Michel "cincinnatus" de gigou

Autres informations / 30.11.2009

Michel "cincinnatus" de gigou

Par Mayeul CAIRE, Directeur

de JDG

Ceux qui étaient à l’A.G. des

AQPS, dimanche, ont eu le cœur serré lorsque Michel de Gigou a conclu son

ultime discours de président par ces paroles, sincères et poétiques : « Mon

cœur est là, au milieu de vous. » Mais les mots les plus importants, il les

prononça quelques instants auparavant :

« Ma vision était utopique ;

j’ai cru à un rassemblement avec ceux qui font la même chose que nous. Je me

suis planté en essayant de faire valoir cette vision des choses. Aujourd’hui,

notre association est représentée... mais pas là où se prennent les décisions.

Il faut que cela change. »

Par cette ébauche de

testament politique, le président des AQPS a sousentendu qu’il n’était pas fait

pour la politique politicienne. Effectivement, Michel de Gigou n’a pas connu

beaucoup de succès dans sa récente union avec le Syndicat des Éleveurs qui,

pensait-il, devait assurer aux AQPS un poste au Conseil d’administration de

France Galop ; pas plus qu’il n’en eut, en 2003, lorsqu’il soutint CharlesHenri

de Moussac contre Édouard de Rothschild.

Ce pourquoi Michel de Gigou

était (est) doué, c’est la politique au sens littéral du terme. C’est-à-dire la

conduite des affaires de la Cité, dans l’intérêt général. Et là, ses succès ont

nombreux. L’Histoire en retiendra un : la création du Stud-Book AQPS. En

arrachant aussi patiemment que vigoureusement cette décision, Michel de Gigou a

"rendu grâce" (désolé pour le jeu de mots, Nicolas !) aux milliers

d’éleveurs AQPS qui, depuis un siècle, ont cru en leurs familles, « jusqu’à

crever de faim plutôt que de brader leur produits » (dixit, à peine sorti du

contexte, Michel de Gigou dimanche). Et la petite histoire, celle qui s’écrit à

plus court terme, retiendra aussi son dernier tour de force face aux Haras nationaux.

Alors que ceux-ci avaient décidé de se retirer définitivement des courses,

Michel de Gigou a réussi à les convaincre de continuer à investir dans les étalons

orientés AQ ! Ni les trotteurs ni les pur-sang n’y sont parvenus.

Bien sûr, je n’oublie pas les

hommes qui l’ont entouré dans ces missions, mais ceux-ci me pardonneront

certainement de tout attribuer à Michel de Gigou, bénévole exemplaire. Ceux qui

l’entourent, et celui qui lui succèdera, doivent désormais être dignes de la

voie tracée par ce "Cincinnatus des AQPS". Cincinnatus, vous vous

souvenez ? C’est ce noble Romain qui, après s’être couvert de gloire sur les

champs de bataille, était humblement retourné à la culture de ses champs. Et

qui, supplié par les sénateurs romains aux abois, quitta momentanément sa

retraite et abandonna ses terres, au risque de laisser sa femme et ses enfants

mourir de faim, pour sauver la patrie en danger. Combien de fois Michel a-t-il

manqué une chasse (son grand plaisir) pour honorer une réunion à Paris ? C’est à

ce genre de sacrifice que se mesure le sens de l’intérêt général.