Frederic danloux : « non à la charte. oui au débat»

Autres informations / 05.08.2009

Frederic danloux : « non à la charte. oui au débat»

Suite à l’interview de

Philippe Augier dans notre édition précédente, Frédéric Danloux, entraîneur et

Président de l’Association des entraîneurs propriétaires, a souhaité réagir

pour ouvrir le débat.

 

Jour de Galop.Pour quelles

raisons vous opposez-vous à cette future « Charte » ?

Frédéric Danloux.Pour une

raison essentielle et fondamentale. Cette « Charte » a pour but de restreindre

nos libertés en nous obligeant à nous exprimer et en contrôlant le contenu de

notre discours. Reprenons les bases, les fondements de notre société : la

Constitution de 1789. Cette

« Charte » est contraire à

l’article 11 se rapportant à « la libre communication de la pensée et de

l’opinion ». Pour moi, c’est clair. Qui peut se permettre de nous obliger à

parler aux médias ? Qui va dénoncer et qui va sanctionner si un entraîneur

décide de ne pas s’exprimer ? De plus, la presse défend continuellement la

liberté d’expression, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle est née. Ce

serait donc contraire à son éthique de publier un discours qui aurait été dicté

et contrôlé par une instance, en l’occurrence ici, France Galop. Attention, je

parle en mon nom ici, mais je sais que l’Association des entraîneurs

propriétaires que je préside dira non à cette « Charte » si on nous demande

notre avis. Et je n’ai entendu personne me dire que c’était une idée

fantastique !

On nous dit que cette charte

s’adresse à tous les professionnels, mais le collège le plus nombreux et le

plus influent, les éleveurs, ne sont pas soumis au code des courses es

qualités, comment pourrait-il y avoir plusieurs catégories de professionnels ?

 

Quand vous a-t-elle été

présentée ?

Au mois de septembre dernier,

nous avons eu une ébauche lors d’une réunion à laquelle nous avons été conviée

par France Galop. Nous avons reçu cinq pages et tout de suite, même si

certaines conditions changent, je me suis opposé à cette « Charte » car sur le

principe, elle est contraire à mes valeurs et celles de la démocratie. Nous

avons d’ailleurs été plusieurs à faire part de notre opposition à ce principe…

Depuis, nous n’avons pas eu de nouvelles. Il ne s’est rien passé et nous n’avons

pas été informés de l’avancement du dossier. Il fallait inviter tout le monde

autour de la table, les professionnels et la presse, pour discuter et débattre.

J’ai l’impression que nous avons simplement eu un droit de regard. Je suis pour

la discussion et le débat. Je me suis senti visé quand M. Augier a déclaré dans

JDG qu’il y aurait toujours des « anti-tout ». Je ne suis pas un anti-tout.

Pour prendre les exemples les plus récents, j’ai validé la proposition de

France Galop d’interdire les déferrés ainsi que celle sur la déclaration des

œillères australiennes. Je suis pour le changement, mais pas sous la

contrainte.

 

Cette « Charte » a pour but

de valoriser notre sport, quelles seraient alors vos propositions pour poursuivre

ce travail ?

Il faut plus de concertation entre

France Galop, les professionnels et la presse. Pourquoi n’y aurait-il pas une

réunion annuelle entre les élus des associations représentatives et les

commissaires de France Galop, entre la presse et ces mêmes élus, entre les

entraîneurs et les handicapeurs, etc ? Comme cela se fait par exemple en

football entre des arbitres et des entraîneurs. Il faut de la transparence et

de l’ouverture et tout ira bien, nous n’avons pas besoin de Charte. Si ces

réunions sont organisées, je me fais fort de faire venir les professionnels.

 

Dans les autres sports

justement, obliger les professionnels à parler à la presse est une pratique

courante. Qu’est ce qui différencie, en la matière, les courses hippiques du

reste ?

C’est très simple. Prenons un

exemple concret. Quand des tennismen jouent à Roland Garros ils sont payés même

s’ils perdent au premier tour (au moins 10.000,00€). Ils ont un contrat avec la

Fédération Française de Tennis. Et dans ce contrat, il est spécifié noir sur

blanc qu’ils doivent – en contrepartie et c’est cela qui est important – parler

aux médias. Mais attention, pas à tous les médias. Seulement aux médias

partenaires de l’évènement, pour les autres c’est libre. Personnellement, je

n’ai pas de contrat avec France Galop et je ne connais pas de médias

partenaires. Si demain, Equidia sponsorise tous les entraîneurs et qu’en

échange nous parlions avant et après chaque course parce que nous avons décidé

de signer un contrat avec la chaîne, cela ne me pose pas de problème.

 

Vous parliez de contrôler le

contenu du discours, qu’entendez-vous par là ?

Je pense que France Galop

n’accepte pas assez la critique et je crois –quand on est respectueux – que la

critique est constructive et toujours positive. Cette « Charte » est aussi

faite pour nous obliger à nous taire ! Mais un entraîneur critique pour qu’il y

ait une discussion, un débat et que les choses avancent. De plus, cette «

Charte » ne tient pas debout puisqu’on parle de sanctionner l’administration de

France Galop. Mais comment voulez-vous sanctionner un commissaire qui a été nommé

et qui n’est donc pas révocable ? J’ai l’impression que cette « Charte » est

unilatérale et que nous ne bénéficions pas de la « présomption d’innocence »

quand c’est la parole de France Galop contre la nôtre. Or, c’est l’article 9 de

la Constitution Française...

 

Que proposez-vous alors pour

que France Galop, les professionnels et la presse communiquent davantage ?

Il faudrait créer un

Département Entraîneurs à France Galop qui serait en charge de gérer les

relations avec nous, qui prendrait en compte nos demandes, qui écouterait nos

critiques et organiserait des tables rondes. Et les entraîneurs doivent

continuer d’avoir le choix de parler dans un média plutôt qu’un autre parce qu’ils

le préfèrent et qu’ils sont davantage en confiance. Si le discours est aseptisé

et publié dans tous les médias par obligation, il n’y a plus de journalisme.

Organisons une grande table

ronde avec les professionnels, les médias, France Galop où le maitre mot sera :

liberté d’expression.