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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Alban de mieulle : « le cheikh al thani a vendu son haras en angleterre pour l’installer en france »

Autres informations / 03.03.2010

Alban de mieulle : « le cheikh al thani a vendu son haras en angleterre pour l’installer en france »

SÉRIE           

ALBAN DE MIEULLE : «

LE CHEIKH AL THANI A VENDU SON HARAS EN ANGLETERRE POUR L’INSTALLER EN FRANCE »

En 1995, Alban de Mieulle, alors entraîneur à la Teste, pose

ses valises au Qatar pour devenir entraîneur privé.

À ce moment-là, il ne savait pas qu’il allait travailler

pour Son Altesse Cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani, le conseiller spécial de

l’Émir du Qatar.

Depuis, 

l’entraîneur  a parcouru beaucoup

de chemin pour devenir un acteur incontournable des courses au Qatar où il a

déjà tout gagné. Nous l’avons rencontré, “chez lui”, à Doha… après une victoire

dans la plus belle épreuve du jour !

  

Jour de Galop. – Comment êtes-vous devenu entraîneur du

Cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani ? Alban de Mieulle. – Jean-Pierre Totain –

et d’autres entraîneurs du Sud-Ouest d’ailleurs – avait été approché à l’époque

pour partir au Qatar. Et il m’en a parlé et m’a proposé d’y aller. À ce

moment-là, j’étais entraîneur à La Teste et j’avais des résultats très moyens,

j’ai donc décidé de partir. Quand je suis arrivé sur place avec mon sac à dos,

je suis resté quinze jours à l’hôtel en attendant que le téléphone sonne. Je ne

savais pas où j’allais vivre ni dans quelles conditions j’allais travailler.

“Ils” m’appelaient de temps en temps pour me dire de ne pas m’inquiéter,

qu’”ils” me joindraient en temps voulu. Je n’avais jamais voyagé dans le monde

arabe et on entendait un tas de trucs sur ces pays à l’époque. Je n’étais pas

très rassuré, seul, dans ma chambre d’hôtel !

 

Quand avez-vous rencontré le Cheikh ?

Aux écuries, trois semaines ou un mois après m’être

installé. J’étais en train de faire la liste des lots avec mes petits indiens

[ses lads qui reviennent sur l’antenne de

Chantilly en été, ndlr] quand ils se sont mis à trembler en

disant : « Le prince est là, le prince est là. » Je me suis

retourné, je l’ai salué, en anglais, et il m’a répondu en français : « Bonsoir

Alban ». À ce moment-là, j’ai pu à nouveau respirer : j’étais soulagé. Il

voulait que nous parlions français ensemble. C’était parfait pour moi car

j’avais besoin d’un peu de temps pour apprendre l’anglais et j’ai d’ailleurs dû

prendre des cours.

 

UMM QARN FARM EN CHIFFRES

-           70 hectares

-           trente

poulinière et trente yearlings

-           quatre

étalons

-           une écurie

climatisée de 120 boxes

-           une piste

de 1.600m en sable

-           une autre

de 1.500m en gazon

-           un marcheur

-           une piscine

climatisée

 

Avez-vous été immédiatement bien accueilli par la population

et vos confrères ?

Les qataris sont des gens difficiles d’approche, mais très

gentils.   C’est   une population qui se sent peut-être en quelque sorte reniée par

ses pairs car ils n’ont connu qu’une évolution assez tardive par rapport à

d’autres pays arabes. C’est pour cela, je pense, qu’ils sont toujours un peu en

retenue. Je suis ici depuis quinze ans et je dois dire que le Qatar est un pays

impénétrable. Je n’ai pas encore réellement compris leur culture et je ne suis

pas sûr de pouvoir la comprendre parfaitement un jour.

Trois ans après votre arrivée, vous êtes parti en Turquie

pendant un an, que s’est-il passé ?

En 1998, j’ai démissionné, sans faire de vague. Je dirais

que je me suis retiré poliment. Il y avait une intermédiaire anglaise entre le

prince et moi et je n’ai pu m’entendre avec elle. J’ai donc décidé de quitter

l’écurie et le Qatar pour partir en Turquie. J’y suis resté un an avant que

l’on me rappelle pour revenir travailler pour le prince.   

 

« Nous avons d’ailleurs commencé l’élevage de pur-sang

anglais. Le prince souhaite acheter des chevaux en Europe pour développer son

écurie. (…) L’un de ses rêves est de remporter l’”Arc de Triomphe”. »

 

Comment se passe votre relation au quotidien ? J’étais

justement avec lui au téléphone il y a quelques minutes. Je l’appelle très

souvent, bien sûr, mais je le vois très rarement. Ce n’est pas comme en France

où les propriétaires, grands ou moins grands, viennent voir les galops le

matin. Lui ne vient pas. J’entraîne dans son centre privé où il a ses écuries

et son élevage d’une trentaine de poulinières. Il vient de temps en temps, en

week-end, dans son palais avec sa famille. Ensemble, ils se promènent et

viennent voir les poulinières et leurs yearlings.

 

Combien de haras possède-t-il dans le monde ?

Il en a donc un au Qatar, Umm Qatar Farm, où je travaille,

et un autre en Angleterre avec vingt-cinq poulinières. Mais il l’a vendu et ses

juments ont été exportées en France, au Lion-d’Angers, où il élèvera désormais.

 

 

Vous occupez-vous également de toute la partie élevage ?

Oui, je suis manager de l’ensemble du complexe. Je choisis

les croisements des poulinières. Nous stationnons aussi le meilleur étalon du

pays, Amer, qui fait la monte à 20.000£. Je m’occupe aussi du commerce des

chevaux car

le prince est éleveurvendeur. Son haras est un business,

mais il veut y aller doucement. Il ne va pas investir des sommes démesurées

pour un seul cheval, non, il construit quelque chose sur la durée. Nous avons

d’ailleurs commencé l’élevage de pur-sang anglais.

Le prince souhaite acheter des chevaux en Europe pour

développer son écurie. J’ai trois ou quatre pur-sang anglais dans mes boxes

actuellement sur la soixantaine de chevaux sous ma responsabilité et j’ai une

bonne 3ans, une fille de Diktat que le prince a souhaité engager dans le Prix

de Diane (Gr1) cette année. L’un de ses rêves est de gagner l’”Arc de

Triomphe”. Il aime beaucoup la France et, depuis le sponsoring de l’”Arc”,

notre pays a une image de prestige au Qatar ; et le prestige, c’est extrêmement

important ici.

 

C’est une pression au quotidien. Comment arrivezvous à gérer

?

Je me suis entouré d’une très bonne équipe avec laquelle je

travaille depuis des années. Éric Ventrou, mon assistant et Arnaud Bouleau,

l’un de mes jockeys, travaillent avec moi depuis sept ans au moins. David

Bouland, mon autre jockey, est là depuis plus longtemps encore. Mais c’est

vrai, je n’ai qu’un seul propriétaire, donc si cela ne fonctionne pas avec lui,

c’est moi qui part et ils ne font pas de cadeau, ici. Il faut des gagnants,

être deuxième ne les intéresse pas. Et heureusement, cela fonctionne bien pour

le moment.