Louis romanet : « la question des médications a déjà beaucoup évolué aux états-unis »

Autres informations / 24.08.2009

Louis romanet : « la question des médications a déjà beaucoup évolué aux états-unis »

 

Président de la Fédération internationale des Autorités

hippiques (FIAH), Louis Romanet était,   dimanche,   l’invité  

d’honneur   de   la   57e   Conférence  

des   dirigeants   des  

courses d’Amérique du Nord. Au programme de son intervention figurait le

sujet épineux de la médication – qui est aujourd’hui encore un des points

majeurs de différence entre l’Europe et le continent américain. Malgré un

discours très direct, le Français a été chaleureusement applaudi par le ban et

l’arrière-ban de l’hippisme local. Signe que les temps changent…

Jour de Galop. – Dimanche, vous vous êtes exprimé à Saratoga

sur un sujet qui « fâche » aux Etats-Unis, celui des médications. Quel est

l’état d’esprit actuel des Américains en la matière ?

Louis Romanet. – Je n’étais pas retourné aux Etats-Unis

depuis trois ans. Et j’ai vraiment senti un changement de mentalité et une

forte volonté d’aller dans notre sens. Il y a vingt-sept ans, à l’occasion du

premier Breeders’ Cup, mon père et moi avions rencontré les membres du Board du

Breeders pour leur dire qu’il était impossible de courir sous médication des

épreuves qui se voulaient les Jeux Olympiques du sport hippique. A l’époque,

ils avaient affiché un sourire… en nous disant que cette question obéissait aux

règles de chaque Etat. Or aujourd’hui, les anabolisants sont interdits dans les

épreuves du Breeders – et pratiquement par  

tout. Il est loin, le temps de cette plaisanterie entre propriétaires :

« Vous qui gagnez des courses, ne me donnez pas le nom de votre entraîneur mais

celui de votre vétérinaire ! »

Quel a été votre message principal ?

Je leur ai dit qu’en interdisant certaines médications,

notamment suite à l’accident d’Eight Belles dans le Kentucky Derby 2008, ils en

avaient plus fait en douze mois qu’en vingt-cinq ans. Qu’il fallait continuer

dans cette voie, et que la FIAH était prête à les aider. Je suis conscient du

fait qu’il leur sera difficile de renoncer aux produits anti-saignement de type

Lasix, avec la nécessité de fournir des partants dans 55.000 courses par an,

dont la plupart ont lieu sur le dirt… Mais je leur ai demandé de faire un

premier pas en interdisant toute médication dans leurs 4% de courses

black-types. Car, cela me paraît évident, on ne peut pas continuer à

sélectionner une race dans des épreuves où tous les chevaux courent sous

médication.

Comment ce discours a-t-il été accueilli ?

 Ils sont d’accord

avec ce point de vue. Les Etats-Unis ont fait une première révolution en

interdisant les stéroïdes anabolisants, qui faisaient pourtant partie de leur

culture. La seconde révolution, c’était celle des pistes [avec le lent

remplacement du dirt par des pistes synthétiques, réputées moins pénibles pour

les chevaux, ndrl]… Malheureusement, ils ont rencontré des problèmes qui

ressemblent à ceux que nous avons connus à Deauville, et cela a freiné un peu

les choses. L’Amérique est aujourd’hui à la croisée des chemins. Mais je suis

optimiste et, même si cela prendra du temps, je suis certain qu’ils vont bouger

!

Pourquoi le feraient-ils ?

Avec les accidents qu’ils ont connus, la sécurité des

chevaux et des hommes est devenue une priorité. Ils ont compris que les courses

devaient absolument éviter ce genre de publicité très négative. Mais pour

avancer sur la question, ils doivent harmoniser les règles dans tous les Etats.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Américains sont très réceptifs au

travail d’harmonisation internationale mené par la FIAH : il ressemble beaucoup

aux efforts qu’ils font au sein de leur nation qui est aussi un continent.

Quelle sera la prochaine étape ?

Avec les progrès de la science, la « tolérance zéro » n’est

plus possible, car la sensibilité des analyses fait que l’on trouve des doses

infimes de médications dans le moindre prélèvement. Dans le cadre de la FIAH,

nous travaillons donc à définir des « limites de détection » [les seuils au-dessous

desquels la présence d’une molécule n’est que la trace d’un produit qu’il était

légalement possible d’utiliser en période de soin, ndlr]. Je précise que notre

but n’est pas d’aller vers une médication autorisée mais de permettre aux

chevaux d’être soignés. Puis ces limites de détection sont soumises aux

organisations hippiques des différents pays, qui sont libres de les adopter.

J’espère que les Etats   Unis rejoindront

les pays qui sont déjà entrés dans cette logique. Mais pour se lancer dans

cette approche, il leur faudra interdire le Lasix, qui fausse les tests par son

effet de dilution. Il leur faudra aussi travailler sur les seuils pour les

produits anti-inflammatoires non-stéroïdiens.