments l’an dernier, Divine Light a été vendu au très actif Jockey-Club Turc

qui a ainsi enrichi son haras national. Il a été en quelque sorte remplacé par

le nouvel arrivant Great Journey. Mais c’est le massif Agnès Kamikaze (1,69m)

qui nous retient ici.

Agnes Kamikaze est né du même

croisement que Divine Light, soit Sunday Silence et une mère par Northern

Taste. On touche, là, aux fondamentaux de l’élevage nippon moderne. Fils de Northern

Dancer et d’une sœur de Neartic acquis outre-Atlantique dans l’élevage d’E.P.

Taylor, Northern Taste était tout petit (1,57m), alezan clair avec une tête

toute blanche et trois grandes « chaussettes ». Bref, tout ce que les acheteurs

fuient généralement…Il n’en fut pas moins un grand coursier, précoce (Prix

Eclipse (Gr3) et Thomas Bryon (Gr3) à 2ans) et rapide, gagnant du Prix de la

Forêt (Gr1) et dauphin de Mount Hagen dans le Prix du Moulin de Longchamp (Gr1)

1974 sous la casaque de Zenya Yoshida et la selle de Jean-Claude Desaint.

Ayant bien couru dans le

Derby d’Epsom, bien que limité en tenue, Northern Taste est devenu un véritable

chef de race au Japon, dominateur sur tous les tableaux (vainqueurs, 2ans et

père de mère) pendant les décennies 80 et

90. Mort en 1997, il a été

remplacé sur son trône par le nouveau roi du Soleil Levant, Sunday Silence, un

cheval au destin hors du commun.

Sunday Silence, petit poulain

noir et hargneux, est un fils de l’ombrageux Halo, connu en France pour être le

père de Coup de Folie, matrone de la maison Niarchos. Sa vie a été, pour le

moins, agitée. Yearling, il a été refusé dans toutes les ventes, puis a subi un

accident de la circulation, souffert de la maladie de chien et enfin causé le

désespoir de son mentor Charlie Wittingham, l’aigle chauve, en projetant dans

les airs tous ses jockeys d’entraînement à 2ans. Sunday Silence est ensuite

devenu le héros d’un des scénarii les plus haletants de l’histoire des courses

américaines.

 

Sa série de duels épiques

avec Easy Goer (Alydar) dont il est sorti lauréat dans le Kentucky Derby, les

Preakness Stakes et la Breeders’Cup Classic est restée dans toutes les

mémoires. Malgré ce palmarès, c’est son caractère à la limite du gérable qui

habitait les américains au moment de son introduction au haras. Et finalement

Sunday Silence a été importé au Japon par les Yoshida, sur la base de 10

millions de dollars, tout de même. Et alors qu’il est mort très jeune, à 16ans

en 2002, des suites de coliques, Sunday Silence a laissé aux courses japonaises

une marque indélébile. L’élevage local lui doit toute sa reconnaissance

international, grâce aux succès réussis en France, à Dubaï ou à Hongkong par

ses produits Deep Impact, Heart’s Cry, Stay Gold, To The Victory ou autre Hat

Trick. Notons à ce propos que tous les autres champions japonais qui ont brillé

à l’étranger portaient le suffixe USA, d’El Condor Pasa (Kingmambo) à Agnès

World (Danzig), en passant par Seeking The Pearl (Seeking The Gold).

L’empreinte est telle que

Sunday Silence est encore tête de liste en 2007 sans avoir ni 2ans ni 3ans. Il

est actuellement détrôné par son fils Agnes Tachyon et la question est,

aujourd’hui au Japon, d’échapper à la consanguinité qu’il promet, dans un

cheptel de 6.000 juments.

Ultra-classique en lignée

paternelle, le pédigrée d’Agnes Kamikaze est également bien fournie du côté

maternel, puisque sa mère, Dyna China (Northern Taste), est propre sœur d’un

champion local, Gallop Dyna. Vainqueur du Tenno Sho, officiellement une listed

à l’époque devenu Groupe 1, il est arrivé en France pour courir les distances

classiques. Son mentor hexagonal, John Cunnington Jr, l’a trouvé plus à son

aise sur le mile sur lequel il lui a fait prendre la 5e du Prix Jacques le

Marois (Gr1). L’implantation japonaise de cette souche venait de l’achat aux

Etats-Unis de la 3e mère d’Agnès Kamikaze, une propre sœur de Bold Bidder (Bold

Ruler), champion sur les pistes (13 victoires dont le Charles Strubes Hdp –

Gr1) et au haras où il a été tête de liste grâce à ses deux cracks Cannonade et

Spectacular Bid, vainqueurs des Kentucky Derbies 1974 et 1976. Bold Bidder a

été vu en France surtout avec des chevaux de vitesse, Auction Ring, Parioli et

le précité Mount Hagen.

En course, Agnes Kamikaze a

réussi sur toutes les distances, comme tous ses chevaux japonais très

polyvalents et ne connaissant guère de tactique avec des rythmes élevés du

départ à l’arrivée. Estimé à 3ans, il s’est pleinement exprimé à 4ans, sous la

casaque classique de Takao Watanabé, propriétaire de tous les « Agnes ».

Vainqueur de deux listeds sur 1.600 et 1.800m, il est passé allègrement sur

2.500m pour remporter un Groupe 2 local à Tokyo. Malheureusement victime d’une

bousculade lors de sa sortie suivante, il a été blessé au tendon, ce qui a mis

un terme à sa carrière. On ne saura jamais s’il aurait pu monter jusqu’à une

victoire dans un Groupe 1 mais au moins il a décroché un titre valorisant, dans

ce contexte nippon ultra concurrentiel, et il n’a pas trop couru (13 sorties),

contrairement à beaucoup de ses congénères.

Entré étalon au Japon en

1999, il n’a pas beaucoup sailli, noyé dans la masse et confiné dans l’ombre

d’autres fils de Sunday Silence plus titrés que lui. En cinq saisons, il a

donné naissance à seulement 77 produits : 50 d’entre eux ont couru et ont

remporté plus de 200 courses ! Certains s’illustrent toujours aujourd’hui à 6

ou 7ans.

Titulaire donc d’un bon taux

de réussite au Japon, Agnes Kamikaze va traverser une année test en 2008, avec

ses premiers 3ans conçus en France. A l’automne dernier, il a déjà donné un

gagnant de 2ans avec Al Waled sur la PSF deauvillaise et pourra s’illustrer

cette saison dans le registre inattendu de l’obstacle. En effet, deux de ses

onze produits nés en 2005 sont entraînés par Arnaud ChailléChaillé. Il s’agit

d’un frère des bons Tree Polo et Yako nommé Gopolo, et un fils d’une sœur de

Vic Toto nommé Jennyka.

Et là, on touche à une autre

dimension d’Agnes Kamikaze. Sunday Silence n’est-il pas tête de liste en

obstacle au Japon ? Et sa 3e mère n’est-elle pas sœur non seulement de Bold

Bidder mais aussi d’un certain Top Bid (Olympia), lauréat de 29 victoires sur

les obstacles américains ?