Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Philippe bouchara : « les propriétaires ne sont pas vraiment entendus, alors qu’ils sont les vrais actionnaires de l’entreprise courses »

Autres informations / 19.01.2010

Philippe bouchara : « les propriétaires ne sont pas vraiment entendus, alors qu’ils sont les vrais actionnaires de l’entreprise courses »

SÉRIE : LES ENJEUX 2010 POUR LES PRINCIPALES ASSOCIATIONS

SOCIOPROFESSIONNELLES FRANÇAISES

À l’occasion de la nouvelle année, nous avons interrogé les

présidents des principaux représentants socioprofessionnels français –

syndicats et associations – sur leurs objectifs en 2010 et les défis à relever.

Philippe Bouchara (syndicat des propriétaires) a répondu à nos questions. La

série durera jusqu’au milieu de la semaine.

PHILIPPE BOUCHARA : «

LES PROPRIÉTAIRES NE SONT PAS VRAIMENT ENTENDUS, ALORS QU’ILS SONT LES VRAIS

ACTIONNAIRES DE L’ENTREPRISE COURSES »

Toujours convaincu que les courses doivent continuer à

évoluer vers une gestion entrepreneuriale, le président du Syndicat des

propriétaires donne son opinion sur les grands sujets du moment : augmentation

du nombre de courses PMU, recrutement des commissaires, télévision HD, centres

d’entraînement.

 

Jour de Galop. – Comment se présente l’année 2010 pour le

Syndicat des propriétaires ?

Philippe Bouchara. – Bien sûr, je souhaite à tous une bonne

année. Mais en tant que Président, je suis inquiet. Avec la crise économique et

avec l’ouverture européenne des paris sportifs en ligne, le monde hippique va

être confronté à des bouleversements historiques. Le Syndicat des

propriétaires, que je dirige désormais avec l’aide d’une équipe déterminée,

sera partie prenante de ces changements, mais je constate en même temps que

certaines institutions et secteurs du monde des courses françaises adoptent des

postures conservatrices, contraires aux évolutions nécessaires. Tout cela

m’inquiète parce que le monde, lui, change, et il ne nous attendra pas !

Peut-on vraiment parler de conservatisme ?

Les temps ont changé, et j’appartiens à la nouvelle

génération des dirigeants des courses qui scrutent l’activité avec un œil neuf.

Le paysage des courses est appelé à radicalement se transformer dans les deux

années qui viennent, et mon souci principal est de faire du Syndicat des

propriétaires la force qui coordonnera les éléments vifs de la filière

professionnelle du Galop. Et ceci pour une raison simple : les propriétaires

sont les acteurs principaux de l’édifice, ce qui n’a jamais été reconnu

vraiment, qui ne s’est pas traduit dans les instances de France Galop puisque

les propriétaires ne sont que dix au sein d’un Comité de cinquante membres, et

nous ne sommes que deux à les représenter au sein du Conseil d’administration,

composé de douze personnes.

Les propriétaires français connaissent de grandes

difficultés pour atteindre une équation économique qui rend le propriétariat

possible et économiquement viable. Ils vivent les courses et leurs problèmes au

quotidien, et pourtant ils ne sont pas vraiment entendus, alors qu’ils sont les

vrais actionnaires de l’entreprise courses.

 

Quand on parle des courses, faut-il opposer le côté

“professionnel” et le côté “bénévolat” ?

Une société de courses est désormais très éloignée d’une

amicale cycliste ou même d’un club de sport géré par des bonnes volontés. Nous

avons nécessairement des objectifs économiques et politiques que nous devons

réaliser, comme toute entreprise qui a des recettes, des dépenses et des

investissements. C’est pourquoi nous devons impérativement évoluer vers une

professionnalisation de la gestion des courses et de France Galop en

particulier, où devra dominer l’esprit de l’entreprise. Cette

professionnalisation des courses, c’est-à-dire la mixité du professionnel et du

bénévole, leur conjugaison et leur complémentarité, est désormais l’axe

directeur de la politique du Syndicat des propriétaires.

 

En quoi cette exigence, qui nous semble bien comprise et

intégrée par tout le monde dans les courses, serait-elle nouvelle ?

Elle n’est pas nouvelle en tant que telle, mais elle

correspond à la nouveauté du contexte qui est le nôtre : celui d’une âpre

concurrence entre paris hippiques et sportifs. Désormais, avec la fin du

monopole du PMU, nous devons être prêts à nous battre pour conserver, voire

développer, notre part de marché. Une chute minime de ce dernier, et ce sont

les propriétaires qui disparaîtront en tant que tels. L’équilibre de tout

professionnel, propriétaire, éleveur, entraîneur et jockey est très précaire

aujourd’hui, et toute diminution de l’enveloppe nous conduirait au désastre.

C’est pourquoi nous avons besoin de professionnalisme à tous les étages de

l’immeuble courses, nous avons besoin d’individus responsables qui répondent de

leurs résultats. Fini le temps des complaisances ou des affinités familiales :

les courses demandent des gens performants, comme l’exige l’esprit d’entreprise.                        

 

« Certaines institutions et secteurs du monde des courses

françaises adoptent des postures conservatrices, contraires aux évolutions

nécessaires. Tout cela m’inquiète parce que le monde,  lui, change, et il ne nous attendra pas ! »

 

Êtes-vous vraiment certain que l’urgence se trouve là ? Il y

a tant d’autres sujets cruciaux...

Mais    bien entendu.

Tout découle du nouvel esprit qui doit s’installer. Je le rappelle, il s’agit

désormais de relever le défi de la concurrence. Ce challenge est le nôtre et il

appelle des forces et des idées créatives et entreprenantes.

Nous devons maîtriser le bouleversement et non le subir.

D’où l’exigence de la professionnalisation qui ne s’oppose en aucun cas au

bénévolat qui constitue l’armature de notre fonctionnement, surtout dans nos

régions. Dirigeants bénévoles et administratifs, avec les socioprofessionnels,

doivent défendre et développer notre patrimoine commun que sont les courses.

 

Sur quels champs s’appliquent ces intentions ?

Par exemple, la télévision. Transformer l’image de notre

compétition afin de proposer un spectacle attirant pour le public et les

joueurs dont le pari nous permet d’exister. Depuis plusieurs années, je me bats

en faveur de l’image Haute  Définition,  et j’espère qu’elle va bientôt s’imposer dans

les courses. En effet, la télévision en relief est la technique qui sera

dominante très rapidement, or elle requiert l’image HD.

Autre exemple, les commissaires. La doctrine qui encadre les

décisions des commissaires devrait rapide- ment évoluer si on donne crédit aux

réunions que ces derniers ont organisées depuis des semaines. Ils organisent

une conférence de presse début février, que la profession attend avec

impatience, tant les changements, en vue d’une harmonisation européenne, sont

nécessaires dans la foulée de l’affaire Dar Re Mi. Tous les professionnels

espèrent que nos commissaires feront preuve d’ouverture et d’initiatives en ce

sens. De mon côté, je suis ouvertement partisan d’une professionnalisation

partielle, ou mixte si vous préférez, des commissaires afin d’unifier les

décisions prises, afin d’aboutir à une doctrine compréhensible par tous et

identique dans toute l’Europe. Il me semble que ce corps devrait incorporer

bien plus d’anciens professionnels à la compétence reconnue, plutôt que de se

coopter sur des bases principalement sociales et culturelles. 

 

« Dirigeants bénévoles et administratifs, avec les socioprofessionnels,

doivent défendre et développer notre patrimoine commun que sont les courses. »

 

Il y a en ce moment un sujet très chaud, c’est celui des

centres d’entraînements. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Quand on étudie de près ce problème, on s’aperçoit que

chaque centre est singulier. Il fonctionne dans des contextes et des réalités techniques

très différentes.

 

C’est pourquoi je désapprouve toute mesure qui s’apparenterait

à une décision nationale qui s’appliquerait à tous les centres. En ce sens, je

compte demander à tous mes présidents de régions d’étudier avec les

professionnels et les responsables locaux les problèmes et les solutions qui

font consensus. Ensuite, je m’en ferai le relais au sein des instances de

France Galop afin de promouvoir ces consensus. D’une manière plus générale,

c’est ainsi que je compte travailler, c’est-à-dire responsabiliser les volontés

régionales au sein d’un travail d’équipe, le seul qui puisse aboutir

aujourd’hui.

 

Et la multiplication des courses PMU, pour préparer la

future ouverture à la concurrence ?

Il me semble que nous atteignons une sorte de maximum en

regard de nos structures et des conditions de travail des professionnels et des

employés qui assurent le déroulement de nos courses. Si j’envisage qu’il s’agit

là d’un maximum, c’est parce que je voudrais être convaincu que toute réunion

supplémentaire ou toute course supplémentaire nous coûte moins que ce qu’elle

nous rapporte. En un mot, je crains que ce développement ne soit d’une

rentabilité négative, et une étude précise des enjeux économiques de ces

suppléments devrait être instruite par les sociétés mères.

« Je voudrais être convaincu que toute réunion PMU supplémentaire

ou toute course supplémentaire nous coûte moins que ce qu’elle nous rapporte. »

 

Quels sont vos vœux pour cette année ?

Il faut que l’atmosphère change. Les courses sont une

passion dont l’équation économique est périlleuse pour tous. Je sais trop bien

que nous sommes enclins à faire de grands efforts pour rendre compatible ce

plaisir et son coût. Mais pour cela, il est nécessaire que chacun ait envie

d’aller aux courses, que tout acteur soit animé par une dynamique qui compense

les difficultés rencontrées. Pour que ce miracle quotidien ait lieu, nous avons

besoin d’un environnement porteur, d’un accueil amélioré des clients, des

parieurs et des propriétaires, à l’instar des innovations mises en place par de

Département propriétaires de France Galop. Bref, pour 2010, je nous souhaite

une dynamique ressentie par tous. •