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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Pour la première fois, le choix du pmu ne me convainc pas…

Autres informations / 28.01.2010

Pour la première fois, le choix du pmu ne me convainc pas…

L’ÉDITORIAL         

Par Mayeul CAIRE

Je l’ai écrit ici à de nombreuses reprises : le PMU a fait

d’excellents choix ces derniers temps, et son président Philippe Germond a

rapidement prouvé qu’il était la meilleure personne à ce poste, notamment par

sa stratégie de diversification et d’occupation du terrain dans le sport. À

titre d’exemple, le partenariat avec la Fédération française de football me

semble incarner parfaitement la pertinence des options retenues par le PMU.

Mais trêve de louanges. Place à la critique. Car le PMU

vient, selon moi, de prendre une décision qui, à l’heure actuelle, ne me

convainc pas : il s’agit de son partenariat, annoncé mercredi matin, avec RMC.

Quels sont les termes de ce partenariat ? Le PMU va payer

pour que les courses soient présentes sur la station de radio : principalement

sous forme de flashes quotidiens (pronostics et résultats des courses) et avec

une émission spéciale le samedi, d’une durée de 30 minutes. Cette émission sera

animée par deux journalistes, Sébastien Darras et Florian Gautreau, entourés de

deux consultants, Luis Fernandez et Brahim Asloum. Enfin, quelques pastilles

(courtes interventions) hippiques viendront émailler la fin des émissions

sportives (notamment “Luis attaque”, consacrée au football), chaque fin de

journée.

Au premier degré, l’idée ne semble pas mauvaise – principalement

parce que RMC draine une large clientèle d’amateurs de sports… ces fameux

amateurs de sports (et, par extension, de paris sportifs) que le PMU a raison

de vouloir conquérir. Pourtant, cet accord avec RMC m’inspire quatre critiques.

 

Tout, sur le site Internet du nouveau partenaire du PMU,

incite à parier avec Unibet !

 

N°1. Celui qui rit, ce soir, c’est Unibet !

Tout le monde le sait : j’ai toujours été un légitimiste sur

le sujet de l’ouverture. J’ai toujours été contre les tricheurs, comme

récemment lorsque j’ai regretté qu’un site d’infos hippiques publie de la

publicité pour un bookmaker clandestin (cela a valu un procès, que JDG a

gagné).

Et c’est la première chose qui m’a agacé mercredi matin,

lorsque je suis allé sur le site Internet de RMC pour voir dans quels termes la

radio présentait son partenariat avec le PMU.

Dans le communiqué officiel en ligne sur le site, on apprend

que le PMU veut renforcer l’ancrage du PMU dans le sport grâce à ce

partenariat. Ce sera peut-être pour dans plusieurs mois car, comme moi (!), le

PMU est légitimiste et veut attendre « l’ouverture du marché des jeux et paris

en ligne [pour que] cet accord sera étendu aux pronostics et paris sportifs

avec une présence du PMU sur les rendez-vous de la grille RMC liés aux

événements sportifs. »  

 

Mais tout le monde ne se chauffe pas du même bois. Ainsi, et

en attendant sagement l’ouverture, savez-vous qui est parfaitement “ancré” sur le

site Internet de RMC, www.rmc.fr ? Unibet. Oui, vous avez bien lu, le bookmaker

clandestin Unibet, pour lequel RMC, pourtant nouveau partenaire du PMU, accepte

de faire de la publicité. La loi aurait-elle déjà changé ? Non. C’est du moins

ce que dit le ministre du Budget...

Vous pouvez le vérifier en regardant les captures d’écran

que j’ai faites dans l’après-midi de mercredi. En haut, en bas, sur les côtés :

tout incite à parier sur Unibet.

Jusque dans le si stratégique onglet de navigation supérieur

du site où, immédiatement après les mots clés les plus essentiels (Infos, Talk,

Sport), viennent les mots “Services” et “Pariez RMC”. Allez-y et testez le mot

“Pariez RMC” : un clic plus tard, vous êtes sur une page où RMC s’autoproclame

“1er site média de conseil en paris sportifs” ; et au clic suivant (“Pariez en

ligne”), vous êtes sur Unibet où l’on vous propose de vous inscrire !

 

N°2. Ces fausses valeurs qui nous font tant de mal... Ceux

qui me connaissent me diront que je radote. Mais, une fois de plus, je veux

répéter que les courses sont à la fois un produit sportif et culturel. Ma conviction,

c’est qu’elles progresseront chaque fois que leur dimension sportive et/ou

culturelle seront mises en avant. À l’inverse, les courses perdront encore un

peu plus pied dans le grand public :

•          à chaque

fois que la dimension sportive sera éclipsée au profit de numéros “de Loto”

jetés en pâture aux turfistes. Car quel est le sport dans lequel personne,

parmi ses spectateurs, ne connaît le nom des acteurs (hommes et chevaux) ?

Imaginerait-on deux fans de foot, devant leur télé, dire : « Moi, j’aime bien

le 7 » ? Non, au foot, qui est un vrai sport, on aime Robert Pirès ou Éric

Cantona ; mais jamais « le 7 ».

•          et à chaque

fois que la culture hippique (au sens de connaissance et au sens d’Histoire)

sera cocufiée par des “stars” égarées dans le pronostic. Autant les bons

consultants (comme Philippe Allaire ou Pierrot Wallon) peuvent être

intéressants, même pour des néophytes, autant un consultant illégitime fera

toujours plus de mal que de bien. À la fois parce que leur discours sur les

courses ne peut pas être pertinent, ne contribue pas à faire mieux connaître

les courses au grand public, et jette un discrédit sur l’ensemble de la

profession hippique – “sociopros” compris.

Là, je rejoins Jean-Louis Burgat qui disait récemment dans

JDG que les courses ont plus de besoin d’images de télévision en HD que de

fausses stars, payées pour venir dans les tribunes le jour du Prix d’Amérique.

 

N°3. Pourquoi payer ? Attention à la réaction en cascade.

Pourquoi le PMU doit-il payer pour que RMC accepte de

consacrer quelques dizaines de minutes chaque semaine aux courses ? Est-ce

parce que les courses n’intéressent pas les éditeurs de médias généralistes

comme RMC ? Mais alors dans ce cas, pourquoi leur donner de l’argent ? Je peux

dire les choses un peu différemment, toujours en me faisant l’avocat du diable

: si le

 

 

PMU n’avait pas payé, les courses n’auraient pas été aussi

présentes sur RMC, qui se dit « la radio du sport ». Donc si je comprends bien,

l’équation est être la suivante : RMC = radio sportive ; RMC = pas d’émission

sur les courses sans argent en contrepartie ; donc courses = pas un sport ?

Quand on paie pour que l’on parle de vous, on se met dans une position délicate

vis-à-vis des autres médias du même type. Ainsi, que fera Europe 1 ? Et RTL ? À

leur place, j’arrêterais de parler des courses jusqu’à ce que le PMU paie. Et

paie cher, voire très cher dans le cas de RTL, qui est loin devant RMC en

termes d’audience.

Depuis longtemps, ces deux radios ont joué le jeu des

courses. Même si le PMU leur a renvoyé l’ascenseur sous forme de pubs, elles

ont le droit de se sentir un peu oubliées.

 

Imaginerait-on un fan de foot dire : « Moi, j’aime le 7 » ?

Non, au foot, qui est un vrai sport, on aime Robert Pirès ou Éric Cantona ;

mais jamais « le 7 »

 

N°4. Le chat (ou le cheval) est maigre.

Le montant du partenariat n’a pas été dévoilé, mais une

source interne à la radio parle d’un contrat parmi les plus importants jamais

signés par RMC...

Si cela est vrai, c’est consternant, surtout lorsque l’on

décompose l’apport de RMC : 30 minutes d’émission spéciale hebdomadaire le

samedi matin, c’est une misère à côté de ce que pèsent les grands sports sur

l’antenne de RMC. Les flashes infos ? Ni plus ni moins que ce que l’on trouve

déjà sur toutes les autres radios. Les pronostics d’experts ? Sans leur faire

injure, ni Luis Fernandez ni Brahim Asloum ne sont des experts. Ce sont des

stars dans leur milieu. Point. En les “vendant” comme des experts, RMC et le

PMU renouent avec le pire de la presse hippique : celle qui fait croire qu’Omar

Sharif ou Thierry Roland font des pronostics quotidiens, alors que chacun sait

que ce sont des “nègres” qui s’en chargent pour eux. Pendant des années, la

presse hippique a souffert de ces mensonges. On croyait qu’ils appartenaient au

passé. Non, cela continue de plus belle... C’est dommage, car cela détonne dans

la stratégie globale du PMU qui, elle, est heureusement tournée vers l’avenir

et n’a pas peur de faire table rase de passé.