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Jour de Galop

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Jean-pierre dubois : « stacelita est un rêve… réalisé »

Autres informations / 15.06.2009

Jean-pierre dubois : « stacelita est un rêve… réalisé »

Jean-Pierre Dubois, le pape du Trot, qui est aussi le coming

man du Galop, est un homme secret qui affectionne les déclarations modestes.

Malgré ses innombrables succès dans toutes les disciplines des courses, il

conserve sa posture de jeune débutant qui cherche à progresser. Mais avec

Stacelita, il a fini par nous confier : « Je ne suis pas sûr de pouvoir en

produire une autre de ce calibre ! »

Déjà, à l’âge de 2ans, Jean-Claude Rouget lui avait dit : «

On va la débuter “petit” à Salon-de-Provence. Une victoire à 2ans, c’est bien,

et puis je veux la voir courir, car je crois que c’est une super. Jean-Claude a

vu juste dès le début. » Effectivement, Stacelita gagna de deux longueurs le

bien nommé Prix de l’Espoir (G) à Salon-de-Provence, devant l’infortuné Arestos

qui dû se demander ce qui lui arrivait, et qui gagna évidemment dès sa sortie

suivante. Le rêve commençait “piano”, mais c’était programmé ainsi.

Petite rentrée pour la déverrouiller à Toulouse le 11

février où elle fait un vrai canter, laissant de nouveau à deux longueurs sa

dauphine Zilgara. Avec la Listed, le Prix Rose de Mai, le 14 mars à

Saint-Cloud, Stacelita change de braquet en laissant sur place, à quatre

longueurs, la bonne Smaga Divine Comedy qui confirma plus tard ses bonnes

dispositions dans le Pénélope. « Je n’y croyais toujours pas trop, car les

spécialistes m’ont dit de ne pas m’emballer car le lot était quelconque… », se

souvient Jean-Pierre Dubois avec malice.

Les six longueurs du Prix Saint-Alary qu’elle survole,

crucifiant Article Rare et Ana Americana, signalent qu’il s’agit là d’une très

bonne pouliche. Tout le monde est ébloui. « Mais les mêmes qui avaient calmé

mon enthousiasme à Saint-

Cloud m’ont fait valoir que l’écart à l’arrivée était

largement imputable au terrain très lourd à Longchamp. Du coup, j’étais ravi,

bien sûr, mais je m’interdisais de me dire qu’elle était exceptionnelle.

D’autant que les experts doutaient de son physique, et se demandaient ce

qu’elle donnerait en bon terrain où sa légèreté la servirait moins qu’en

terrain lourd. »

Est-ce cette incertitude qui a décidé Axel Wend, le

propriétaire de l’Écurie Monastic, société française domiciliée à Deauville, de

céder la moitié de Stacelita à Martin Schwartz quelques jours avant le Diane ?

JeanPierre Dubois, ami et conseiller d’Axel Wend depuis plus de vingt ans,

estime cependant que tout le monde doit être satisfait dans ce qui devient un

conte de fées pour tous les protagonistes : Jean-Pierre Dubois, l’éleveur, Axel

Wend et Martin Schwartz, les propriétaires.

Après l’éclatante victoire de son élève, Jean-Pierre Dubois

affichait une fois de plus un profil réservé, mais il reconnaissait que « c’est

difficile d’en élever une aussi bonne dans le contexte de la concurrence qui

règne dans le Galop mondial. Je vous l’avoue, c’est une championne, elle me

sidère, et je n’en reviens pas de cette victoire aussi confortable dans une

course comme le Prix de Diane. » Le grand manitou du Trot, devenu un acteur

majeur du pursang depuis une dizaine d’années, savoure sa victoire comme l’on

déguste une pâtisserie fine : lentement, comme s’il fallait des jours pour

réaliser.

« Mes pensées premières vont vers Fabrice Simon qui fait

tout au haras. Il est celui qui s’est occupé de Stacelita avant qu’elle ne

rejoigne le team Rouget. Dans l’enthousiasme, je ne veux pas oublier Rainer

Engelke, avec qui j’ai acheté Soignée yearling à Baden-Baden, et nous l’avons

courue associés à l’entraînement en Allemagne. Si j’ai achetée Soignée, la mère

de Stacelita, c’est parce qu’elle remonte à la grande famille Wildenstein de

Schönbrunn, qui a donné Sagace et Steinlen, famille dont j’avais déjà une

représentante, Supergirl, la mère de Super Célèbre. Alors aujourd’hui, je pense

à Monsieur Daniel Wildenstein, un grand homme. »

Quand on l’interroge sur l’avenir de Stacelita, la

championne de l’année 2009, le grand maître sourit, le regard lointain : «

C’est Jean-Claude Rouget qui décide de tout. C’est un métronome et un artiste,

il va savoir quoi faire, et je me dis qu’il doit déjà avoir une petite idée en

tête… » Et comme il était difficile de clore ce moment qui visiblement n’était

pas encore digéré : « Oui, c’est vrai, c’est une championne, alors on peut

rêver. »

Tout Chantilly, sans oser l’exprimer, pensait déjà au Qatar

Prix de l’Arc de Triomphe, car “une” phénomène rare avait envoûté en ce

dimanche le Turf mondial.