Les plaisirs “arabes” de mathieu daguzan-garros

Autres informations / 30.06.2009

Les plaisirs “arabes” de mathieu daguzan-garros

Mathieu Daguzan-Garros a l’accent du midi. Sans excès, sans

fioriture, sans emphase. Il le manie avec naturel, sans manière et chichis. Les

“r” qui roulent plus longuement qu’à l’accoutumée sont le premier signe

extérieur du Sud Ouest. L’homme est une figure de l’élevage de la région.

Animateur du Haras des Granges, un haut lieu chargé d’histoire et dédié aux

pur-sang dans le sud ouest, il est consigner traditionnel à Deauville. Cette

année, il présentera une dizaine de numéros en août – contre

deux l’année dernière. Mais parallèlement à cette “façade” traditionnelle, il

est aussi propriétaire de pur-sang arabes. Pourquoi et comment ?

 

Des arabes comme la madeleine de Proust

Pourquoi un éleveur et étalonnier reconnu dans l’industrie

du pur-sang anglais verse-t-il également dans son homo logue arabe ? Pourquoi

un responsable d’un haras de plus de cent hectares, qui a compté Johnny O’Day,

Lesotho et Brinkmanship comme étalons et actuellement Bernebeau, Keltos et

Rashbag, entretient-il un petit effectif de pur-sang arabes ? « C’est

uniquement par plaisir et à petite échelle. En fait, c’est pour moi la

perpétuation d’une tradition puisque mon père possédait une jument arabe dont

je me rappelle… difficilement. J’étais très jeune et je me souviens juste qu’il

y avait Fatma dans son nom. En fait, je ne suis pas naisseur de pur-sang

arabes. Je les prends chez leurs naisseurs et les intègre à mes élèves au sevrage.

C’est valable pour un ou deux produits par an, des mâles uniquement. »

 

Lançons une piste. Cette fameuse pur-sang arabe détenue par

Max Daguzan-Garros pourrait être Fatma III (Dragon) qui compte dans sa

descendance Fawzia (Ourour) dont le père de Mathieu est aussi l’éleveur. La

relance par le fils de l’ancienne pratique familiale n’est pas si ancienne que

cela et remonte à quelques années. « En fait, il y a eu une exception avec Red

Adair (Tornado de Syra) dont j’étais connaisseur. Red Adair est né en 2004 et

porte le nom d’un grand pompier américain, véritable héros dans son pays [il

s’est illustré à la fin de sa vie dans l’extinction des feux des puits de

pétrole koweitiens lors de la première Guerre du Golfe, ndlr]. Red Adair a

gagné en France [à Beaumont-de-Lomagne] et nous l’avons vendu dans le golfe

Persique. En tant qu’éleveur, j’ai un écart de “0” et je tiens à le conserver…

» (rires)

Red Adair a, en effet, continué sa carrière au Qatar et cou rait

encore il y a quelques mois. Parmi les produits reçus au sevrage, les meilleurs

représentants de Mathieu Daguzan Garros ont pour noms Akim du Loup (Dakire),

lauréat à Toulouse puis exporté à Abu Dhabi, et Kenzo du Loup (Tidjani), double

gagnant en France, placé en Angleterre (Newbury) puis exporté dans les Émirats.

Le schéma du pur-sang arabe au sein du Haras des Granges se devine ici

parfaitement : « Je prends des mâles car il s’agit pour moi ensuite d’essayer

de les commercialiser. »

 

Le renouveau des courses d’Arabes

Mais la commercialisation nécessite que la qualité de la

production soit reconnue, le circuit de courses sélectif. C’est évidemment

aujourd’hui le cas dans le sud-ouest, véritable fief et centre d’exportation du

pur-sang arabe.

« Les courses d’Arabes étaient tombées en désuétude pendant

plusieurs années. Elles avaient quasiment disparu. C’est d’ailleurs pour cela

que mon père avait abandonné la race. Mais des éleveurs se sont montrés

courageux et ont gardé leurs bonnes juments. La relance du programme a fait le

reste. Il y a ici une importante concentration de très bons pur-sang arabes de

course. » Et également d’entraîneurs parfaits connaisseurs du mental différent

de ces compétiteurs. Mathieu Daguzan-Garros travaille dans ce domaine avec

François Rohaut et Jean-Pierre Totain.

 

Un élevage spécifique

Peut-on parler également d’une conjonction de paramètres

particuliers au Sud-Ouest qui participeraient à la réussite de ses Arabes purs

? « Il faut se méfier quand on arrive dans ce genre de sujet. Mais je pense que

le sol et le cli mat peuvent jouer un rôle favorable. C’est bien sûr théorique

et cela manque de critères de mesure mais ce point de vue a sa place. J’ai personnellement

remarqué qu’il fallait alléger les rations d’avoine et globalement moins nourrir

les pur-sang arabes que leurs cousins anglais. »

 

Une évolution vers le haut

Le constat est partagé par tous les acteurs des courses

d’Arabes : la qualité a beaucoup progressé ces deux dernières décennies, allant

crescendo jusqu’à aujourd’hui. « Il est évident que les courses sont devenues plus

homogènes dans leur déroulement. Les lots sont également plus beaux, nouvelle

preuve que l’élevage a été tiré vers le haut. »

 

Une passion supplémentaire à son arc

Au-delà du plaisir propre aux compétitions de pur-sang

arabes, Mathieu Daguzan-Garros met l’accent sur les à côtés des courses.

A-côtés qu’on pourrait affubler d’un caractère social, en prise avec les modes

actuelles des réseaux dit à “caractère communautaire”. « C’est vrai que les

courses d’Arabes permettent de s’ouvrir à d’autres per sonnes que celles des

courses au galop traditionnel. On voit des gens nouveaux et différents. C’est

toujours enrichissant. Pour moi, c’est clairement une passion supplémentaire à

mon arc. »