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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Le nouveau christophe soumillon

Autres informations / 14.03.2010

Le nouveau christophe soumillon

 

LA GRANDE INTERVIEW

LE NOUVEAU CHRISTOPHE

SOUMILLON

Tout a déjà été dit et écrit sur lui. Mais Christophe

Soumillon n’est jamais là où on l’attend : ni à cheval, ni en coulisses, ni

dans la vie. La seule certitude, avec lui, c’est que le meilleur reste toujours

à venir. Car le crack-jockey est à lui tout seul un remède contre l’ennui. Et

lorsqu’il prend la parole, il faut l’écouter. Dans cet exercice aussi,

Christophe cultive sa différence.

 

Jour de Galop. Cette saison, vous allez monter en priorité

les pensionnaires de Jean-Claude Rouget. Que vous inspire cette nouveauté et

comment allez-vous vous organiser ?

Ce n’est pas trop une nouveauté. J’ai déjà monté pour lui

auparavant et nous avons déjà eu de bons résultats. Disons que c’est un nouveau

“défi”. Et pour cette année qui s’annonce, je ne pouvais pas rêver mieux.

Concernant notre organisation, je descendrais à Pau, plutôt en début de saison,

pour prendre “contact” avec mes futurs partenaires.

 

Jean-Claude Rouget nous a dit qu’il avait gagné moins de

courses avec ses 2ans en 2009 que les années précédentes. Est-ce que cela vous

inquiète ? Vous êtes peut-être inquiet, mais moi pas du tout ! Jean-Claude

Rouget n’est pas un entraîneur qui a eu besoin de gagner de grandes courses avec

ses 2ans pour réaliser une année 2009 exceptionnelle. Le Havre avait gagné deux

courses, mais sans montrer qu’il allait devenir un cheval de Jockey Club et

Stacelita avait gagné seulement une petite course à Salon-de-Provence, par

exemple. Je pense qu’il faut laisser le temps aux chevaux qui vont monter en

puissance au fil des courses, tout en ayant l’avantage en début de saison

d’arriver assez prêts.

 

MARCHAND D’OR CHEZ MIKEL DELZANGLES

Champion sprinter européen en 2008 et totalisant cinq victoires

de Gr1, Marchand d’Or (Marchand de Sable) n’est plus chez Freddy Head. Il est

désormais sous la responsabilité de Mikel Delzangles, qui a déclaré dans le

Racing Post : « Marchand d’Or est arrivé chez moi la semaine dernière. Nous

n’avons pas d’objectif avec lui pour le moment et espérons le voir revenir à sa

meilleure forme. »

 

Concernant votre collaboration, Jean-Claude Rouget a déclaré

dans JDG : “Je vais voir s’il s’adapte à ma façon de faire. C’est-à-dire

travailler dans la durée, en pensant à la course suivante. Je dirais comme ça,

qu’au départ, ce n’est peut-être pas trop le “truc” de Christophe Soumillon,

qui monte plus en pensant au présent. Je veux dire qu’il a la volonté de gagner

la course qu’il est en train de monter.” Qu’en pensez-vous ?

Je pense être capable de faire ce que l’on me demande de

faire. Bien sûr, j’ai des efforts à faire pour que tout se passe bien. Mais

plusieurs fois j’ai monté des chevaux en vue d’objectifs précis et lointains,

comme l’Arc ou le Breeders’ Cup. Je suis capable de monter une course au bras

si l’on me le demande. Maintenant, on verra de courses en courses ce que l’on

attend de moi. Mais nous avons beaucoup discuté avec monsieur Rouget, sur des

choses sur lesquelles je n’ai pas besoin de m’étaler, et cela en fait partie.

 

Cette année, vous allez aussi vous retrouver dans la

position de jockey free-lance. Cela vous inquiète-til concernant votre

compétitivité au plus haut niveau ?

Non, je ne suis pas inquiet du tout. J’ai déjà travaillé

avec plusieurs entraîneurs et cela s’est souvent bien passé. J’ai gagné le

premier Prix de Diane de Jean-Marie Béguigné avec Latice, j’ai gagné le premier

Gr1 d’Yves de Nicolay et également à ce niveau pour Eric Libaud. Le plus

important c’est d’être un jockey international et je n’ai jamais eu de problème

de ce côté là. Les bons chevaux peuvent arriver de n’importe où. Cela ne

m’empêche pas de travailler et de viser une place au sommet, car il n’y a qu’au

sommet que l’on se sent bien.

 

 

« Je pense être capable de faire ce que l’on me demande de

faire. Bien sûr, j’ai des efforts à faire pour que tout se passe bien. »

 

Si vous n’aviez pas décroché la place de premier jockey chez

Jean-Claude Rouget, partir à l’étranger aurait-il pu être une solution ?

Oui, car je pense que si l’on ne travaille pas avec l’un des

quatre ou cinq premiers entraîneurs français, il est difficile de faire une

bonne saison. J’avais reçu des propositions venant d’Angleterre et j’ai

réfléchi aussi à une installation à Hongkong. Mais en même temps, prendre une

telle décision est difficile. J’ai une vie ici, avec ma femme et mes enfants.

Partir, cela ne se fait pas comme cela sur un coup de tête. Travailler avec monsieur

Rouget était donc la solution idéale.

 

Quand on regarde votre parcours, il est très brillant, mais

également un peu “chaotique”, avec des hauts mais aussi des bas. Qu’en

pensez-vous ?

J’aimerais bien que l’on me dise quand j’ai réalisé une

mauvaise saison ! Je ne me suis jamais retrouvé au fond du trou. Pour moi, une

mauvaise saison c’est si je fais seulement cinquante gagnants sans remporter un

Gr1. Et en dix ans cela ne m’est jamais arrivé…

 

…Pourtant, il y a eu quelques “clash” !

Oui, mais j’ai toujours réussi à rebondir. Quand j’ai perdu

la première monte chez André Fabre, tout le monde disait

déjà que ce serait difficile pour moi. Maintenant, je viens de perdre ma place

chez l’Aga Khan, mais personne ne peut prédire que je ne gagnerai plus de

course. J’ai perdu un siège et j’en ai rapidement retrouvé un autre. Et

désormais, j’ai la chance de travailler pour l’entraîneur numéro n°1. Moi, je

crois seulement au travail.    

 

On pourrait vous considérer comme un personnage à part, car

c’est rare que l’Aga Khan se sépare de ses jockeys…

Des jockeys se font virer soit parce qu’ils prennent de la

drogue, soit parce qu’ils ont perdu une course qu’ils n’auraient pas du perdre,

soir parce qu’ils ne se lèvent pas le matin. Moi, c’est à cause de mon

comportement. C’est quelque chose de rectifiable. J’ai juste une trop grande

gueule. J’ai fais des erreurs à cause de cela et cela m’a fait perdre mon

contrat chez l’Aga Khan. Mes qualités de jockeys n’ont rien à voir avec cette

rupture. D’ailleurs, je pense que si l’on demandait à Alain de Royer Dupré, il

ne dirait pas qu’il me ferait plus jamais monter.

 

Et vous pensez pouvoir vous améliorer de ce côté-là ?

Je n’ai pas toujours été sérieux. J’ai parfois dit des

choses que je n’aurais pas dû  dire. Je

suis quelqu’un d’assez impulsif et j’ai dû mal à garder ma colère. J’ai souvent

besoin de l’extérioriser. Dans la vie, on voudrait que les gens soient bleus,

blancs, rouges ou roses, mais on ne peut pas être parfait. C’est pourquoi cette

année j’aimerais vraiment me fondre dans la meute. Garder certaines impressions

pour moi et ne pas l’ouvrir à tout bout de champ quand on me demande mon avis.

Avec l’âge, on change, on évolue, mais tout dépend de la situation dans

laquelle on se trouve. L’année 2009 m’a servi de leçon, mais je commence

l’année 2010 dans de bonnes dispositions. Ce n’est pas le moment de se

relâcher.

 

« Je n’ai pas toujours été sérieux.

J’ai parfois dit des choses que je n’aurais pas dû dire. Je

suis quelqu’un d’assez impulsif et j’ai dû mal à garder ma colère. »

 

A peine un mois après votre rupture avec l’Aga Khan, vous

vous fracturez le coude à Nancy. Croyezvous à la loi des séries ?

Parfois, des gens perdent leur emploi et après, tout

s’enchaîne : cela ne va plus au niveau familial, ils perdent leur maison, etc…

Moi, j’ai eu de la chance finalement. Je me suis fracturé le coude et cela

aurait pu être pire. Je ne suis pas resté inactif bien longtemps. Les mauvais

moments, cela fait partie de la vie. Par exemple, à Hongkong, je viens d’écoper

d’une suspension. J’avais le choix entre perdre ou gagner une course tout en

ayant des chances de me faire prendre. Je me suis fait prendre et c’est

stupide, car à cause de la suspension, je perds peut être une future victoire

dans le Hong Kong Derby… Alors il faut espérer que ces mauvais moments arrivent

le moins possible, c’est tout.

 

Justement, estimez-vous que la règlementation sur le nombre

de coup de cravache est parfois un peu trop théorique et ne regarde pas assez

au cas pas cas ?

La, je n’ai pas à intervenir sur ce genre de chose. Il y a

un Code des Courses et il faut l’appliquer. Avant, j’aurais sûrement donné mon

avis sur une question de ce genre. Maintenant, c’est fini.

 

Cet hiver, on a vu monter pour Mike de Kock, comment

avez-vous été amené à collaborer ensemble ?

C’est Mike de Kock qui m’a contacté. Je n’ai fait aucune

demande. Il m’a proposé de venir à Dubaï pour monter ses chevaux pour le cheikh

Mohamed bin Khalifa Al Maktoum et ce genre de propositions ne se refuse pas,

puisque Mike de Kock est avec Saeed bin Suroor l’entraîneur tête de liste

là-bas.

 

Et c’est sûrement plus gratifiant pour un jockey comme vous

de s’expatrier l’hiver plutôt que de rester en France ?

Je n’ai rien contre Cagnes-sur-Mer, mais je pense que si

l’on demande à n’importe quel jockey de choisir entre Cagnes-sur-Mer ou monter

à l’étranger, il vous dira qu’il ira

monter dans un autre pays.                   

 

Vous avez décroché trois cravaches d’or, est-ce cela peut

redevenir un objectif pour vous ?

Je ne me fixe pas en début de saison de devenir cravache

d’or. Quand on est absent de novembre à mars, c’est impossible de le devenir.

Surtout avec en face un jockey comme Ioritz Mendizabal qui est là toute l’année

et gagne régulièrement beaucoup de courses pour Jean-Claude Rouget. Mon

objectif reste avant tout de monter de bons chevaux et de gagner les grandes

courses que je n’ai jamais gagnées.

 

Comme ?

Le Derby d’Epsom, le Japan Cup, le Dubaï World Cup ou le

Breeders’ Cup Classic. Ce sont des grandes courses qui donnent envie. Mais pour

cela, il faut vraiment le meilleur cheval du monde au moment où elles se

courent.

 

Estimez-vous parfois que c’est grâce à votre monte qu’un

cheval gagne ?

Non. Celui qui gagne la course, c’est avant tout le cheval.

Le jockey est juste là pour minimiser les chances de le faire perdre. Si un

cheval vient dans un trou de souris, c’est qu’il était capable de le faire. Pareil,

s’il va devant au galop de chasse et place une nouvelle accélération, c’est

grâce à lui s’il gagne, même si le jockey a fait le bon choix tactique. Je

pense plutôt que le jockey peut provoquer la chance. En général, je préfère

parler des courses que j’ai perdues.

 

« Celui qui gagne la course, c’est avant tout le cheval. Le

jockey est juste là pour minimiser les chances de le faire perdre. Si un cheval

vient dans un trou de souris, c’est qu’il était capable de le faire. »

 

Comme par exemple le Derby d’Irlande de Dalakhani ?

Oui, par exemple. Si aujourd’hui on refait cette course, je

la gagne, c’est sûr. J’ai été battu par inexpérience et d’autres choses. Nous

étions sûrs de nous et nous pensions avoir un cheval imbattable. Mais Johnny

Murtagh a tout fait pour gagner cette course. C’est une course que j’aimerais

bien recourir avec Dalakhani, car il ne méritait pas de perdre.

 

Enfin, hors courses, quelles sont les passions de Christophe

Soumillon ?

J’ai beaucoup de passions. J’aime le sport en général, cela

me permet de lâcher mon influx. J’aime beaucoup passer du temps avec ma

famille, prendre des photos aussi. J’aime la vie en général. Egalement, j’ai Le

Carré, un de mes chevaux de cœur, qui passe sa retraite à la maison. Alors,

quand on peut, avec ma femme, on va le monter.