Les aventures d’ashaninka, de keeneland à buros

Autres informations / 29.06.2009

Les aventures d’ashaninka, de keeneland à buros

Retour sur un rocambolesque Prix de Malleret, jusque dans

les origines de la gagnante

Gagner une course de Groupe, lorsqu’on est leader, n’est pas

banal. Mais le destin d’Ashaninka, la mère d’Ashalanda, ne l’est pas non plus.

C’est une belle aventure, comme seul l’élevage en offre.

 

Martine Vansebrouck est éleveur à Buros, près de Pau. Mais

pas de chevaux de course. Sa spécialité, ce sont les poneys de sport (voir

photo ci-dessus). En 2006, elle avait fait une petite incursion dans le galop,

en achetant chez Arqana une fille de Green Tune… Mais son aventure dans notre

univers commence véritablement en décembre 2008, il y a sept mois.

Elle monte à Deauville, où elle a repéré quelques lots dans

le catalogue d’Arqana. Malheureusement, toutes les poulinières qu’elle a

cochées se révèlent trop chères. C’est alors que son ami Michel Lasserre, du

haras charentais de la Roseraie, lui signale une jument retirée. Ce lot 218 est

présenté par le Gestüt Fährhof. « Je suis allée la voir dans le haras normand

où elle stationnait après son passage sur le ring. Elle m’a plu, même si je

savais qu’elle venait d’être vide à deux reprises. »

 

L’affaire se fait, à l’amiable. Pour 1.000 euros, Martine

Vansebrouck vient d’acquérir Ashaninka (Woodman), mère de la future gagnante du

“Malleret” 2009 !

Retour sur les dix hectares de l’élevage de Pyrène, à Buros.

« La première fois, en la voyant, j’ai vu qu’elle avait un problème au dos. Je

me suis dit que ce n’était pas trop grave ; nous avons un très bon “ostéo”. »

L’analyse est confirmée par le comportement de la jument : « En arrivant chez

nous, elle s’est tout de suite roulée dans une fosse remplie d’argile, comme

pour se soigner.En plaisantant, j’ai dit : “Ce n’est pas un cheval, c’est un

cochon !” Cela lui a fait du bien, puisqu’elle s’est mise à moins souffrir du

dos. » Et du coup, ses premières chaleurs arrivent en janvier, de manière très

régulière. Le souffleur du haras, fort intéressé, confirme les chaleurs…

Amitié, proximité géographique, reconnaissance, goût pour le

pedigree du cheval ? Martine Vansebrouck envoie Ashaninka à Dragon Dancer

(Sadler’s Wells), l’étalon de Michel Lasserre. La jument est rapidement restée

pleine. Bilan : avec une jument à 1.000 euros et une saillie à 2.000 euros, la

“petite” éleveuse de Buros est prête à faire naître un frère ou une sœur de

trois chevaux qui galopaient, vainqueurs en province et placés à Paris.

L’affaire n’est pas mauvaise. Et puis il y a cette petite pouliche par Linamix

née en 2006, dont le catalogue indique qu’elle est à l’entraînement en France…

Lorsque Martine Vansebrouck apprend qu’elle est chez Jean-Claude Rouget,

c’est-à-dire à deux pas de chez elle, elle va la voir. C’est Ashalanda.

« J’ai pu parler avec le garçon qui la montait le matin.

J’étais un peu inquiète qu’elle n’ait pas encore couru en début d’année de

3ans. Il m’a rassurée, en me disant qu’elle avait été éliminée à Agen… Ça ne

m’a pas rassurée du tout ! Eliminée ? Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’elle n’a

pas voulu entrer dans les boîtes ? Evidemment, ce n’était pas de cela qu’il

s’agissait, mais moi, je ne savais pas ce que voulait dire “éliminée” en

langage hippique. » Ashalanda débute finalement à Langon, par une victoire.

« J’étais ravie. »

 

Trois semaines plus tard, Martine Vansebrouck suit

fébrilement les engagements de la fille de sa poulinière : « En regardant sur

Internet, je la vois inscrite dans un Gr2. Oh, ce n’est pas possible ! Je

savais qu’elle passait à la vente de juillet d’Arqana [dont elle est finalement

et logiquement scratchée, ndlr]. Je me suis dit qu’il lui faisait peut-être

courir un Groupe pour la valoriser… Puis j’ai vu le changement d’entraîneur. Et

là, j’ai compris : elle allait faire leader. » La joie retombe d’un cran.

La veille du Prix de Malleret, Martine Vansebrouck dîne chez

Valérie de Saint-Palais avec des amis éleveurs, dont Alain Chopard, animateur

du Haras des Faunes. Elle se lamente un peu : « C’est dommage. Sa carrière va

peutêtre être brisée par sa course de demain… » Son amie Valérie lui remonte le

moral : « Tu vois pas le gag si elle gagne ! »

Dimanche, devant Équidia, Martine Vansebrouck suit la course

tranquillement. Et, au même moment que Freddy di Fède ( !), elle commence à y

croire : « Je voyais qu’elle allait bien. Alors quand je l’ai vu se retourner,

j’avais envie de lui crier : “Mais reste en selle ! Et pousse !”»

Et Ashalanda gagne. Et Martine Vansebrouck se prépare à

faire naître un frère ou une sœur d’une gagnante du “Malleret”.

 

 

Avant d’être cédée pour 1.000 euros par le Gestüt Fährhof,

Ashaninka a déjà connu les rings. D’abord foal. Elle est acquise pour 125.000$

à Keeneland. Puis elle passe yearling à Deauville. Rachetée. Elle fait une

petite carrière de courses. Puis passe à nouveau en vente, toujours à

Keeneland, comme poulinière. Le courtier français Eric Puerari se souvient :

« J’ai acheté Ashaninka aux ventes de novembre 2001 à

Keeneland, 220.000$, pour Monsieur Jean-Luc Lagardère. Il s’agissait d’une

jeune jument par Woodman (Mr Prospector), un bon père de mères. Elle était

issue d’une lignée classique américaine. La politique de Monsieur Lagardère

était de marier des jeunes juments à Linamix et plus particulièrement le sang

de Mr Prospector (Raise a Native) à celui de Linamix. D’ailleurs, Ashaninka a

eu quatre produits de Linamix. »

Finalement, Ashaninka a rejoint, comme tout l’effectif

“Lagardère”, le haras de Son Altesse Aga Khan en mars 2005. En 2005 et 2006

(Ashalanda), elle donne naissance à deux filles de Linamix. Et en 2007, elle a

une pouliche de Dalakhani.

 

En décembre 2007, les Aga Khan Studs s’en séparent pour

22.000 euros, au profit de Crispin de Moubray agissant pour le Gestüt Fährhof.

Un an plus tard, elle changera une nouvelle fois de haras… A la même vente,

Ninka (Linamix), la propre sœur d’Ashalanda, d’un an son aînée, est vendue pour

7.000 euros par les Aga Khan Studs à Chantilly Bloodstock

Agency. Elle a recouru cinq fois depuis, modestement, sous les couleurs de

Gérard Larrieu. Fort à propos, elle a quitté l’entraînement le 29 juin… le

lendemain du succès de sa petite sœur dans le “Malleret”. Pour Ninka aussi,

l’improbable succès de la leader Aga Khan aura été une bonne nouvelle,

puisqu’elle va pouvoir s’adonner aux joies du haras !