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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Disparition de jacques carrus

Autres informations / 02.02.2010

Disparition de jacques carrus

Dimanche, Jacques Carrus est décédé. Dans l’entreprise

familiale – le Groupe Carrus (PMC, Pari Mutuel Chauvin puis Compagnie du Pari

Mutuel) – il a été à l’origine des plus grands progrès du système de pari que

l’on connaît actuellement. Profondément attaché à la filière, Jacques Carrus y

a consacré sa vie.

À sa famille et ses amis, toute l’équipe de Jour de Galop

présente ses plus sincères condoléances.                            

 

 Jacques Carrus est décédé dimanche matin,

jour de Prix d’Amérique. Retour sur une vie consacrée aux courses.

Jacques naît le 4 août 1929 à Biarritz. Il est le troisième

enfant d’André Carrus et de Madeleine Chaucin. Son père, brillant X-Ponts,

dirige alors l’entreprise familiale Pari Mutuel Chauvin, créée par son grand-père

Albert Chauvin, entreprise de prestations de services qui organise les

opérations de Pari Mutuel sur plus de 200 hippodromes en France et en Belgique.

L’année suivante, en 1930, son père André sera à l’origine de la création du

PMU qu’il a dirigé et animé avec le succès que l’on sait jusqu’à sa mort en

1980. Jacques Carrus habite Paris avec ses parents, sa sœur et son frère. En

1940, contrainte de quitter Paris, la famille s’installe à Biarritz ; puis, dès

1941, Jacques est confié à ses grands-parents à Alger où il restera jusqu’à la

Libération. Il rentre alors à Paris et termine ses études secondaires au lycée

Janson de Sailly. Après le baccalauréat, il étudie pendant quatre ans les mathématiques

en classe de Mathématiques Supérieures puis Spéciales et à la Faculté des

Sciences de Paris où il obtient une maîtrise de mathématiques. Il effectue son

service militaire dans les Transmissions à Montargis et termine avec le grade

de Capitaine de réserve. À son retour, en 1951, il épouse Marguerite Boulenger,

dite “Poupette”. Deux fils, Jérôme et Pierre-Antoine, naîtront de leur union.

En 1953, son père, accaparé par ses activités à la tête du PMU, lui demande de

venir l’épauler à la direction du Pari Mutuel Chauvin où il retrouve son frère

Pierre.

À compter de ce jour, il va dépenser une activité inlassable à fréquenter les 200 hippodromes de France et

de Belgique qui font appel aux services de l’entreprise familiale, entretenant

avec les dirigeants des sociétés de courses les relations à la fois les plus

courtoises et les plus confiantes.

 

Le partenaire de tous les progrès techniques du PMU

C’est au cours de ces premières années à la tête de

l’entreprise qu’avec son père et son frère, il mettra au point le système des

bordereaux encochés et du tri “aux aiguilles à tricoter”. Ce système sera testé

dès 1957 sur les hippodromes où intervient le Pari Mutuel Chauvin avant d’être

proposé et mis en œuvre par André Carrus au PMU, afin d’absorber le formidable

succès du tiercé.

Sa formation scientifique associée à la longue lignée

d’ingénieurs à laquelle il appartient, l’incitent à vouloir moderniser la

distribution et la gestion des paris. Il cherche alors sur le marché émergeant

de l’électronique des outils modernes, capables de s’adapter à la spécificité

de la prise de paris qui doit allier rapidité d’exécution avec garantie de

sécurité des transactions.

Ne trouvant rien de satisfaisant, il décide de constituer,

au sein du Pari Mutuel Chauvin, une équipe d’ingénieurs et de techniciens pour

concevoir et développer les systèmes les mieux adaptés. C’est ainsi que, dès

1965, il pourra proposer le premier système de pari mutuel au monde entièrement

électronique qui sera installé sur l’hippodrome de Vincennes.

 

Le succès aidant, l’équipe technique s’étoffe et se regroupe

au sein de la Société de recherche et développement PMC (Périphériques et

Matériels de Contrôle) qu’il a créée avec son frère en 1972. Une deuxième génération

de matériels s’appuyant sur la technologie des circuits imprimés sera installée,

notamment en France sur l’hippodrome de Longchamp. Puis, sous sa houlette, PMC

conçoit et réalise le système STAR qui équipe aujourd’hui les plus grands

hippodromes à Paris comme en Province. Rapidité d’enregistrement et de

paiement, possibilité de surveiller sur des écrans l’évolution des cotes,

permettent désormais aux parieurs de suivre avec confort le déroulement de la

réunion de courses. La vocation unique et peu banale de PMC en fait un

spécialiste incontesté et souvent sollicité.

Ainsi, le PMU a-t-il abandonné en 1985 le traitement manuel

des paris pour confier à PMC la conception de 2 200 terminaux et contrôleurs

permettant d’équiper ses 7 800 points de vente.

 

Une entreprise française à la conquête du monde Cette

réputation a bien entendu traversé les frontières et Jacques Carrus a négocié

des marchés qui permettent à PMC d’être présent dans quinze pays. Certaines

années, PMC réalise d’ailleurs plus de la moitié de son chiffre d’affaires à

l’exportation. D’une curiosité sans cesse en éveil, il souhaite diversifier les

activités de recherche de PMC et constitue, en son sein, une équipe d’étude dans

le domaine de l’imagerie numérique. Ces études ont abouti depuis 1996 à un

système de vidéosurveillance performant qui a déjà été retenu pour l’équipement

de plus de 15 000 agences bancaires, bureaux de poste ou de Caisse d’Épargne,

ou encore de succursales de chaînes de distribution. D’autres développements

dérivés de terminaux de pari mutuel ont été installés dans des hôpitaux, des

centrales nucléaires et dans des établissements d’enseignement. En 1994, alors

qu’il a 65 ans, Jacques Carrus prend le contrôle de la Société PMC en portant

sa participation de 40 à 51 % par le rachat de parts à son frère et à sa sœur.

Plus que jamais, l’esprit d’entrepreneur intrépide a prévalu à un âge où la

plupart aspirent plutôt à la quiétude et alors qu’il pouvait se retirer en

cédant à l’actionnaire minoritaire à 49% (CGE) la totalité de ses actions. Cet

attachement profond à la filière hippique et sa confiance réaffirmée en

l’équipe qu’il avait constituée, a été à l’origine d’une mobilisation de toutes

les forces vives de PMC qui a pu obtenir en septembre 1996, le contrat PEGASE

de renouvellement des terminaux au PMU, et ce, face aux plus grands groupes

internationaux et plus récemment à nouveau, en 2006, avec la dernière

génération de terminaux.

L’obtention de ce nouveau contrat sera à l’origine de la

création de 140 emplois chez l’industriel Cofidur, partenaire historique de

PMC.

 

Un patron attaché à ses collaborateurs

Ce portrait serait incomplet si l’on passait sous silence ce

qu’on peut appeler son “sens social”. Chez lui, ce sens social plonge ses

racines au plus profond d’un cœur infiniment sensible et généreux. Toujours en

avance sur la législation sociale, il n’a de cesse de s’enquérir de la

situation morale et matérielle de chacun.

 

Il serait fastidieux d’énumérer ici les avantages obtenus

par l’ensemble des 140 employés permanents ainsi que les 900 vacataires

constituant le personnel de PMC et du Pari Mutuel Chauvin, devenu depuis 1988

Compagnie du Pari Mutuel, le tout regroupé au sein du Groupe Carrus avec par conséquent

un effectif de 250 équivalents emplois temps plein.

Dans tous les domaines, durée du travail, ancienneté,

retraite, primes, gratifications et encouragements de toutes sortes, ses

employés et cadres ont vu leur situation s’améliorer sans jamais avoir eu à

revendiquer cette amélioration. Entrepreneur insatiable, il voit ses efforts

récompensés grâce à une foi inébranlable en l’Homme.