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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Alain de kermadec : « une juridiction internationale devrait être créée pour juger les appels relatifs aux courses de groupe »

Autres informations / 09.10.2009

Alain de kermadec : « une juridiction internationale devrait être créée pour juger les appels relatifs aux courses de groupe »

Président du Conseil

juridictionnel de France Galop, Alain de Kermadec revient sur l’affaire Dar Re

Mi. Il explique pourquoi la doctrine française est bonne, parle de la grande

harmonisation des règles à l’international... et annonce la création probable

d’une juridiction internationale d’appel pour les courses de Groupe.

 

 

Jour de Galop. – Que

pensez-vous de l’ampleur du débat qui a secoué les courses à l’occasion du

distancement de Dar Re Mi ?

Alain de Kermadec. – J’ai été

désolé que cette décision logique et conforme aux règles existantes ait été

d’abord mal comprise, puis ait été l’occasion d’une opération de dénigrement de

l’ensemble de l’Institution. Car cela a jeté le trouble dans les esprits à un

moment où le monde des courses doit être uni pour survivre et se développer.

Plus que jamais, il nous faut travailler tous ensemble, dans le souci de

l’intérêt général, et dans un climat de confiance mutuelle.

 

La décision n’était-elle pas

contestable ?

La matinale d’Equidia a

accueilli le samedi 27 septembre dernier Henri Pouret, Directeur adjoint en

charge de la réglementation des courses. Il y commentait le Qatar Prix

Vermeille de façon très factuelle, et avec des arrêts sur image. La décision

des commissaires prenait tout son sens. Depuis, Édouard de Rothschild a

souhaité que cette séquence

d’Equidia soit visible sur la page d’accueil du site de France Galop. J’incite

tout le monde à la regarder, car cette analyse technique est très éclairante.

 

Cette décision pouvait-elle

être cassée en appel ? L’appel existe au galop pour réparer les erreurs

matérielles et les erreurs de jugement. Les commissaires du jour avaient

appliqué les règles existantes : c’est ce que l’on est en droit d’exiger d’eux.

 

Mais le sport a été le grand

perdant ! Selon moi, c’est plutôt la gêne qui est antisportive. Dans le cas du

“Vermeille”, l’application des règles a au contraire permis de rétablir une

injustice à l’égard de la pouliche allemande et de son entourage. Que se serait-il

passé, d’ailleurs, si d’autres jockeys à leur tour n’avaient pas respecté les

règles, au détriment de Dar Re Mi ? À Ascot, le 26 septembre dernier, deux

courses ont parfaitement illustré la “manière anglaise”.

 

La France ne risque-t-elle

pas d’être isolée dans le monde?

Aujourd’hui, ce sont plutôt

la GrandeBretagne et l’Irlande qui sont isolées, en ne distançant jamais. Les

principes dits “anglo-saxons”sont utilisés et respectés par les pays dits

“asiatiques” : Hongkong, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud…

Ces pays distancent le gêneur quand celui-ci a profité de la gêne aux dépens du

gêné. La France et les pays de l’Europe continentale ont une autre manière

d’agir, en sanctionnant la gêne préjudicielle par le déclassement du gêneur. Cette

même

méthode est de mise aux

États-Unis, au Canada... et au Japon, lequel est même encore plus sévère. La

grande majorité des pays juge donc comme nous.

 

Voulez-vous dire par là que

la doctrine française est la meilleure ?

Aucune doctrine n’est

parfaite. La doctrine française est bien adaptée au pari mutuel et aux paris à

combinaisons multiples. Elle est moins favorable pour les bookmakers et les

paris simples gagnants. Comme l’a dit dans vos colonnes le président de

l’association des Jockeys, notre doctrine assure la régularité des courses.

Elle diminue ainsi les risques encourus par les jockeys. Cette régularité est

dans l’intérêt de l’entourage des chevaux victimes de gênes et des parieurs.

Enfin, il faut noter qu’une Commission du Code qui s’est tenue en février 2008

a validé à nouveau cette manière de juger. Or étaient présents des

représentants des jockeys, des entraîneurs, des propriétaires et des éleveurs.

Aujourd’hui, tout le monde

réclame l’harmonisation des règles...

... Oui, elle est réclamée par

tous, et sur un mode incantatoire !

 

Alors pourquoi le sujet

n’avance-t-il pas plus vite ?

Depuis plusieurs années, les

Commissaires de France Galop prennent en compte les réglementations étrangères

lors des modifications du Code. La Fédération internationale, présidée par

Louis Romanet, a créé un groupe de travail dans ce but. Y figurent deux

Européens (un Anglais et un Français, Henri Pouret), deux Américains (Amériques

du Nord et du Sud), deux Asiatiques (Hongkong et Japon). Le président est

Sud-Africain.

 

Où en est le travail de ce

groupe ?

Ce groupe de travail a fait

un état des lieux, analysé les différences pour en comprendre les raisons, et

s’attaque maintenant à la définition d’un système admissible par les principaux

pays hippiques. L’implication directe d’Édouard de Rothschild devrait permettre

de vaincre les réflexes malthusiens des uns et des autres et de gagner un temps

précieux pour arriver à cette harmonisation.

 

Etes-vous vraiment opposé à

la création d’un corps de commissaires professionnels ?

C’est un faux problème ! Il

faut des commissaires compétents, et indépendants : c’est le cas aujourd’hui.

Ces commissaires rendent des comptes à l’Institution. En effet, ils

sont élus par le Comité tous

les ans, après examen du Conseil d’Administration et consultation des Conseils

du Plat et de l’Obstacle. Pendant leur mandat, ils sont indépendants. Cela leur

permet de travailler en leur âme et conscience, et d’être capables de résister

aux diverses pressions. Mais à mon tour de vous poser des questions : qui

paierait ces commissaires professionnels ? Qui les augmenterait ? Qui serait

leur patron ?

 

Que changer alors ?

Personnellement, je

souhaiterais voir reconnaître le rôle et le statut des secrétaires des

Commissaires. Ils font un excellent travail au sein de France Galop. De plus,

nous les envoyons aujourd’hui systématiquement lors des réunions PMU

décentralisées pour se mettre à la disposition des sociétés concernées. Je souhaiterais

les voir devenir indispensables dans les Fédérations régionales, comme le sont

déjà les juges aux allures, les starters, etc. Je veux dire aussi que les

salariés de France Galop font un travail remarquable, alors même que leurs

tâches se sont accrues et compliquées, et que leurs effectifs sont restés

quasiment inchangés. Enfin, l’harmonisation des règles rendra nécessaire la

création d’une juridiction internationale, seule capable d’éviter des dérives

locales, en jugeant les appels relatifs aux courses de Groupe.