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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Rou-get, rou-get !

Autres informations / 15.06.2009

Rou-get, rou-get !

STACELITA REMPORTE LE 160e PRIX DE DIANE – TAMAZIRTE EST 2e

2008 fut l’année de Zarkava (“Poule-Diane-Arc”) et de Freddy

Head (9 Gr1) ; 2009 est l’année de Jean-Claude Rouget. Une semaine après avoir

remporté le Prix du Jockey Club avec Le Havre, et un mois après la Poule

d’Essai d’Elusive Wave, l’entraîneur palois a fait le doublé dans le Prix de

Diane, Stacelita y devançant Tamazirte.

Quatre longueurs séparent Stacelita de sa dauphine. Une

classe. La pouliche règne sans partage sur sa génération, à l’image de son

entraîneur, qui a remporté tous les Gr1 français depuis le début de l’année, à

l’exception de la Poule d’Essai des Poulains (Silver Frost), dont il s’est

classé deuxième (Le Havre), et du Ganay (Vision d’État), où il n’avait pas de

partant. Il en est à cinq Gr1, dont trois des quatre classiques. Série en

cours, qui ne demande qu’à se poursuivre la semaine prochaine à Ascot, où

Elusive Wave et Never on Sunday sont très attendus.

 

Ce qui est frappant, dans le cas de Stacelita, c’est que son

parcours rappelle celui de son entraîneur : tout en progression, sans brûler

les étapes. La pouliche a commencé tôt son année 2009, par une victoire dans

une course à conditions toulousaine. Puis elle est montée à Paris, pour vaincre

dans une Listed (Prix Rose de Mai le 14 mars). Elle a ensuite tenté sa chance

dans un Gr1 (le Saint-Alary), avec le succès que l’on sait. Et dimanche, elle a

préservé avec brio son invincibilité dans le Diane. Des mois de travail pour la

pouliche ; des années pour son mentor.

Mais, comme il le dit souvent, Jean-Claude Rouget n’est pas

seul dans cette victoire. Il faut y associer toute son équipe, les

propriétaires qui investissent à ses côtés, et deux hommes qui ont joué un rôle

clé dans la victoire de dimanche. Christophe Lemaire, dont la douceur et le

calme sidèrent, avant, pendant et après la course. Et Jean-Pierre Dubois, le

seul homme qui, comme le disait un jour JeanPaul Gallorini, mériterait d’avoir

sa statue devant les trois plus grands hippodromes français : Vincennes,

Auteuil et Chantilly. Il est des chevaux qui marquent de leur empreinte toute

une race, à l’image de Northern Dancer ; Jean-Pierre Dubois est de cette

trempe.

Au début de l’année, Jean-Claude Rouget avait envoyé un coup

de griffe à Nathalie Desaix, la directrice de la communication de France Galop.

Dimanche, les deux avaient le sourire : le premier a triomphé sur la piste, et

la seconde dans les tribunes. Car cette journée a été un très grand succès sur

le plan événementiel, avec un public nombreux et réjoui, un pique-nique digne

du temps d’Hermès et des animations haut de gamme, loin des ambiances de “Fête

à Neu-Neu” qui font souvent plus de mal que de bien à l’image des courses.

 

 

UNE VICTOIRE HISTORIQUE

Tout sportman présent à Chantilly dimanche a vécu un moment

historique. Car, à plus d’un titre, la victoire de Stacelita (Monsun) dans le

Prix de Diane l’est. « C’est un exploit de réaliser ce que des grands comme

François Mathet, François Boutin ou Alain de Royer Dupré n’ont pas fait »,

rappelait Jean-Claude Rouget après la course. Et il a raison, car remporter le

Prix du Jockey Club (Gr1), puis le Prix de Diane (Gr1) la même année n’était

pas arrivé depuis 1956 et Charles Elliott. Plus encore, le succès est total

pour Jean-Claude Rouget, qui place sa seconde représentante, Tamazirte

(Danehill Dancer), à la deuxième place. Réaliser le doublé dans le Diane n’a

été réalisé que par les ultras classiques, comme à son époque Geoffroy Watson

en 1961 et, plus près de nous, Henry Cecil en 1990.

« Il faut profiter du moment présent, disait Jean-Claude

Rouget. Cela fait trente ans que j’entraîne et je n’avais jamais gagné ces

courses. Réaliser deux week-ends comme cela, c’est exceptionnel. »

Exceptionnel. Existe-t-il des mots plus forts pour définir le début de saison

de JeanClaude Rouget ?

 Le Prix de Diane, un

rêve qui devient réalité

Après deux courses de chauffe, la réunion a pris son envol

avec le Prix du Lys (Gr3). Puis venait enfin le Prix de Diane. Peu à peu, vers

15h50, le rond s’est rempli des entourages de chacune des participantes. C’est

le temps des dernières interviews, des derniers ordres, des derniers réglages.

Dans le clan d’Éclair de Lune (Marchand de Sable), on sentait une légère pointe

de tension, mais également la joie de Jean-Yves Pérès, qui avait ici sa

première partante dans le Prix de Diane : « Cela fait 40 ans que je rêve de cet

instant, disait-il. C’est un sentiment très particulier, mais jusqu’à présent,

tout va bien. La pouliche est égale à elle-même. Suite à sa victoire dans le

Prix de la Chapelle- en-Serval, je me suis dit que c’était déjà une vraie

chance de pouvoir venir participer à ce Prix de Diane, surtout qu’il n’y avait

pas vraiment de grande championne au départ. » À 15 minutes du départ, l’espoir

reste intact dans tous les clans.

La réalité de la piste

S’il y a bien un principe aux courses, c’est de ne jamais

aller à contre-courant des choses. Ce ne sont pas les statistiques contre les

gagnantes du Prix de Saint-Alary (Gr1), ni le terrain mesuré à 3.3, qui auront

empêché Stacelita de rencontrer son destin. Une nouvelle fois, Christophe

Lemaire a monté une course parfaite. Lui qui est le dernier maillon de la

chaîne n’a pas “gâché” le travail fait en aval par l’équipe de Jean-Claude

Rouget. Stacelita est une championne, une championne qui gagne le “Diane” en

étant invaincue, comme l’avait fait Zarkava (Zamindar) un an auparavant. Pour

clôturer le nouveau triomphe de JeanClaude Rouget, Tamazirte, sa seconde

pensionnaire, prend la deuxième place. La course a “roulé”, la meilleure s’est

imposée. Chez les battues, peu d’excuses sont à invoquer, sauf pour Éclair de

Lune, qui a manqué de tomber à trois cent cinquante mètres du poteau.

Stacelita, plus forte que les chiffres

Stacelita est atypique par bien des points. Par son physique

d’abord, puisque c’est une vraie crevette, taillée en lame de couteau. D’autre

part, elle a été élevée par Jean-Pierre Dubois, un homme du trot à la base,

puis a porté la casaque de l’Écurie Monastic avant de porter celle de Martin Schwartz.

Ce propriétaire américain a eu la chance, avec deux pouliches achetées par

Michel Zerolo, de remporter les deux classiques français pour pouliches la même

année.

« Stacelita est une pouliche facile, détendue naturellement,

disait Jean-Claude Rouget. Lorsqu’elle a gagné le Prix Saint-Alary, le terrain

était lourd. Il faut toujours se méfier des performances dans les terrains

comme ceux-là. Mais aujourd’hui, elle a déployé les mêmes foulées et a gagné

tout aussi facilement dans le bon terrain. C’est la marque des grands chevaux.

»

La marque, c’est aussi d’être plus forte que les chiffres.

Depuis 1979, seules quatre pouliches avaient réalisé le doublé

Saint-Alary-Diane et il n’avait plus été réalisé depuis Zainta (Kahyasi) en

1998. Autre réalité des chiffres que Stacelita a battue : celle du terrain.

Beaucoup avaient considéré que sa victoire dans le “Saint-Alary” était une

victoire faussée à cause du terrain, mesuré à 3.7 mais évalué à 4.5 (voir plus)

ce jour-là. Enfin, pour finir avec les chiffres (car on pourrait en dire

beaucoup), Christophe “Magic” Lemaire remporte ici son deuxième Prix de Diane.

Le premier avait également été obtenu avec une championne invaincue, Divine

Proportions (Kingmambo).

 

 

STACELITA, LA SOLIDITÉ ALLEMANDE

Elevée par Jean-Pierre Dubois, Stacelita possède un solide

pedigree. Elle est issue de l’étalon allemand Monsun

(Königsstuhl), un sire qui n’a plus à faire ses preuves. Son

origine maternelle contient de nombreux gagnants à bon niveau. Sa mère, Soignée

(Dashing Blade), est gagnante de Listed en Allemagne à l’âge de 2ans avant de

se classer deuxième du Prix des Réservoirs (Gr3). Stacelita est son premier

produit ; elle est suivie d’une femelle par Footstepinthesand (Giant’s

Causeway), âgée de 2ans, qui se nomme Sandy Girl et qui n’est pas encore

référencée à l’entraînement. La deuxième mère, Suivez (Fioravanti), est triple

placée de Listed outre-Rhin avant de faire une belle carrière au haras, donnant

nombre de bons chevaux, tels Simoun (Monsun), double gagnant de Gr2, Shining

(Surumu), vainqueur au niveau Listed ou encore Soudaine (Monsun), gagnante de

Listed et placée de Gr3. A noter que la quatrième mère, Southern Seas (Jim

French) est une sœur de Seneca (Chaparral), mère du grand Sagace (Luthier).  D’après nos pointages (mais l’erreur est

humaine !), il nous semble que Stacelita est devenue le premier gagnant de

classique français, anglais ou irlandais (au sens le plus strict du terme) issu

de Monsun, pourtant abonné aux victoires de Groupe…

 

Une remise de prix en apothéose

Plus rapidement que lors du Prix du Jockey Club, la remise

de prix est organisée de nouveau sur la piste, le terrain de la vérité. Entre

deux autographes, la “star” Jean Claude Rouget disait : « Elle pourra aller sur

plus long et tenir les 2.400   mètres. Il

n’y a pas de raison qu’elle ne tienne pas. » « L’objectif est “l’Arc” »,

rétorquait Martin Schwartz. Enfin, Michel Zerolo, courtier de Martin Schwartz,

ajoutait : « J’ai repéré et acheté Stacelita pour M. Schwartz. Et l’objectif a

toujours été de la garder à l’entraînement à 4ans. » En attendant la remise des

prix, Martin Schwartz porte son héros, Christophe Lemaire. La famille du jockey

victorieux chante à tue-tête la Marseillaise. Il faut dire qu’ils ont répété la

semaine dernière déjà, avec la victoire de Le Havre (Noverre) dans le Jockey

Club ! « Comme dans le Saint-Alary, elle a tué ses adversaires, disait le

jockey ! Elle les a usées au train et a placé son accélération. Elle a une

action très légère et court avec beaucoup de facilité. C’est une championne. »

Christophe Lemaire est un exemple pour beaucoup de jeunes, lui qui a suivi un

parcours atypique. Et dans sa grande interview (voir JDG du 19 mai), il nous

disait : « Je dis toujours aux jeunes de ne pas hésiter à aller voir à

l’étranger, car l’expérience est toujours bénéfique. » Christophe Lemaire en

est la preuve vivante… Enfin, le mot de la fin revient à Jean-Pierre Dubois,

éleveur de la pouliche, « Stacelita ne risque pas d’être distancée pour “poteau

au trot” ! Pour moi, cette victoire est comme celle d’un Prix d’Amérique »… que

Jean-Pierre Dubois a remporté à deux reprises.

 

Tamazirte tombe une nouvelle fois sur une crack

« Elle est très bonne mais elle est à chaque fois tombée sur

un championne. » Jean-Claude Rouget a raison. Tamazirte reste sur deux deuxième

place de Gr1, à chaque fois battue par une crack, mais une crack de l’écurie de

JeanClaude Rouget ! Après sa deuxième place dans la Poule d’Essai, Tamazirte a

une nouvelle fois fait plaisir à son entourage et faisait dire à Hervé Morin, son

copropriétaire (écurie de la Vallée Martigny) : « Tamazirte a déjà son box prêt

à l’écurie que j’ai pu construire grâce à la vente de Literato [Hervé Morin

veut se lancer dans l’élevage, ndlr]. J’avais acheté Literato 40.000€ et

Tamazirte pour la même somme… et ce sont deux champions. Je pensais

profondément qu’elle allait gagner aujourd’hui, parce qu’elle avait le boxe 27,

qui est mon département, celui de l’Eure. » Enfin, Ioritz Mendizabal, jockey de

Tamazirte, disait : « C’est malheureux, cela fait deux fois que je tombe sur

une pouliche hors norme ! Je l’ai montée pour une place, car je pensais

Stacelita imbattable et Tamazirte a très bien couru. Les cent derniers mètres

ont été un peu longs et je pense qu’elle est peut-être mieux sur 1.800m. »

 

Plumania redonne des couleurs à l’écurie Wertheimer Dans le Prix

Saint-Alary, la ??JDG Rising Star  ? Plumania

(Anabaa) avait causé une vive déception, s’y classant cinquième, en ayant

toutefois l’excuse du terrain lourd. Cette fois, on a vu la vraie Plumania,

celle qui avait l’une des grandes notes du Prix Marcel Boussac (Gr1) l’an

dernier. Sa quatrième place, surprise pour les parieurs – 45/1 pour une Fabre

dans le Diane… – est loin d’être illogique et Pierre-Yves Bureau, manager des

effectifs des frères Wertheimer nous disait : « Le Prix Saint-Alary ne compte

pas, car le terrain l’avait dérangée. Ici, elle a fait sa vraie valeur, traçant

une magnifique ligne droite. Nous sommes très contents de sa performance et

elle a fait ce que l’on attendait d’elle. Elle est à sa place »

 

Célimène, un numéro trop loin

Le numéro 11 dans les stalles a pesé lourd dans le résultat

de la ??JDG Rising Star ??Célimène (Dr Fong).

Reprise après un départ moyen par Yann Lerner, elle a

tenté de venir

en dehors mais les derniers mètres se sont révélés de trop.

Elle se classe f i n a l e m e n t q u a t r i è m e . Carlos Lerner,

entraîneur de C é l i m è n e , disait après la course : « La pouliche est

partie un peu mollement et Yann l’a reprise et placée en dernière position,

pour la décontracter. Elle a ensuite fait une très belle ligne droite, mais a

manqué un peu pour finir, ayant dû partir de loin. Mais ce n’est ni une

question de distance, ni de terrain. »

Pour sa part, Gérard Laboureau, propriétaire de Célimène, se

montrait très déçu. Il nous disait : « Je pense que Stacelita était

intouchable, mais que nous aurions dû être deuxièmes. La tactique de course a

joué contre nous et, si elle avait été montée plus près, elle se serait classée

plus près, surtout que Célimène est une vraie “mobylette”. » Sur l’avenir de sa

championne, Gérard Laboureau nous disait : « A long terme, je préfère laisser

“l’Arc” à Stacelita et, pour Célimène, viser le Prix Vermeille et/ou le Prix de

l’Opéra. Elle a montré qu’elle avait la pointure des autres, hormis celle de la

championne Stacelita aujourd’hui. »