Philippe germond : « le pmu se sent parfaitement responsable du financement de la filière »

Autres informations / 05.12.2009

Philippe germond : « le pmu se sent parfaitement responsable du financement de la filière »

LA GRANDE INTERVIEW

Une semaine après l’Assemblée

générale du PMU du 26 novembre, Philippe Germond a reçu JDG au siège du PMU,

sur les quais de Seine. Dans cette longue interview, il aborde tous les grands

sujets actuels : l’inquiétude de la filière, l’augmentation de l’offre, la

concurrence du pari sportif...

 

 

Jour de Galop. — Le monde

socioprofessionnel français est globalement inquiet de l’ouverture du marché

des jeux en ligne. Cette inquiétude est-elle justifiée ?

Philippe Germond. – Elle est

légitime, car nous allons connaître un changement d’environnement. Mais je voudrais

tout de même rappeler que l’on parle beaucoup de l’ouverture du marché alors

que, d’une certaine manière, celui-ci est déjà ouvert à double titre : par la

concurrence du pari sportif, en dur et sur Internet, via la Française des Jeux,

et par la concurrence des sites illégaux. Nous sommes déjà attaqués depuis

longtemps.

 

Notamment sur Internet...

Comme dans beaucoup de

métiers, Internet est un facteur d’évolution, qui oblige à mettre en place

quelques changements.

 

Avec la loi, le changement va

devenir officiel !

La loi aura la vertu de

préciser ce qui est légal et ce qui ne l’est pas. Cela clarifiera les choses.

 

L’ouverture est-elle une

menace ou une opportunité ? Je pars du constat que la concurrence existe déjà,

et que l’ignorer serait une erreur. Aujourd’hui, le PMU a des atouts : sa

marque, sa notoriété, sa base de clients, ses 10.1 points de vente. Mais s’il

reste "monoproduit", c’est-à-dire s’il ne se diversifie pas en

proposant par exemple des paris sportifs, il va se trouver face à des

concurrents "multiproduits" qui seront de ce fait beaucoup plus

attirants. Si un supermarché proposait tout, sauf du beurre, de la farine et du

sucre... continueriez-vous à y faire vos courses ?

Si les sociétés-mères le

décident, une fois que la loi aura été votée, le PMU prendra des paris sportifs

en complément des paris hippiques. Mais j’ai bien dit "en

complément", car je suis persuadé qu’à échéance de cinq ou dix ans, les

paris sur les courses représenteront toujours 90% de nos revenus.

 

 

Ne craignez-vous pas, en

prenant des paris sportifs, de contribuer à la fuite des turfistes vers le

sport ? Se lancer dans les paris sportifs ce n’est pas un dogme. C’est le fruit

d’une réflexion. Je vous le dis aujourd’hui : prendre des paris sur le sport

sera bon pour la filière hippique. D’abord, j’espère que nous récupèrerons une

partie des mises des 37% de clients du PMU qui déclarent déjà parier sur le

sport. Je veux aussi pouvoir fidéliser un autre tiers de nos clients qui ont

déclaré vouloir, à partir de l’ouverture, parier sur le sport. Or pour les

garder, il faut aussi leur proposer des paris sportifs. La valeur du PMU, pour

la filière hippique, est autant constituée par les ressources que nous faisons

remonter tous les jours que par la base de clients. Un client a plus de valeur

chez nous que chez nos futurs concurrents.

Enfin, avec les paris

sportifs, j’espère atteindre une clientèle nouvelle, que nous pourrons conduire

ensuite vers l’hippisme. Par bien des aspects, notre offre est plus intéressante

que celle des paris sportifs : spéculative, ludique, quotidienne. Et je

n’oublie pas l’attrait du "sport courses" : les gens qui viennent

pour la première fois sur un hippodrome en repartent bluffés.

 

La filière hippique doit-elle

beaucoup attendre du sport en termes de revenus ?

Le résultat net de nos paris

sportifs ira à la filière. Mais je pense que, même si nous obtenons un très

grand succès dans le sportif, cela pèsera 5% de nos revenus dans les 3 à 5

prochaines années. Vous savez, le Hong Kong Jockey Club a été obligé de se

diversifier dans le sport parce qu’il était attaqué par des opérateurs

illégaux. Et cela lui a permis d’enrayer la baisse de son chiffre d’affaires sur

les courses, et de contre-attaquer pour, finalement, augmenter ses recettes.

 

En 2010, le PMU va être

concurrencé par des opérateurs de paris sportifs. Comment les courses vontelles

se défendre ?

Imaginons que l’ouverture ait

déjà eu lieu… Que se passera-t-il, dans un point de vente PMU, si nous n’avons

des courses que de 12h à 17h ? Sitôt la dernière épreuve courue, Equidia sera

remplacée par une chaîne sportive. Nous devons donc occuper le terrain avec une

troisième réunion en semi-nocturne. Dans des termes plus théoriques, cela

signifie que, face à la multiplication des événements sportifs, nous ne devons

pas être en déficit d’événements. Oui, le pari sportif va entamer le pari

hippique. Dans des termes plus théoriques, cela signifie que, face à la multiplication

des événements sportifs, nous ne devons pas être en déficit d’événements. Oui,

le pari sportif va entamer le pari hippique.

 

Mais nous avons les moyens de

résister, en augmentant le nombre de courses pour qu’une course parte toutes

les quinze minutes de 12h à 20h. Et plus tôt le dimanche : pour profiter de

l’affluence matinale dans les points de vente PMU, nous allons proposer quatre

courses PMU le dimanche matin à partir de 11h.

Je suis conscient que ça

demande un effort aux les socioprofessionnels et aux sociétés de courses, que

je remercie d’ailleurs, mais c’est important pour résister et ne pas décroître

en 2010.

 

L’offre n’a-t-elle pas déjà

atteint un plafond ?

Si l’on compare les journées

de courses d’une année sur l’autre, le chiffre d’affaires baisse quand nous

n’augmentons pas le nombre de courses proposées. En revanche, les jours où

l’offre s’est enrichie d’au moins trois courses supplémentaires, notre chiffre

progresse. Et plus on a ajouté de courses, plus l’augmentation a été forte.

Cela prouve que nous ne sommes pas à saturation. En 2009, notre panier moyen a

baissé de 3% à 4%. Mais nous l’avons compensée par l’augmentation de 5% à 6% de

notre offre de courses.

 

Comment seront choisies

toutes ces nouvelles courses ?

L’accroissement reposera très

majoritairement sur des courses françaises : principalement des épreuves PMH en

régions, qui deviendront PMU.

Une partie de cette

densification était prévue en 2011 ; nous allons simplement avancer d’un an les

étapes prévues.

 

Nous parlons de la Coupe du

Monde. Mais certains experts estiment que l’ouverture n’aura pas lieu en juin.

Quel est votre avis sur cette question ?

Je suis toujours sur un

calendrier optimal qui place l’ouverture au début du mois de juin.

 

Et si l’ouverture devait

avoir lieu en octobre ?

Nous savons que la Coupe du

Monde de football, ou l’Euro, pénalisent la prise de paris PMU, car la

communauté des fans de foot est proche de celle des turfistes. Le PMU sera donc

pénalisé s’il ne peut pas prendre des paris sportifs pour compenser sa baisse

d’activité sur les courses. À l’inverse, cela profitera aux opérateurs

illégaux, c’est un comble…

 

La préparation à l’ouverture

du marché a-t-elle déjà modifié les rapports entre le PMU et les sociétésmères

?

Pourquoi ? Moi, je suis au service

de mes deux « actionnaires » principaux, les sociétés-mères, et de toute la

filière. Mais je dirais même que cela va plus loin : mes actionnaires et la

filière ont besoin des ressources du PMU, ce qui crée une responsabilité accrue

du PMU vis à vis de ses actionnaires. Le PMU se sent pleinement responsable du

financement de la filière. Cela ne peut se faire qu’avec une forte proximité,

dans le respect et la transparence. Je vous en donne un exemple. : lorsque nous

avons travaillé sur le budget 2010, nous avons préalablement organisé une

réunion avec les directeurs financiers des deux sociétés-mères pour leur

demander d’exprimer leurs besoins. Beaucoup de décisions stratégiques ont été

prises depuis quelques mois. Toutes l’ont été en osmose avec les sociétés-mères.

 

Pensez-vous que l’ouverture

éloignera le PMU de la filière, puisque d’autres opérateurs de paris hippiques

contribueront à son financement ?

Le PMU sera l’opérateur qui

défendra le plus les paris hippiques. Tout laisse à penser que les autres

attireront les turfistes vers d’autres jeux sans doute plus rentables pour eux,

pas le PMU.