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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Une exception nommée le havre

Autres informations / 10.06.2009

Une exception nommée le havre

LE GRAND PEDIGREE

À bien des égards, Le Havre

(Noverre) est l’heu reuse exception que chacun poursuit dans les ventes de

yearlings dans la mesure où pas grand chose le prédestinait génétiquement à

devenir un vainqueur de Jockey Club, si ce n’est la glorieuse lignée de Meautry

à laquelle il appartient.

Le Havre : de la vitesse qui

se prolonge

La carrière de course de Le

Havre commence aux ventes Arqana d’août 2007 à Deauville. Présenté par le Haras

de Coulonces (Anna Sundström), le yearling plait à Jean-Claude Rouget qui

l’achète pour 100.000€, ce qui rétrospectivement est un

prixélevépourunfilsdeNoverre.Mais Jean-

Claude tente toujours

d’acheter ce qui lui attire l’œil, à condition que la mère soit jeune. Comme «

je ne l’avais acheté pour personne », avouait dimanche l’entraîneur palois, il

“plaça” le poulain chez un nouveau propriétaire, Gérard-Augustin Normand, qui

tirait ainsi le jackpot sans le savoir!

Le Havre débutera sur

l’hippodrome de Clairefontaine, où Jean-Claude Rouget connaît une réussite

exceptionnelle. Il dit d’ailleurs que ses pensionnaires, sans explication

logique, y réalisent une valeur de 2 kilos à 3 kilos supérieure à leur valeur

réelle. Le 30 août, dans un maiden “F”, Le Havre débute victorieusement sur

1.400m, face à une opposition que l’on peut aujourd’hui juger de relativement

quelconque. Environ un mois plus tard, le voilà à Saint Cloud dans une “B”, sur

le mile, et c’est une nouvelle victoire face à une opposition qui, cette fois,

est de taille. Il laisse à deux longueurs le débutant Feels all Right (Danehill

Dancer) et à cinq longueurs un cheval estimé par Alain de Royer Dupré, Varenar

(Rock of Gibraltar). Derrière lui, avec le recul, on s’aperçoit que l’on trouve

également le meilleur cheval suisse, Maintop (Royal Academy) et le très estimé

poulain de David Smaga Stand to Gain (Hawk Wing). Le Havre tentera ensuite sa

chance dans le Critérium International (Gr1 – 1.600m), où le ter rain lourd

(4,6) a annihilé ses chances et il terminera septième, derrière quatre chevaux

qu’il devancera dans le Jockey Club. De cette année de 2ans, il faut retenir

que Le Havre est un bon poulain prometteur, qui a été économisé par son

entourage.

La France turfiste est à

mille lieues de se douter que sommeille à Pau le futur vainqueur du Jockey

Club, et Le Havre passe un hiver très tranquille, bien loin de toute pression

médiatique. Mais Jean-Claude estime son poulain, et c’est pourquoi il fait sa

rentrée dans le prestigieux Prix Djebel (L), devançant à la lutte le

grandissime favori Naaqoos (Oasis Dream), qui lui aussi faisait sa rentrée. A

cette date, le poulain de Freddy Head avait le statut de meilleur 2ans français

et il figurait parmi les favoris des 2.000 Guinées de Newmarket (Gr1). Cette

victoire inattendue conduit Le Havre à la Poule d’Essai des Poulains (Gr1). Il

tiendra fort bien son rôle dans le premier classique de la saison, n’étant

devancé que par Silver Frost (Verglas), un vrai miler qui était à 110% pour

cette course.

LeJockeyClubsecourantdésormaissur2.100m,Le

Havre, qui n’a jamais dépassé le mile, était en droit de tenter l’aventure.

C’est donc sans la pression d’être favori, qui est tombée sur les épaules de

Silver Frost, que Le Havre aborde sereinement le Jockey Club. Et là, amené au

top, monté très finement par Christophe Lemaire, Le Havre s’impose au prix

d’une fin de course décoiffante, prouvant qu’il tenait la distance

intermédiaire et que sa pointe de vitesse était intacte. Un vrai cheval de

course, c’est-à-dire de la vitesse et du tempérament.

 

 

Noverre, un étalon sans

relief

« Je ne suis pas un fan de

Noverre et je pense qu’il n’y a pas beau coup de fan de Noverre. C’était un

grand cheval alezan avec quatre grandes balzanes et Le Havre ne lui ressemble

en aucun point. C’est une des raisons pour les quelles je l’ai choisi. » Ces

propos révélateurs de Jean-Claude Rouget résument ce que l’on peut penser de la

lignée paternelle.

Noverre a une histoire

chaotique. Ce trois quarts frère du top 2ans Arazi (Blushing Groom) – ils ont

la même mère – était à Evry sous la responsabilité de David Loder,

entraîneur réputé comme étant

assez dur et chez qui il ne resta qu’un an. Noverre (Rahy) n’échappera pas à la

règle et débuta assez tôt à 2ans, le 30 mai 2000, directement dans une “B” pour

inédits sur 1.000m. S’en suivront deux autres victoires en moins de six

semaines, le Prix La Flèche

(L) et les July Stakes (Gr3)

à Newmarket. Troisième ensuite d’un Prix Morny (Gr1) quelconque gagné par Bad

as I Wanna Be (Common Grounds), Noverre terminera sa sai son avec sept sorties

au compteur. À 3ans, il passe sous la responsabilité de Saeed bin Suroor et

remportera la Poule d’Essai (Gr1), mais sera distancé en raison de la présence

de methylprednisolone, qui lui avait été administré pour ses problèmes

arthritiques. De 3 à 4ans, Noverre partici pera à quinze Gr1. Il en remportera

un officiellement, les Sussex Stakes, sur 1.600m, et prendra de nombreux

accessits. De la carrière de Noverre, il faut retenir que c’est l’un des rares

à avoir survécu à la “méthode Loder”, et à Evry. C’est un cheval très dur qui a

été lui-même, à divers titres, un terrain d’expérimentation pour l’écurie

Darley…

Du fait de son “histoire”, et

de sa lignée paternelle qui ne passionne pas, l’étalon de Darley ne suscite pas

un réel enthousiasme au haras. De ses premières productions, rien de notable

n’est sorti, si ce n’est quelques vainqueurs de Groupes honorables dont Langs

Lash, gagnante des pres tigieuses Queen Mary Stakes (Gr2) à 2ans, Miss Lucifer,

gagnante des Challenge Stakes (Gr2), Nijoom, gagnante des Albany Stakes (Gr3)

et Summit Surge, vainqueur des Ballycorus Stakes (Gr3). Tous des sujets de

vitesse. Sans Le Havre, il y a fort à parier que Noverre serait devenu un sire

tombé dans l’anonymat en Europe. Ce qui risque cependant de lui arriver, car au

début de l’année 2008, Noverre a été cédé à des investisseurs indiens et il stationne

désormais à Sohna Stud Farm, à 100 kilomètres de New Delhi…où l’on se réjouit

de la victoire de Le Havre dans le Derby français.

La popularité moyenne de

Noverre au haras le rapproche de celle de son trois quarts frère et phénomène

Arazi. qui a déçu son monde en tant qu’étalon..

 

Une grande lignée Rothschild

croisée à du divers qui la fortifie

La 1ere mère, Marie Rheinberg

(Surako) n’a jamais vu un champ de course et Le Havre est son premier produit.

Elle provient de l’élevage allemand et est passée sur le ring

de BBAG à Baden-Baden en

automne 2004, où elle sera acquise pour 7.500€. Son père, Surako, représente

une branche allemande bien solide, avec Königsstuhl , le père de l’exceptionnel

Monsun.

La deuxième mère de Le Havre,

Marie d’Argonne (Jefferson), qui était sous la responsabilité de David Smaga,

est assez intéressante et s’est révélée être une bonne performer. Placée du

Prix Pénélope (Gr3) et des Tuileries, puis exportée aux USA où elle gagna son

stakes et prit une bonne place dans le Black Helen (Gr2), cette jument élevée

par François Mathet sera une bonne repro ductrice. En effet, son premier

produit Polar Falcon (Nureyev) remportera le Sprint Cup (Gr1) et les Lockinge

Stakes (Gr2 à l’époque). Celui-ci deviendra ensuite le père du sire à la mode

de Cheveley Park Stud, l’imposant Pivotal. C’est un des points forts du

pedigree de Le Havre. Mohair (Blue Tom), la troisième mère, est une vraie

Rothschild dont le Baron Guy s’est vite débarrassé car mauvaise. Elle a

cependant donné Marie de Litz (Dictus), qui remporta en France les Prix de

Royaumont (Gr3) et de Pomone (Gr2), en plus de Marie D’argonne, ce qui n’est

pas si mal vu aujourd’hui.

 

Mais c’est la quatrième mère,

Imberline (Ocarina), troi sième des Oaks d’Epsom, qui incarne la fantastique

souche Rothschild de Shantung et Diagonale. La bonne Imberline elle-même

engendra de beaux vainqueurs : Poil de Chameau (Prix Hocquart – Gr2), Cigaline

(Prix Pénélope – Gr3), Corduroy (Lagrange), et la brillante Percale qui devint

la mère de Paysanne, une vraie classique qui emporta le “Vermeille”.

Cette lignée ultra classique

valorise l’origine maternelle de Le Havre qui se présente ainsi comme le

mélange réussi du brio Rothschild et de la solidité allemande de Königsstuhl et

même du courage ouvrier du valeureux Jefferson, entraîné par Peter Head, père

de Marie d’Argonne.

 

Un croisement éprouvé :

vitesse sur solidité

Le gros et massif cheval de

vitesse qu’est Noverre, croisé à une descendante de la petite Imberline, est

finalement la meilleure recette d’élevage que l’on peut trouver. Ce sang

maternel, bien connu pour sa fragilité et son éclat, ne peut resurgir que

croisé à des chevaux un peu carrossiers et sur tout bien solides.

Ajouter Noverre, la vitesse

pure, puis Surako l’allemand, puis Jefferson le valeureux stayer, sur cette

brillante lignée de pur-sang de Meautry, est la recette qui a souvent mar ché

en France et ailleurs pour fabriquer de vrais chevaux de courses. Le Havre en

est le dernier exemple flamboyant : comme son nom l’indique, il cumule les

vertus de la Normandie et de ses ports qui sont ouverts sur un extérieur

revivifiant.

Nous souhaitons à la Marquise

de Moratalla, qui a acquis en 2008 – par l’intermédiaire de Gilles Forien – le

frère de Le Havre, un certain Rainfall Shadow, par le rapide Night Shift,

d’incarner la même réussite puisqu’il est lui aussi à l’entrainement chez

Jean-Claude Rouget. En 2008, Marie Rheinberg a eu un yearling par Peintre

Célèbre, qui devrait susciter beaucoup d’intérêt en août à Deauville et elle a

ensuite été testée pleine d’Acclamation, le père du sprinter Equiano.