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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Vous avez dit classique ?

Autres informations / 13.05.2009

Vous avez dit classique ?

CHRONIQUE

par Guy Thibault, historien

des courses.

J’ai frémi, dimanche dernier

à Longchamp, en entendant au micro Laurent Broomhead réduire à quatre le nombre

de courses « classiques ». Certes il avait raison de pourfendre l’abus du

qualificatif « classique » employé par des journalistes en mal de superlatifs

très en vogue aujourd’hui, tels les « très très » et « grand favori ». Mais

vouloir réduire les courses classiques françaises à quatre courses réservées

aux 3 ans (les deux Poules d’Essai, le Prix du Jockey Club et le Prix de Diane)

c’est un peu fort de café.

 

Les courses françaises ont

été copiées sur le programme anglais soucieux, à l’origine, de sélectionner les

meilleurs 3ans en créant successivement le St Leger (1776, 2.900m), les Oaks

(1779, 2.400m), le Derby (1780, 2.400m), les Deux Mille Guinées (1809, 1.600m) et

les Mille Guinées (1814, 1.600 m). Ces cinq courses constituèrent les «

classics » ; et fut qualifié de « Triple Crown winner », le poulain ou la

pouliche, capable de gagner trois de ces courses, tour à tour sur 1.600, 2.400

et 2.900 mètres. « Triple Couronne » fort difficile à conquérir, dont peut se

glorifier le français Gladiateur (1865) et dont les deux derniers titulaires

furent le poulain Nijinsky (1970) et la pouliche Oh So Sharp (1985).

 

En France, la Société

d’Encouragement créa successivement le Prix du Jockey-Club (1836, 2 500 m. puis

2 400 m. en 1842), la Poule d’Essai (1840, 1.600m, mixte à l’origine, divisée

en 1883), le Prix de Diane (1843, 2.100m), le Prix Royal Oak (1861, 3.200m puis

3.000m en 1869). Grosso modo c’était la copie conforme du programme anglais…

jusqu’en 1863 seulement, quand fut fondé le Grand Prix de Paris destiné à

réunir les gagnants des deux Derbys, l’anglais et le français. Doté de 100 000

F, alors que le Prix Royal Oak n’offrait que 10.000F à son lauréat, le Grand Prix

de Paris bouscula l’ordre établi… deux ans plus tôt. Certes, le Royal Oak

programmé en septembre fut alors

considéré comme le pendant

français du St Leger (disputé lui aussi à la même époque) mais sans en avoir

l’éclat ; la gloire et la richesse étant destinées au vainqueur du Grand Prix.

 

Les courses se développant

des deux côtés de la Manche, on commença à ne plus considérer la carrière de

3ans comme exclusive pour juger et sélectionner les reproducteurs. Cantonnés

jusqu’alors aux 4.000 mètres de l’Ascot Gold Cup (créé en 1807) en Angleterre

et du Prix du Cadran (1843) en France, les chevaux de 4ans et au-dessus

disposèrent, à la fin du 20e siècle, de riches épreuves significatives sur des

distances intermédiaires : en Angleterre, les Champion Stakes (1877, 2.000m) et

les Eclipse Stakes (1886, 2.000m), en France, le Prix des Sablons (1889,

2.000m, devenu Prix Ganay), le Prix Boïard (1891, 2.000m) et le Prix du Conseil

Municipal (1893, 2.400m mais avec surcharges et décharges).

Ainsi fut progressivement concurrencé

le programme classique destiné aux 3ans, les résultats enregistrés à cet âge

étant souvent remis en question l’année suivante. Puis, en 1920, naquit le Prix

de l’Arc de Triomphe, destiné à confronter les meilleurs sujets de générations

différentes. Progressivement, l’Arc devint une épreuve de sélection de premier

plan, reconnue à partir de 1949 comme la course européenne intergénérations n°

1. À tel point que, quelque peu jaloux, les Anglais, dès 1951, en créèrent une

à l’image de l’Arc, les King George VI and Queen Elizabeth Stakes. Mais la date

disponible sur le calendrier international, fin juillet, écarte beaucoup de

3ans préférant les vacances après un printemps laborieux.

 

Vingt ans après, en 1971, les

autorités hippiques européennes décidèrent d’établir un classement des épreuves

les plus significatives. Elles dressèrent un catalogue des « pattern races »,

courses principales réparties en groupe 1, 2 et 3. Bien sûr les cinq « classics

» anglais figurent dans les Groupes 1, ainsi que leurs équivalents français et

irlandais. Mais à toutes ces courses de Groupe 1 (115 en Europe en 2008), il

n’est pas exagéré aujourd’hui d’accorder le qualificatif de « classique », n’en

déplaise à Laurent Broomhead, quitte à préciser pour les plus anciennes,

« vieux classiques ».

 

Aux auteurs réputés

classiques, tels Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, n’a-t-il pas été

judicieux d’ajouter les noms de Rousseau et de Voltaire, puis ceux de Balzac,

Chateaubriand, Hugo, et plus récemment ceux de Camus, Claudel, Colette, Gide,

Mauriac et Montherlant ? Pourquoi le domaine hippique échapperait-il à

l’indispensable évolution ?

 

Sinndar, un exemple de

classicisme avec des victoires dans le Derby d'Epsom, le Derby d'Irlande et

l'Arc de Triomphe.