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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Dubaï ébranlé

Autres informations / 28.11.2009

Dubaï ébranlé

La nouvelle a fait l’effet

d’une petite bombe au sein d’un monde hippique habitué à la domination

planétaire de la famille régnante de l’Émirat. Les marchés financiers mondiaux

tremblaient encore hier de l’annonce la veille d’une demande de rééchelonnement

de la dette de Dubai World, la principale entreprise publique du riche émirat.

Dubai World, pour qui aucun projet ne semblait trop pharaonique depuis la

construction d’îles en forme de palmiers jusqu’à des projets de tours de 1

kilomètre de haut ou de gratte-ciels tournants, a annoncé qu’il ne pourrait

honorer une échéance de 3,5 milliards de dollars due par sa filiale Nakheel le 14

décembre et a demandé à ses créanciers un moratoire de six mois. Le

gouvernement de Dubaï a tenté de rassurer le monde, en affirmant que sa demande

de surseoir au paiement de la dette de Dubai World était une disposition

technique et nécessaire pour « faire face au fardeau » de sa « dette » . Pour

dédramatiser les difficultés financières, les autorités locales ont précisé que

l’économie de l’émirat est « durable » et a une « large assise », après une «

décennie de croissance sans précédent ».

           

Passé ce qui n’a pas été une surprise

réelle pour les milieux financiers bien informés, il faut donner crédit à cette

déclaration de Dubaï : c’est effectivement parce que cet émirat ne compte que

sur son activité de plaque tournante commerciale et financière de la région

qu’il est fondamentalement crédible, bien que dépourvu des ressources

pétrolières à l’inverse de ses principaux voisins, à commencer par son “grand

frère” d’Abu Dhabi. Mais pourquoi une telle débâcle jeudi ?

 

Les raisons en sont simples.

Dubaï croule sous des dettes de 80-90 milliards de dollars, dont 59 milliards

portés par le conglomérat Dubai World, en raison des grands projets lancés

depuis une dizaine d’années. Dubaï a construit à tour de bras, y compris en

gagnant sur la mer, et sa légende voulait que 1/6e des grues dans le monde se

trouvait dans l’émirat. Dubaï a aussi lancé des parcs d’attractions avec un

objectif de 15 millions de touristes par an, qui atteindront péniblement 5

millions de visites cette année. Mais la crise financière a déstabilisé un

émirat qui jouait massivement de l’effet de levier du crédit. C’est pourquoi,

comme aux USA, le marché immobilier de Dubaï, hyperspéculatif, s’est

spectaculairement retourné. Les prix ont baissé de plus de 50 % depuis le

plafond de l’été 2008, nombre de fournisseurs du BTP ne sont plus payés depuis

des mois et les expatriés quittent le pays en rangs serrés depuis janvier. Tout

le monde, dans le golfe Persique, voyait les menaces s’accumuler sur l’émirat,

sans croire cependant au défaut de paiement de sa principale entreprise.

 

Cependant, la faillite de

l’émirat n’est qu’un spectre médiatique. Car dans la crise que traverse

l’émirat, le plus important est de savoir s’il existe un payeur en

dernier ressort qui sache

garantir in fine le pays. Et ce garant existe, c’est Abu Dhabi, son voisin et

partenaire politico-économique. Abu Dhabi est le véritable patron des Émirats

Arabes Unis (fédération regroupant depuis 1971 deux pays et cinq petits

émirats). À l’inverse de Dubaï, dépourvu d’hydrocarbures et misant à fond sur

le tourisme, les services financiers et logistiques, Abu Dhabi détient 8 % des

réserves mondiales prouvées de pétrole. Abu Dhabi, dont les actifs du fonds

souverain, le plus riche du monde, étaient évalués il y a un an à 800 milliards

de dollars, ne peut abandonner son dispendieux “petit frère” car il y va de la

crédibilité de tous les émirats.

 

En ce sens, il est

vraisemblable qu’une nouvelle aide, pour éviter une déconfiture qui

rejaillirait sur l’ensemble des monarchies pétrolières, serait accordée en

contrepartie d’une montée en puissance d’Abu Dhabi au sein des “joyaux” de

Dubaï que sont les sociétés Emirates Airlines et Dubai Ports. En tout état de

cause, les chantiers de Dubaï vont rester durablement paralysés. La bulle Dubaï

a éclaté, et son voisin l’aidera à dépasser cette circonstance qui laissera des

traces profondes. La bulle se dégonflera et peutêtre les appétits de Cheikh

Mohamed vont-ils décroître. Le monde des courses et de l'élevage en

souffrira-t-il directement ? Rien n'est écrit en la matière, bien que la

session d'aujourd'hui aux ventes de foals de Tattersalls a vu intervenir John

Ferguson pour Darley et Angus Gold pour Shadwell comme à l'habitude,

c'est-à-dire en achetant de nombreux foals par des étalons maison. Comme quoi

le coup de grisou de Dubaï n'a eu, pour l'instant, aucun effet sur la politique

de la famille Maktoum. Mais le vent peut tourner. Ce sera la grande question de

l'année 2010.