Les "guinées" au bout du tunnel

Autres informations / 30.04.2010

Les "guinées" au bout du tunnel

Pour la première fois, des chevaux français ont traversé la

Manche en passant par le tunnel. Ces nouveaux "Guillaume Le

Conquérant" sont makfi (Dubawi) et special duty (Hennessy), candidats aux

2.000 Guinées et aux 1.000 Guinées (Grs1). JDG a fait le voyage avec Makfi, de

Chantilly à Newmarket, en camion et en train. Récit.

Tout commence à 00h30, aux bureaux de STC Horse France, la

société qui transporte Makfi. Eddy, le chauffeur, vient d’arriver et fait

tourner le camion. Un Scania tout neuf, de 12,5 tonnes à vide. C’est long, mais

« il faut que le moteur chauffe » explique Eddy. Vingt minutes plus tard, c’est

le départ de Gouvieux pour rejoindre, non loin, l’écurie de Mikel Delzangles,

où Makfi nous attend.

Là, à 1h du matin, les deux garçons de voyage de Makfi,

Jacques et Jean-Marc, cinquante-deux ans chacun, nous attendent. On charge les

affaires et on module l’espace du camion. Première surprise au fond du camion :

un barbecue ! « Très important, le barbecue, rappelle Eddy. Ne jamais partir

sans lui et sans le charbon de bois ! » La nourriture des hommes et des chevaux

est rapidement installée, puis Makfi arrive. Jean-Marc nous met en garde : «

Mieux vaut éviter les photos. En pleine nuit, le flash pourrait énerver le

cheval, qui, comme d’habitude, va s’exciter tout seul pendant dix minutes. Il

lui faut toujours un temps d’adaptation à un nouvel environnement. » Makfi

monte dans le camion, sans qu'il y soit obligé. Le convoi peut partir.

À peine partis, premier obstacle. « Est-ce-que cela va

passer ?» Le premier pont à Chantilly affiche une hauteur de 3,80 mètres. Juste

assez pour que le camion passe. Lentement, on avance, on passe, et le chauffeur

change de sujet, en me montrant un document : « Regarde-moi ça ! Quinze pages

de formulaires, d’obligations, de conseils ! Tout cela pour passer dans le

tunnel ! » Une vraie bible explique tout ce qu’il faut faire lorsque l’on prend

le tunnel en camion, car, pour Makfi comme pour le chauffeur, c’est la première

fois qu’ils vont emprunter ce moyen de traverser la Manche. Eddy tonne. Il

était habitué à son ferry et au breakfast dans le bateau…

4h40 : Ni le vent et le brouillard n’ont vraiment retardé la

marche en avant du camion. Nous arrivons à l’entrée du tunnel sous la Manche.

Premier contrôle : les papiers. Chacun sort sa carte d’identité ; le

journaliste et les deux garçons de voyage doivent sortir du camion pour se

présenter au guichetier. « Il doit voir notre tête ». Pas de problème, on

repart, mais le guichetier n’a pas demandé à voir la tête de Makfi…

Après ce premier contrôle, un doute nous surprend. Plusieurs

voies, un grand parking, une cafétéria, un rondpoint bloqué… Où faut-il aller ?

Au hasard, nous suivons une route et, tant bien que mal, nous arrivons à un

autre guichet. « Vous avez un cheval ? » demande le douanier.

« Oui » « Ok, allez-y, voie 5 ». Et c’est tout… Personne

n’est monté vérifier notre chargement. Makfi aurait pu être une vache ou un

âne, nous serions passés.

5h00 : L’attente commence. Notre train part à 6h15 et

l’embarquement est programmé à 5h50. Ces 50 minutes semblent une éternité

derrière la barrière dont le feu reste désespérément rouge. Jacques en profite

pour donner à Makfi son petit-déjeuner.

5h56 : la barrière s’ouvre enfin. Lentement, le camion suit

sa file et se retrouve sur le quai. L’embarquement est simple, bien qu’assez

technique pour le conducteur. Les wagons sont étroits et, de chaque côté du

camion, il n’y a pas plus de 30cm de marge. Devant nous, un bus est d’ailleurs

obligé de s’y reprendre à plusieurs fois pour entrer convenablement dans le

train. Ensuite, chaque véhicule se place en file indienne, et se retrouve

séparé des autres par de grandes portes coulissantes. Makfi, pendant ce temps,

n’a pas bougé du camion.

6h15 : le train part. Au début, on ne s’en rend pas bien

compte. Il faut voir à travers les petits hublots que le paysage bouge. Petit à

petit, cela secoue un peu, mais le cheval n’est pas perturbé d’après les images

que nous recevons de lui dans la cabine.

6h45 : le bout du tunnel. La traversée dure 35mn seulement.

Ensuite, c’est très rapide. Toujours en file indienne, les véhicules avancent

dans le train et en ressortent, comme ils y sont entrés. Et cinq minutes après,

nous sommes déjà sur l’autoroute. À la sortie du train, aucun contrôle de

douane ou de papier.

8h32 (heure anglaise) : Nous voilà à Newmarket, après 8h30

de voyage. Le cheval loge à Links Stable, une écurie qui compte plus de cent

boxes. Elle est située à 1 mile de Newmarket et à 1,5 mile du champ de course.

Le camion n’est pas encore garé que Jacques reçoit un coup

de téléphone. C’est Mikel Delzangles, qui prend des nouvelles de l’expédition.

« Le cheval a bien voyagé, il s’est juste tendu au début, comme d’habitude »,

lui répond Jacques. La lumière dans son box est restée allumée tout au long du

voyage. Jean-Marc l’avait éteinte un moment, mais le cheval tapait du pied pour

montrer que cela ne lui plaisait pas. Alors il a fallu rallumer.

Le cheval est rapidement "déchargé" du camion et

rejoint le box 8 dans la cour A. Deux boxes plus loin apparaît une tête

familière. Celle de Special Duty, qui occupe le box 10, dans la même cour. Elle

est très calme et sort la tête quand nous arrivons. Elle et son équipe sont

partis de Chantilly jeudi soir, à 21h30.

Makfi est assez calme, bien que ce soit son premier long

voyage. Jacques nous confie : « Il a tout à apprendre encore. Il a seulement

3ans et ne sait pas encore vraiment gérer les voyages. »

Makfi est installé dans son box, puis il est sorti par

JeanMarc, qui le fait marcher dans la cour. Parfois, le cheval fait claquer son

fer antérieur droit contre le sol goudronné. « Il fait cela parce qu’il est

contrarié ? » « Non, explique Jean- Marc. L’autre jour, je l’ai promené et des

bourgeons tombaient des arbres. Il n’arrêtait pas de le faire ! » Makfi

s’installe ensuite, est brossé – il n’aime pas trop cela – et ses lads lui

donnent à manger. C’est l’heure aussi pour les hommes de se sustenter et,

justement, le barbecue attend au fond du camion ! Saucisses, pâté : tout est

prévu. Dans l’après-midi, Makfi sera pansé vers 16h avant de se promener

pendant une trentaine de minutes.

 

SPECIAL DUTY A BIEN VOYAGÉ

Peu après notre arrivée, l’équipe de Special Duty est venue

à notre rencontre. Son garçon de voyage, que tout le monde appelle le

"Capitaine" (c’est écrit sur son blouson), nous a expliqué : «

Special Duty a bien voyagé. Elle a juste fait deux tours dans le camion quand

le train est parti, mais à part cela, rien à signaler. Nous avons le box 10. La

dernière fois, pour les Cheveley Park Stakes, nous avions le

6.         » Special

Duty est la grande favorite des "Guinées", malgré sa troisième place

dans le Prix Imprudence (Gr3). Mais

« elle n’avait pu être cachée, rappelle le Capitaine. Et

Stéphane Pasquier le regrettait, d’ailleurs, après la course. J’ai entendu dire

que la jument était cuite, mais ce n’est pas vrai du tout. À l’entraînement,

elle est très bien et elle a très bien travaillé. Je suis confiant pour

dimanche. »

 

LE TUNNEL : PAS UN VRAI GAIN DE TEMPS

D’après le chauffeur de STC Horse France, le gain de temps

est assez minime en passant par le tunnel. Le temps d’attente et d’embarquement

est long par rapport au ferry. D’après lui, en passant par le tunnel, le gain

de temps a été pour nous de quinze à vingt minutes par rapport au ferry.

 

LA MÉTÉO DES "GUINÉES"

Vendredi après-midi, le terrain à Newmarket était good to

firm, avec un peu d’humidité en surface. Il ne devrait pas varier durant le

week-end, car seulement deux millimètres de pluie sont attendus pour samedi

matin et dimanche matin.