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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Anthony crastus : « au japon, les jockeys sont considérés comme de grands sportifs »

Autres informations / 10.02.2010

Anthony crastus : « au japon, les jockeys sont considérés comme de grands sportifs »

Anthony Crastus, le premier jockey d’Élie Lellouche, est

revenu en début de semaine dernière de ce premier séjour au Japon où il a

remporté douze courses. En selle ce mercredi à Cagnes-sur-Mer avant quelques

jours de vacances, Jour de Galop est allé à sa rencontre pour évoquer avec lui

cette expérience japonaise.

 

Jour de Galop.– Vous venez de passer trois mois au Japon,

que retenez-vous de cette expérience ? Anthony Crastus.– Que c’est une très

bonne expérience. C’était la première fois que je partais passer l’hiver à

l’étranger. J’espérais vraiment pouvoir le faire. Mais ça n’a pas été toujours

facile, socialement et moralement, on passe par des moments difficiles. Trois

mois tout seul dans un pays où on ne comprend pas la langue, ça n’est pas

toujours évident. Mais je ne me plains pas et je sais que beaucoup d’autres

jockeys auraient aimé être à ma place.

 

C’est la première fois que vous passez l’hiver à l’étranger.

D’après vous, est-ce la conséquence de vos succès en 2009 ?

Oui, c’est vrai que j’ai fait une très bonne année et c’est

effectivement ce qui a déterminé mon voyage puisque pour être invité au Japon,

il faut faire partie des dix meilleurs jockeys français. Mais c’est surtout

grâce à Élie Lellouche et Patrick Barbe que j’ai pu partir. Je ne pouvais pas

passer à côté de cette opportunité.

 

Pouvez-vous nous expliquer les périodes de quarantaine ?

Au Japon, les courses n’ont lieu que le samedi et le

dimanche. Tous les jockeys doivent impérativement arriver à l’hippodrome la

veille et sont mis en quarantaine. On se retrouve tous dans un réfectoire pour

le dîner, c’est un peu comme dans un internat, à la différence qu’on dispose de

saunas et jacuzzis.

 

Le public nippon adule littéralement les jockeys, avez-vous

ressenti ce que l’on peut appeler cette starification ?

Les courses hippiques sont l’un des trois sports nationaux

au Japon et les jockeys sont réellement considérés comme de grands sportifs, à

l’image des footballeurs en France. Le public est tellement fanatique qu’il y

en a même qui dorment devant l’hippodrome pour pouvoir rentrer les premiers le

lendemain. Il nous respecte énormément alors qu’en France, cela ne se passe pas

toujours très bien, avec les parieurs notamment. C’est vraiment gratifiant.

 

Les chevaux restent dans les circuits locaux et ne

s’expatrient que très rarement pour courir les grands événements. On ne les

connaît donc que très peu, est-ce très différent des courses françaises ?

Les courses vont déjà beaucoup plus vite qu’en France. On ne

reçoit jamais d’ordres précis et toute épreuve est sélective. C’est très

souvent le meilleur cheval qui gagne. Les chevaux japonais sont d’ailleurs

beaucoup plus focalisés sur la vitesse alors qu’en Europe, la tenue est souvent

privilégiée. Si au Japon, les courses références sont tout de même des courses sur

distances classiques comme le Japan Cup, il y a beaucoup plus d’épreuves

rapides, sur des distances entre 1.000 et 1.600m.

 

« Les chevaux japonais sont d’ailleurs beaucoup plus

focalisés sur la vitesse alors qu’en Europe, la tenue est souvent privilégiée.

»

 

Sur le plan sportif, vous avez remporté douze courses. C’est

un bilan qui vous satisfait ? Complètement. En partant je m’étais fixé un

objectif de dix victoires, le contrat est donc rempli. À chaque réunion, je

montais entre huit et neuf courses et j’ai fini à douze victoires pour ma

première saison. Je trouve ça très bien.

 

Le 11 janvier, vous montiez à Nakayama dans une course où il

y a eu neuf chutes. Pouvez-vous nous raconter cet épisode ?

J’ai eu beaucoup de chance ce jour-là. C’était une course de

débutants, on allait assez vite et l’un des chevaux de tête s’est croisé les

jambes dans le dernier virage. Tous les chevaux à la corde sont tombés les uns

après les autres. J’avais hérité d’un numéro à la corde, mais j’avais choisi

d’attendre à l’arrière-garde. J’ai donc pu passer par l’extérieur quand j’ai vu

les chutes et j’ai fini à une anecdotique cinquième place. Je n’oublierai pas

ce moment et j’espère ne jamais le revivre. Il n’y a heureusement pas eu trop

de casse, seule la Cravache d’Or japonaise 2009, Hiroyuki Uchida, s’est casée

le bras.

 

Pensez-vous retourner au Japon l’hiver prochain ? Il y a de

grandes chances que j’y retourne, l’entraîneur pour qui je montais m’a proposé

de revenir. Je pense que j’aurai de meilleures chances. Les japonais font

difficilement confiance aux gens qu’ils ne connaissent pas et ça ne sera donc

plus le cas pour moi l’année prochaine.