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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Casaque bleu blanc rouge et marseillaise

Autres informations / 26.03.2010

Casaque bleu blanc rouge et marseillaise

J’en reviens une fois de plus au séminaire de l’Essec qui se

tenait il y a quelques jours à Paris. Une autre chose m’avait marqué.

L’animateur des débats avait posé la question suivante : « Quand un cheval

gagne l’"Arc", quel hymne jouet-on sur le podium ? » Réponses (dans

cet ordre) : l’hymne du pays du cheval, celui du propriétaire, celui du jockey,

celui du pays organisateur de la course. Pas un des intervenants n’a cité

l’entraîneur. Et encore moins le pays où exerce l’entraîneur. Exemple : on joue

la Marseillaise à Longchamp pour la victoire de Montjeu dans l’"Arc",

alors que le cheval est "IRE", que son propriétaire est Irlandais, et

que son entraîneur est Anglais. Oui, mais John Hammond entraîne à Chantilly...

Or, je poursuis ma démonstration, nous savons tous à quel

point le chauvinisme est important en matière sportive. C’est même la

motivation numéro 1 de la plupart des (télé)spectateurs. Une preuve par

l’absurde nous en a été donnée la semaine dernière avec le tirage au sort des

quarts de finale de la Champion’s League. Bordeaux et Lyon joueront l’un contre

l’autre, ce dont les deux clubs et les deux télévisions (TF1 et Canal+) se

plaignent car tous savent que le public est moins motivé par une rencontre

franco-française. Alors, pour galvaniser les troupes, les responsables des

clubs et télés françaises se sont condamnés à une réaction frôlant le ridicule

: « Ce quart de finale est une bonne nouvelle car il garantit la présence d’un

club français en demi-finale », ont-ils dit. Sous-entendu : puisqu’on ne peut

pas vous faire le coup du chauvinisme en quart, on vous le prépare pour la

"demi". Voilà la preuve que seul le chauvinisme fait vendre.

Et c’est bien là un enjeu pour le marketing des courses – qui

partage ce problème avec la F1, un sport auquel on compare toujours les

courses, souvent à tort d’ailleurs. Les courses, comme la F1, sont malmenées à

l’heure où le public attend du sport qu’il se substitue à la guerre, dans un

principe cathartique bien connu depuis que l’homme est homme.

Pour résoudre ce problème en France, pas de solutions

miracles, à part des chevaux atypiques comme Vision d’État, qui présente la

particularité d’être né et élevé en France, d’avoir été vendu en France,

d’appartenir à un propriétaire français, d’être entraîné en France par un

Français et d’être monté par un jockey français. Il ne lui manque plus qu’une

casaque bleu-blanc-rouge. Parler de patriotisme me rappelle les victoires de

Coolmore dans l’"Arc", où cheval et jockey revenaient avec un grand

drapeau irlandais sur la croupe ou sur les épaules.

Magique Irlande, où, à l’inverse du trop rare cas de Vision

d’État, beaucoup de chevaux sont 100% locaux – 100% Irlandais, de l’élevage à

l’entraînement en passant par le propriétaire et le jockey. Mais il est vrai

qu’en Irlande, le revers des pièces est souvent orné du profil d’un