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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Sea the stars, une alchimie magique

Autres informations / 07.10.2009

Sea the stars, une alchimie magique

Le 6 avril 2006, la légendaire Urban Sea donne naissance à

un poulain bai qui allait venir étoffer une des plus belles histoires du monde

des courses et de l’élevage. Dans son box de l’Irish National Stud, ce “plus

que demi-frère” de Galileo – qui ne s’appelle pas encore Sea the Stars va

bientôt rejoindre la galaxie des étoiles engendrées par Urban Sea… Disons-le

tout net : notre champion a l’apparence anodine d’un bon cheval solide, bien

bâti et bien planté. Ceux qui suivent l’étoile de John Oxx ne cessent de

s’étonner de l’étonnante placidité dont il fait preuve lors de toutes ses

sorties. Une sorte de nonchalance à mille lieues de l’électricité censée

habiter tout pursang. D’ailleurs, il n’a pas les allures brillantes de la

classe, ni celles de la distinction. De son père, à qui il ressemble, il a

repris une tête inexpressive, qui tranche avec le brio désormais célébré de son

accélération.

C’est pourquoi nous sommes tentés de penser qu’il tient son

exceptionnelle qualité de course de sa mère, une jument au psychisme

inébranlable, dure comme le métal et volontaire comme le feu. Oui, comment

expliquer Sea the Stars, si ce n’est en affirmant qu‘il nous montre les formes

du père tout en révélant l’intérieur de sa mère ? Une musculature presque

lourde, animée par une énergie inépuisable : les habits de Cape Cross et la

nature d’Urban Sea. Cette alchimie a su créer le sublime alliage de la force et

de la psyché. Car autant Cape Cross est lourd, autant Urban Sea était une

pouliche plutôt légère, qui est devenue très bonne en s’aguerrissant au combat,

car elle aimait vaincre.

Cependant, dès que les boîtes s’ouvrent, Sea the Stars

abandonne sa placidité et il se met à tirer comme pour signifier qu’il est un

grand champion qui aime aller plus vite que les autres. Quand nos jumelles le

suivent en ses débuts de parcours, chaque fois, l’on se dit qu’il ne pourra

aller au bout en vainqueur, tant il gaspille du carburant contre la main de son

jockey. C’est amusant de rapprocher le couple que formait l’an dernier New

Approach avec Manning de celui que forme aujourd’hui Sea the Stars avec Kinane,

ces deux champions ayant fait les bras de ces deux jockeys expérimentés. Mais

dans la ligne droite, rien ne peut résister à la longue accélération du fils

d’Urban Sea, que ce soit sur le mile de Newmarket ou les 2.400m d’Epsom et de

Longchamp.

Mais pour ceux qui ont suivi ce phénomène, la démonstration

la plus spectaculaire de sa supériorité a été révélée dans les Irish Champion

Stakes à Leopardstown, où il a torpillé Fame and Glory et Mastercraftsman à

l’issue d’une épreuve menée “tambour battant” par les leaders de Ballydoyle.

Ç’a été à un tel train que Sea the Stars n’a pas eu l’occasion de tirer, et du

coup, sans être sollicité, il a fondu sur les très bons atouts de Coolmore en

les déposant, sans que son jockey ne le sollicite vraiment. Ce fut sans doute

sa plus belle exhibition, le jour où “O’Brien” a voulu le défier frontalement

en durcissant à l’extrême la course, dans laquelle sont restés ses deux

chevaux, toujours pas remis…

Encore que le survol de “l’Arc” 2009 soit du même bois.

Empêtré à la corde, dans une course heurtée au début, Sea the Stars a accéléré

une première fois pour se sortir de la mêlée, puis il est reparti à deux cent

cinquante mètres du poteau pour faire le trou face à des adversaires médusés,

comme l’avouait Christophe Soumillon : « Il nous a passé à une telle vitesse… »

Seul un phénomène peut régner ainsi sur le peloton fourni de cette super-finale

qu’est “l’Arc de Triomphe”.

De plus, Sea the Stars est sorti sur les pistes chaque mois

depuis le début mai à Newmarket : 6 mois, 6 courses, 6 victoires, 6 Groupes 1, sur

1.600m, 2.000m, 2.400m. Sans se reposer. Il n’y a pas d’équivalent.