Un grand danger pour les courses françaises : la mise en place d’un puissant outil anglo-saxon de pénétration internationale

Autres informations / 11.01.2010

Un grand danger pour les courses françaises : la mise en place d’un puissant outil anglo-saxon de pénétration internationale

AU CŒUR DE L’ACTU     

Nous pensons à la neige, nous dissertons sur l’ouverture

prochaine des paris en ligne, nous nous réunissons souvent pour bavarder, et

pendant ce temps précieux, les anglo-saxons font. Ils construisent. Ils

dessinent le monde hippique international et la nouvelle carte des paris.

On savait les pourparlers engagés depuis quelques temps,

mais la nouvelle définitive est tombée vendredi dans la soirée à Londres : la

création d’une chaîne de télévision internationale (anglo-saxonne) des courses

pour diffuser les courses anglaises et irlandaises à l’étranger vers, en

priorité, l’Europe et le bassin Méditerranéen, puis vers l’Orient et l’Asie.

Bref, vers les nouveaux marchés qui s’éveillent.

Cette nouvelle unité est née de l’union des forces des deux

groupes qui dominent le paysage anglais : d’une part Racecourse Media Group

Ltd, et d’autre part At the Races. Rappelons, pour ceux qui ne sont pas

familiers avec le paysage médiatico-hippique britannique, que Racecourse Media

Group est la holding de communication qui regroupe les images de grands champs

de course anglais (Epsom, Newmarket etc.), et qui contrôle Racing UK, Turf TV

et Racing International. Les actionnaires principaux de cette entité

commerciale sont les champs de course que nous venons de citer. De son côté, At

the Races est une chaîne privée, liée à BSkyB et à Arena Leisure Plc. Elle est

dédiée aux courses et au pari hippique. Elle diffuse principalement chaque jour

les réunions anglaises et irlandaises des hippodromes avec qui elle a contracté

comme Ascot et Lingfield en Angleterre et tous les hippodromes  irlandais, ainsi que des courses du monde

entier comme celles d’Australie (pendant la nuit) et celles des États-Unis en

fin d’après-midi et le soir. A.T.R. revendique 650.000 utilisateurs via son

website et 1,5 million de téléspectateurs. A.T.R. distribue les images de courses

anglaises et irlandaises en direction de plus de 20 pays.

Face à cette force naissante, entreprenante, dédiée à

l’export, le PMU français a de quoi s’inquiéter, lui qui demeure depuis de

longues années timide quant à son développement extérieur et international.

Le rapprochement entre ces deux entités est une excellente

nouvelle pour l’Angleterre et l’Irlande, et une bien mauvaise pour la France,

l’autre pôle hippique en Europe. En effet, R.M.G. et A.T.R. se partageaient le

gâteau anglosaxon. Désormais, ces deux géants s’accordent pour créer une seule

entité d’exportation commune qui représentera la totalité des courses

anglo-saxonnes vis à-vis des clients étrangers.

Ce nouveau vecteur aura une force impressionnante, combinant

toutes les courses plates et d’obstacle angloirlandaises : un bien beau

programme pour des opérateurs étrangers en mal de supports à grand relief pour

organiser des paris hippiques dans leur zone de commercialisation. La

concurrence et la dispersion incarnaient le handicap anglais. Désormais, ils

offriront, via la nouvelle entité intégrée, de larges programmes quotidiens

capables de présenter de multiples occasions de paris pour les partenaires avec

qui la nouvelle entité contracterait.

Créé dans un but commercial, en rapport étroit avec les

grands bookmakers britanniques, ce nouvel organe de diffusion va devenir l’axe

de pénétration du bookmaking en Europe et plus loin dans le monde. Face à cette

force naissante, entreprenante, dédiée à l’export, le PMU français a de quoi

s’inquiéter, lui qui demeure depuis de longues années timide quant à son

développement extérieur et international. Les Anglais parlent de new deal pour

cette nouvelle entité, ils n’ont pas tort ! Les prochains mois, et non les

prochaines années, seront décisifs quant à la captation des nouveaux marchés.

Nos courses et le PMU sont-ils prêts à cet affrontement avec le nouveau

vaisseau amiral de la Navy ?

L’exemple turc n’est pas rassurant. La Turquie semblait

gagnée au principe de Pari Mutuel. Mais elle n’a pu finaliser un accord avec

les autorités françaises, principalement préoccupées par les risques de

piratage et donc de “fuites” à la marge géographique du système. Toujours le

mauvais réflexe français qui est de cadenasser avant d’avoir conquis. Et comme

l’annonce la nouvelle entité anglosaxonne, la Turquie est une de ses priorités.

Nous aurons là un parfait terrain d’expérience et de lutte entre l’option

française et la commercialisation agressive et ouverte des britanniques. Et

n’oublions pas que c’est sur ces marchés extérieurs que se joue l’avenir de nos

courses et de notre filière professionnelle.