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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Jean-claude rouget : l’interview choc du début 2010

Autres informations / 18.01.2010

Jean-claude rouget : l’interview choc du début 2010

En 2009, Jean-Claude Rouget a atteint les sommets, devenant

tête de liste des entraîneurs de plat en France et remportant trois des quatre

classiques français. Un exploit unique.

Alors que la saison de plat a déjà repris entre Deauville et

Cagnes, nous avons voulu savoir comment il abordait cette nouvelle année. Ses

réponses sont, comme toujours, porteuses de positions bien arrêtées… qui ne

vont pas plaire à tout le monde !

 

 

Jour de Galop. – Pour la première fois de votre carrière,

vous abordez la saison avec le titre de Champion trainer. Est-ce que cela

représente une pression supplémentaire ?

Non, aucune. J’ai abordé la saison dans le même état d’esprit

que les années précédentes. Non, je n’ai pas changé. Je me fixe encore de

réussir le mieux possible avec l’effectif que l’on m’a confié. On travaille

chaque jour, et puis une année, on a de meilleurs résultats. C’est ce qui s’est

passé en 2009.

 

Parmi les nouveautés en 2010, il y a tout de même l’arrivée,

dans vos boxes, de chevaux de l’écurie du Cheikh Hamdan al Maktoum. Est-ce lié

à vos bons résultats de l’an dernier ?

Cela a sûrement joué... Les victoires classiques ont compté.

C’est d’ailleurs le seul nouveau propriétaire dans  mon effectif. Mais c’est un apport très

important ! Sincèrement, cela m’a touché. Comme on dit, c’est une “bonne

maison”, non ?

Oui, c’est une écurie classique. Comme celle de Son Altesse

Aga Khan...

J’ai eu l’opportunité d’entraîner des chevaux pour Son

Altesse Aga Khan dans la continuité de l’écurie Lagardère, lorsque ses actifs

ont été repris par le prince. J’ai été très touché qu’il fasse le choix de me

laisser ses chevaux, et de continuer ensuite à m’envoyer des éléments, cette

fois issus de son propre élevage.     

 

Je crois que, parmi mes différents propriétaires, l’écurie

Aga Khan est peut-être

la mieux armée en vue de 2010.

 

Je crois que le travail s’est bien passé, puisque nous avons

un très bon pourcentage de réussite au nombre de gagnants par partants. En

2009, j’ai aussi remporté mon premier Groupe pour la casaque, avec Behkabad

(Cape Cross), qui a gagné le Prix des Chênes (Gr3) et a fini son année de 2ans

avec trois victoires en trois courses. Je crois d’ailleurs que, parmi mes

différents propriétaires, l’écurie Aga Khan est peut-être la mieux armée en vue

de 2010.

 

En 2009, il vous est arrivé aussi une aventure curieuse avec

l’Aga Khan Ashalanda, que vous aviez mise à la disposition d’Alain de Royer

Dupré pour être leader dans le Prix de Malleret, et qui l’a gagné ! On peut en

parler ?

Il faut en parler ! Je me suis planté. Voilà. On se plante

tous un jour ou l’autre. La pouliche n’avait rien montré et elle s’est

déclenchée d’un seul coup. Je pense que, si je l’avais courue au lieu de la

proposer pour le rôle de leader, elle aurait accusé de gros progrès et aurait

gagné sa “D” de cent mètres... Vous savez, j’avais entraîné sa mère et sa sœur

sans qu’elles ne nous procurent aucune satisfaction. Et puis j’ai toujours été

embêté avec elle. Elle avait toujours quelque chose. C’est pour cela qu’elle

n’a débuté qu’au mois de juin de ses 3ans, ce qui est assez inhabituel avec mes

chevaux.

 

Il faut en parler, d’Ashalanda dans le “Malleret” ! Je me suis

planté. Voilà. La pouliche n’avait rien montré et elle s’est déclenchée d’un

seul coup.

 

Elle était finalement tardive...

Très tardive, alors qu’elle n’avait d’ailleurs aucune raison

de l’être. C’est avec les chevaux très tardifs que l’on peut se planter le

plus. Enfin ! Il vaut mieux que les choses se soient déroulées de cette façon,

car elle devait passer à la vente Arqana quatre jours plus tard ! D’une

certaine manière, le pire a été évité.

 

Y a-t-il d’autres évolutions dans votre effectif ? Cette année,

je vais avoir 25 chevaux de moins, passant de 250 à 225 chevaux. C’est encore

beaucoup trop. J’aimerais me limiter à 200 chevaux. J’ai refusé beaucoup de

chevaux cette année, mais je ne peux tout de même pas envoyer paître tous mes

amis ni refuser d’accueillir les chevaux du Cheikh Hamdan al Maktoum. Ce genre

de proposition ne se refuse pas... D’un autre côté, j’aurai moins de Fares, car

nos résultats ont malheureusement été très mauvais, ce que je regrette

beaucoup.

 

Et les chevaux de Gérard Augustin-Normand ?

Il a investi énormément. Je vais entraîner un très beau lot

de 2ans pour lui cette année. C’est mon plus fort contingent de jeunes chevaux

en 2010, après celui de l’Aga Khan. En revanche, je n’aurai pas de 3ans pour

lui. C’est donc une année de transition.

 

Vos relations avec lui ont-elles changé ?

Non, j’ai toujours avec lui une relation amicale. Mais je me

tiens logiquement un peu plus en retrait depuis qu’il a pris un manager.

 

Revenons à la réduction de votre effectif. En 2009, vous

avez également semblé moins actif pendant les ventes ?

C’est vrai. D’habitude, j’achetais toujours dix poulains aux

ventes, que je proposais ensuite à mes clients. Et je ne l’ai pas fait cette

année. Finalement, en réduisant d’une unité l’effectif d’une quinzaine de

clients, puis avec la réduction de mon effectif Fares, on arrive à 25 chevaux

en moins... J’ai réduit aussi un peu la sous-traitance, mais j’ai gardé tout

mon personnel. Simplement, ce que je ferai, c’est que tous les départs en

retraite ne seront pas remplacés. Quand je vois les difficultés de gestion du

personnel suite au décès de mon père, qui n’avait pourtant que quatre salariés,

je ne veux plus grossir. J’ai 56 ans. Cela me laisse encore une quinzaine

d’années d’activité. Mais il faut déjà que je pense un peu à l’après.

 

2009 a été une année très contrastée, avec à la fois les

succès classiques et la disparition de votre père. Comment avez-vous vécu ce

moment difficile ?

Je crois que c’est la soudaineté de cette disparition qui a

été très dure à supporter. Ça a été un coup de massue. Quand quelqu’un traîne

une longue maladie, vous me direz que ce n’est pas mieux... Enfin, les choses

sont différentes. Mais là... en même temps, il voulait mourir comme ça, avec

ses chevaux.

 

Vous disait-il sa fierté de vous voir réussir ?

Mon père n’était pas très démonstratif. Il était assez

occupé par son groupe de chevaux à lui. Ce qu’il pensait, il le gardait pour

lui.

 

Revenons au début de l’année 2009. Dans quel état d’esprit

étiez-vous ?

Je ne savais pas trop où j’allais. Mais surtout, jamais je n’aurais

pensé que j’allais faire cette saison-là. En démarrant l’année, je savais que

j’avais quelques cartouches, puisque nous avions fait une bonne année avec nos

2ans en 2008. Mais après, vous savez, il suffit de peu de choses pour que tout

s’écroule : un problème de santé, un jockey mal inspiré... Cela peut aller très

vite. Oui, j’avais quelques espoirs, mais de là à penser que j’allais gagner

quatorze Groupes et trois classiques !

 

Quel souvenir gardez-vous de ce printemps exceptionnel ?

Nous avons eu trois mois d’euphorie. Le bonheur nous est

tombé dessus. Oui, c’est ça. Le bonheur nous est tombé dessus. J’ai eu des

animaux très bons, sans aucun problème

 

de santé, avec un jockey excellent à chaque fois.    

 

Et ce jockey va vous quitter... Le départ de Christophe

Lemaire a-t-il été un coup dur ?

Pas un coup dur, non. C’est la vie. Je me dis simplement que

j’ai eu la chance de pouvoir m’attacher ses services pendant trois ans. Et je

sais le rôle qu’il a joué puisque, comme par hasard, avec lui, l’écurie a

franchi un palier. Son départ, je m’y attendais, je m’en doutais. Mais je vais

quand même continuer à travailler avec lui puisqu’il montera les vingt-cinq

chevaux que j’entraîne pour Son Altesse Aga Khan.

 

 

Quelles relations entretenez-vous, de manière générale, avec

vos jockeys ?

Je ne leur mets pas trop de pression. En même temps, je ne

veux pas non plus qu’ils fassent trop d’erreurs.

 

C’est Christophe Soumillon qui remplacera Christophe Lemaire

à vos côtés, comme premier jockey. Votre collaboration sera-t-elle comparable ?

Je vais voir s’il s’adapte à ma façon de faire. Christophe Lemaire avait

parfaitement su s’adapter, c’est-à-dire travailler dans la durée, en pensant à

la course suivante. Je dirais comme ça, qu’au départ, ce n’est peut-être pas

trop le “truc” de Christophe Soumillon, qui monte plus en pensant au présent.

Je veux dire qu’il a la volonté de gagner la course qu’il est en train de

monter. Pour cette première saison, s’il peut déjà être à 50% de notre collaboration

idéale, ce sera très bien. C’est un vrai challenge de travailler avec lui. Je

voudrais prouver qu’il peut être encore meilleur qu’aujourd’hui.

 

Pourquoi l’avoir choisi lui, et pas Ioritz Mendizabal ? J’y

avais pensé depuis quelque temps déjà. Et puis l’idée s’est imposée, petit à

petit. Le déclic a été l’”Arc”, où il a monté Stacelita. Évidemment, cela

m’embêtait, cela me faisait de la peine pour Ioritz. Mais nous faisons un

métier dur, qui ne fait pas de cadeaux. Et puis, c’est tout de même aussi grâce

à moi si Ioritz a pu gagner ses Cravaches d’Or...

 

Les cotisations des centres d’entraînement vont augmenter.

Quel est votre point de vue sur ce sujet, qui crée un débat au sein de la

filière ?

Je voudrais d’abord dire que, lorsqu’on regarde leurs comptes,

on remarque que ce sont les centres les plus récents qui sont les mieux gérés,

et qui coûtent le moins à l’Institution. Je pense en particulier à Lyon et à

Senonnes, qui sont proches de la perfection en termes de gestion. Ce n’est pas

le cas de centres plus anciens, qui remontent à l’époque où il y avait

tellement d’argent dans la filière que la Société distribuait de l’argent sans

s’occuper des déficits.

 

Auxquels pensez-vous en particulier ?

Le pire, c’est Maisons-Laffitte ! Le laisser-aller n’est pas

normal. 650 chevaux sur un site qui peut en accueillir le double : il va

falloir absolument agir. Je m’étonne aussi du taux de couverture des frais si

mauvais à Deauville. C’est incompréhensible. Les cotisations sont-elles trop

basses ?

 

Vous êtes donc favorable à l’augmentation des cotisations ?

Oui et, personnellement, j’instituerais partout un système

de prélèvement obligatoire, comme il existe à Pau. On peut rattraper le retard

progressivement sur trois ou cinq ans. Ce n’est pas la mer à boire ! Si les

cotisations sur les centres d’entraînement n’augmentent pas, France Galop devra

boucher les trous et cela fera autant d’allocations en moins. Donc, d’une façon

ou d’une autre, les propriétaires vont devoir payer. Et je trouve plus juste

que cela se fasse à la source, plutôt que par une réduction – 10 millions

d’euros

–          des

allocations. Le contraire serait injuste pour ceux qui entraînent sur des

centres privés, car ils auraient à payer la note à travers la baisse

d’allocations, alors qu’ils ne sont pas responsables des déficits des centres

publics.