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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Königsstuhl, le kaiser

Autres informations / 08.09.2009

Königsstuhl, le kaiser

par Guy THIBAULT, historien des

courses

Quoi de commun entre Le Havre

et Stacelita, vedettes printanières de Jean-Claude Rouget, et Getaway, infatigable

lauréat dimanche du 137e Grosser Preis von Baden. Un premier coup d’œil

à leur origine permet de voir, en lignée mâle, qu’ils se rattachent tous trois à

Darley Arabian (1700), principal ancêtre du pur-sang anglais. En descendant les

générations de leur pedigree, l’examinateur curieux relève certaines présences :

celle – très lointaine – de Gladiateur (1862), cheval illustre mais étalon décevant,

celle – abondante – de St Simon (1881), celle – commune – de Phalaris (1913), celle

– normale en ces temps – de Northern Dancer (1961) et celle – très rare – de Königsstuhl

(1976). Quel était ce cheval allemand, à la fois père de Surako le grandpère maternel

du héros du “Jockey Club”, et père de Monsun, le papa de l’héroïne du Prix de Diane

et du lauréat de la grande épreuve d’outre-Rhin ?

 

Sous les couleurs de Zoppenbroichs,

Königsstuhl fut le meilleur de sa génération en Allemagne où il remporta en 1979

la “Triple Couronne” (Henckel Rennen, Deutsches Derby, Deutsches St Leger), à laquelle

il ajouta deux courses de Groupe 1, l’Aral Pokal à 3 ans et le Gran Premio del Jockey

Club à Milan à 4 ans. Parfait sur la piste, Königsstuhl le fut aussi au haras, se

hissant au premier rang des pères de vainqueurs outre-Rhin en 1988, 1994 et 1996.

Cette année là, il avait été représenté

par le 3ans Surako – deuxième du Deutsches Derby derrière Lavirco –, devenu le grand-père

maternel de Le Havre. Mais le meilleur des fils de Königsstuhl est maintenant bien

connu en France. Il s’agit de Monsun (1990), éloigné des hippodromes au printemps

de sa troisième année, mais gagnant de douze courses de 2 à 5 ans dont deux groupes

1, l’Aral Pokal et le Preis von Europa. En France, avant Stacelita, il avait été

estimé grâce à son fils Shirocco (Breeders’ Cup Turf 2005, Coronation Cup 2006),

atteignant l’apogée en 2007 – le prix de sa saillie culminant à 120.000 euros –

quand son fils Manduro (Prince of Wales’s Stakes, “Jacques Le Marois”) fut couronné

champion du monde, toutes catégories, avec un rating de 131 livres (59,5 kilos).

 

Les noms de ces vedettes qui viennent

d’être citées amènent l’observateur à se poser la question : quel est le sang bienfaiteur

que transmet Königsstuhl ? Né en 1976, il était fils de Dschingis Khan (1961), un

bon “miler”, comme son père, l’anglais Tamerlane (St James’s Palace Stakes). Sérieux,

Dschingis Khan compte douze victoires à son palmarès (de 2 à 5 ans), se révélant

le meilleur 2ans en

 

Allemagne où il remporta à 3ans

le Henckel Rennen (Deux Mille Guinées, Gr. 2). Venu neuf fois en France, il y gagna

trois courses dont le Prix Edmond Blanc (Gr. 3) à 5ans, se classant aussi second

du Prix du Chemin de Fer du Nord. Au haras il a été deux fois champion des pères

de vainqueurs (1979, 1981). Qui plus est, Königsstuhl appartient à l’une des souches

maternelles les plus vivantes d’Allemagne, la “famille K”, qui compte deux autres

descendants ayant atteint la première place des étalons, Kaiseradler (1957 par Nebelwerfer,

champion en 1973, 1976, 1977) et Kronzeuge

(1961 par Neckar, champion en

1972).

 

À cette famille K appartiennent

deux autres récentes vedettes : la pouliche Kazzia, acquise par Godolphin pour qui

elle réalisa en 2002 le doublé One Thousand Guineas–Oaks ; et le poulain Kamsin,

lauréat en 2008 du Derby allemand.

Des recherches un peu plus poussées

nous apprennent qu’à l’origine de cette flamboyante famille K se trouve la cinquième

mère de Königsstuhl, une poulinière française, nommée Katinka. Née en 1933 au Haras

de la Pomme chez l’Argentin Simon Guthmann, cette fille de Biribi (“Arc de Triomphe”

1926) était une propre sœur de Céréaliste (1931), gagnant à 3ans du Prix de l’Espérance

(3.000 mètres), à 5ans de la Grande Course de Haies d’Auteuil, puis réputé pour

sa production de sauteurs comme

étalon national à Cluny. Devenue

la propriété du haras de Piencourt (famille Guinness), Katinka fut exportée – ou

déportée – en 1941 en Allemagne. Là, au Haras d’État Altefeld, elle fut unie à l’étalon

Rothschild – lui, sans conteste déporté – Bubbles (“Grand Prix de Saint-Cloud” 1929))

dont elle eut en 1945 une fille nommée Kaiserwürde, la quatrième mère de Königsstuhl.

À noter que la mère de celui-ci, Köningskronung (1965), avait un père français,

Tiepoletto (1956), étalon au Haras du Mesnil après avoir été successivement invaincu

à 2ans (quatre courses dont le Grand Critérium), indisponible à 3ans et revu à 4ans

comme deuxième du Grand Prix de Saint-Cloud derrière l’excellent Sheshoon.

 

Si présence ne signifie pas nécessairement

influence, il reste que les grands haras allemands, qui cultivent par tradition

la tenue, ont su régulièrement introduire des sangs nouveaux et insuffler la vitesse

nécessaire – dans le cas présent par Tamerlane – sans laquelle un élevage périclite.

 

N.B. Gladiateur eut pour fille

Keepsake, trisaïeule de Ksar, le père de Tourbillon.